Plateau des Glières, haut lieu de la RESISTANCE contemporaine

Publié le par Marie-Pierre Subtil



De temps en temps, il neigeote. Pour un 16 mai, il fait un drôle de froid, ce dimanche matin, sur le plateau des Glières. Pourtant, 3000 personnes, venues surtout de Haute-Savoie, mais aussi de Dunkerque, d'Angers, de Montpellier ou d'ailleurs, sont là, immobiles. Comme sorties de nulle part, sans banderoles ni tracts, elles écoutent, debout, des résistants d'hier et d'aujourd'hui.

Parmi ceux d'hier, Walter Bassan. Walter a 83 ans et il "ne pensait pas que [sa vie] finirait comme ça". Il préfère aller ramasser des champignons "plutôt que pavaner sur une estrade". Mais pour la quatrième année consécutive, le voilà à la tribune, répétant son message et celui de ses amis : la Résistance avait certes pour objet la libération de la France, mais elle avait aussi un projet de société, et il serait bon de s'en inspirer à nouveau.

C'est par lui que tout a commencé, le 4 mai 2007.


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Malgré le silence des médias, grâce à Internet, près de 1 500 personnes sont là. Walter Bassan leur lit un texte qui a été diffusé trois ans plus tôt, le 8 mars 2004, par treize grands noms de la Résistance – dont certains aujourd'hui disparus –, Daniel Cordier, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Germaine Tillion, Lucie et Raymond Aubrac, etc.

Selon eux, "le socle des conquêtes sociales de la Libération"est"remis en cause". La"menace du fascisme n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte" écrivent-ils, en appelant les jeunes générations à "trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme" : la célébration de l'anniversaire du programme du Conseil national de Résistance (CNR) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 ; la définition d'un nouveau programme de résistance pour le XXIe siècle; une "véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse, qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous".


Stéphane Hessel et Raymond Aubrac deviendront les parrains de ce "contre-pèlerinage" du plateau des Glières qui, chaque année, prend un peu plus d'importance. Le collectif informel des débuts est devenu une association, Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui (www.citoyens-resistants.fr). Instituteurs, ingénieurs, ouvriers, retraités… Ses membres sont presque tous d'anciens militants de gauche, des déçus du Parti communiste (Walter Bassan y est toujours), d'Attac, mais pas seulement. Parmi les dizaines de bénévoles qui contribuent ce dimanche à l'organisation du rassemblement, il y a même un électeur de Nicolas Sarkozy. "Ça me parle, ces valeurs, dit-il, le programme du CNR n'est pas de gauche. Il y a énormément de gens de droite scandalisés par la démolition des services publics." "On est des petits militants de province, explique Didier Magnin, moi je suis kiné dans un centre d'handicapés mentaux profonds et je me suis retrouvé président de cette association. C'est une aventure magnifique." De locale, la participation est devenue nationale.


En novembre 2009 est sorti le documentaire que Gilles Perret entreprenait avant la première visite de Nicolas Sarkozy, et qui est devenu Walter, retour en résistance (www.walterretourenresistance.com) ; 30 000 personnes ont vu le film dans des salles d'art et essai. Et notamment cette scène où le président de la République se rend, le 18 mars 2008, au cimetière de Morette, où sont enterrés 105 combattants, et blague, hilare, en ne parlant que de lui et de sa femme.

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Marie-Pierre Subtil, sur Le Monde.fr, le 18 mai 2010

 

 

Intégralité de l'article à lire sur : http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/17/ils-ont-repris-le-maquis_1352759_823448.html

 

 

 

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