Questions à des journalistes à propos de la fermeture des hôpitaux de proximité

Publié le par Bernard Grignon


France Inter

A l'attention de la Rédaction


Madame, Monsieur,

Je tiens à vous faire part de mon total désaccord avec la véritable dérive dont je constate que font de plus en plus preuve nombre de vos journalistes.

Auditeur quotidien de France inter depuis plus de 40 ans, je constate, en effet, le manque de sérieux grandissant des informations diffusées sur vos ondes.

Je déplore, plus que tout, votre participation active à l'actuelle entreprise de formatisation généralisée des esprits orchestrée par le gouvernement.

Il me semble nécessaire de prendre un exemple récent, afin de vous préciser le fondement de ma remarque. Il s'agit de la manière dont a été traité le mouvement visant à pérenniser la présence d'un hôpital de proximité dans une petite ville bretonne.

En effet, le commentaire assassin de Danièle Messager concernant la fermeture programmée de ce "petit hôpital", lors du journal de 19H du lundi 28 avril, a constitué pour lui une véritable condamnation à mort.

Ce qui me semble particulièrement grave est qu'il a manifestement été élaboré à partir d'informations partiales, reposant entièrement sur un rapport de la DDASS. Le caractère péremptoire de ce véritable plaidoyer à charge, livré au public sans avocat de la défense ni avis contradictoire, ne pouvait conduire les éventuels patients qu'à fuir un lieu aussi dangereux pour leur santé !

Cela dénote, selon moi un total manque de recul, de volonté d'approfondissement de la question et de sens critique, conduisant à un jugement à l'emporte-pièce et sans appel, incompatible avec votre responsabilité de radio de service public.

Afin de lui permettre de rectifier ce grave manquement à son obligation de faire preuve d'un minimum d'objectivité, je me contenterais de suggérer quelques questions à Madame Messager :

Les rapports actuels des DDASS concernant les hôpitaux dont il a été décidé la fermeture correspondent-ils réellement à la réalité ?

Avant de les livrer en l'état au grand public, les a-t-elle préalablement vérifiés, recoupés, et évoqués avec les soignants directement concernés ?

A-t-elle pleinement conscience des accusations très graves qu'elle a ainsi proférées contre des praticiens n'ayant aucune possibilité de donner leurs propres explications ?

Comment a-t-on pu laisser depuis aussi longtemps ouvert un Etablissements aussi dangereux ?

Sait-elle qu'il y a un mouvement permanent de personnel hospitalier et que les chirurgiens exerçant dans ces "petits hôpitaux" viennent des "grands centres", considérés, eux comme tellement plus sûrs ?

Connaît-elle la réalité des taux de maladies nosocomiales dans les "hôpitaux usines" (ex. Pompidou à Paris, Carémeau à Nîmes) par rapport à ceux que nos décideurs politiques du moment ont décidé de fermer ?

Sait-elle que le taux national de césariennes est de 19% (indiqué dans la dernière Lettre du Conseil de l'ordre des Sages-femmes) ?

Les chiffres de la mortalité dans ces petites structures sont ils comparables avec ceux  relevés dans les cliniques privées et les grands centres, dans la mesure où les personnes âgées ou en fin de vie y sont systématiquement envoyées lorsqu'"il n'y a plus rien à faire" ?

A-t-elle pu comparer, en tant que patiente, la qualité de l'accueil, le temps consacré par les soignants, leur niveau de compétence et le service général apporté dans un hôpital de proximité et un CHU ? A titre d'exemple, je lui propose de se rendre dans le centre de soins pour personnes âgées de l'hôpital de Tours et dans celui de Valréas (Vaucluse) ?

A-t-elle pu comparer la "nourriture" sous-traitée (innommable) servie dans ces derniers avec la cuisine réalisée sur place dans le peu d'hôpitaux où cela est encore le cas ? Que pense-t-elle de son impact direct sur la santé et le bien-être moral –et donc également la santé- des patients ?

Pense-t-elle que la multiplication des très grandes structures hospitalières va de pair avec un véritable souci de préservation d'humanité ou bien ne correspond-elle pas plutôt à une approche exclusivement financière

Comment considère-t-elle l'impact de l'éloignement induit par la destruction en cours de l'implantation hospitalière sur l'ensemble du territoire (visites moins aisées, multiplication des déplacements en voiture, risques accrus en cas d'urgence,…) ?

A-t-elle conscience de l'impact que chaque fermeture d'hôpital a sur les nombreuses personnes qui y travaillent, dans des conditions rendues encore plus difficiles par la présence de cette véritable épée de Damoclès que représente cette perspective, ainsi que sur la population et toute la vie de chaque ville concernée ?

Que pense-t-elle de l'impact du numerus clausus sur la disponibilité des soignants et la qualité des soins apportés ?

La santé doit elle être rentable ?

Connaît-elle le pourcentage du budget annuel consacré par la ministère de la maladie (et non de la santé) à la prévention en France ?

Sait-elle quelque chose du gaspillage généralisé et incontrôlable généré par la dimension gigantesque des centres hospitaliers régionaux ?

Sait-elle que, pour des raisons purement administratives, certains établissements sont obligés de pratiquer la stérilisation à distance de leur matériel ?

Que pense-t-elle de l'impact financier et humain de la rigidité dans l'organisation géographique des hôpitaux (purement administrative et non fonction de la distance réelle) ?

Est-elle au courant des pressions exercées par les services des "Renseignements Généraux" sur le personnel des établissements en cours de fermeture, afin que tout se déroule sans "troubles" ?

Cette "évolution" (tout comme pour le réseau ferroviaire, tribunaux,…) constitue-t-elle, selon elle un réel progrès ou plutôt une véritable régression ?

Toutes ces décisions de fermetures ne seraient-elles pas plutôt prises dans le seul but de répondre à des fins purement idéologiques ?

Comment se fait-il, d'ailleurs, que les soins les plus coûteux soient dorénavant réservés à l'hôpital public pendant que les cliniques privées se consacrent aux traitements "rentables" ?

 

Et pour terminer, même si la liste de questions à se poser pourrait être beaucoup plus longue, connaît-elle le dicton qui dit que "Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse de la rage ?"

 

Pour conclure, loin de soupçonner Madame Messager de malhonnêteté, je l'invite à être vigilante sur l'origine, la véracité, l'impartialité et l'exhaustivité de ses sources et moins péremptoire dans ses appréciations.

En effet, à mon sens, le moins qu'elle puisse faire, exerçant par là-même un véritable travail de journaliste responsable, est de pousser plus avant ses investigations et de ne pas se laisser intoxiquer par le discours à sens unique de décideurs politiques idéologues, alliés à des technocrates ne connaissant rien à la réalité du terrain.

 

Je reste, bien entendu, à votre disposition pour tout échange à venir sur cette question et vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l'expression de mes salutations distinguées.


PS : Je fais parvenir une copie de cette lettre à Madame Messager, ainsi qu'à Monsieur le médiateur de France Inter

 

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