Réchauffement du Grand Nord québécois - Suite
En moins de 15 ans, le Grand Nord québécois s'est réchauffé quatre fois plus vite que le reste de la planète au cours du dernier siècle. Et le pire reste à venir.
Le vent glacial souffle sans répit sur la côte est de la baie d'Hudson au nord du 55e parallèle. Dans ce Québec subarctique, terre des Cris et des Inuits, le mercure oscille autour de - 20 degrés sous le soleil de février.
Pour les «touristes du sud», le froid semble bien plus intense que celui vécu à Montréal.
Mais les quelques centaines d'habitants du petit village de Kuujjuarapik eux sont sous le choc.
"BIEN TROP CHAUD"
«Il fait bien trop chaud pour le mois de février !», s'exclame Alec Tuckatuck, complètement déstabilisé par les changements qu'il observe depuis les dernières années.
Le visage complètement découvert malgré le froid mordant, le trappeur Elijah Sheshamush profite de la belle journée pour se bricoler un étireur de peau devant sa modeste maison en contreplaqué. «Les changements climatiques ? Bien sûr, vous ne voyez pas combien il fait chaud ?»
DEPUIS L'AN 2000
Pourtant, cela ne fait que quelques années que le réchauffement se fait réellement sentir dans ce petit paradis en voie de disparition.
«Dans certaines régions arctiques, la température allait en augmentant depuis les années 1950, constate Michel Allard, chercheur pour le centre d'études nordiques. Mais chez nous, dans le Québec nordique, c'était assez stable, même que certaines régions se refroidissaient légèrement.»
Mais à sa grande surprise, les températures se sont mises à augmenter de façon précipitée depuis le creux de froid vécu en 1992.
«À partir de 1993, les températures se sont mises à monter. En 95, on dépassait les moyennes à long terme. En 98, on a atteint un été parmi les plus chauds jamais enregistrés. Et depuis le tournant des années 2000, là c'est du sérieux !»
L'IMPACT DE L'ALBEDO
À titre d'exemple, Michel Allard et son collègue Yves Bégin présentent les dernières statistiques de Kuujjuaq. Il y a quinze ans, les moyennes annuelles tournaient autour des -7 degrés. En 1998, on atteignait les - 4,5. Et l'an dernier, le village inuit a battu tous ses records avec une moyenne de -2,5 degrés.
Sur l'ensemble du territoire, on note un réchauffement de l'air de 3 degrés pour la même période. Des chiffres particulièrement inquiétants lorsqu'on sait que l'augmentation moyenne à l'échelle de la planète est de 0,74 degré.
PLUS MARQUE L'HIVER
Michel Allard note également que le réchauffement est plus marqué l'hiver en raison de la fonte des glaces de l'océan Arctique et de l'effet d'albédo.
«La glace réfléchit la chaleur alors que l'eau et le sol l'emprisonnent. Donc moins il y a de glace, plus l'air se réchauffe et moins il y a de glace l'année suivante... C'est un effet d'entraînement.»
Les modèles climatiques prévoient une augmentation des températures de 5 à 10 degrés dans le nord du Québec durant l'hiver et de l'ordre de 2,5 à 5 degrés en été.
Jessica Nadeau, dans Le Journal de Montréal, le 24/02/2007
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