Honte à nous, Hommage à des gens bien
Le secteur associatif de l'aide à domicile pour les personnes âgées et handicapées (300.000 salariés environ) va mal. Le 22 janvier, le Codapa, une importante association d'Eure-et-Loir, a été mis en liquidation, entraînant le licenciement de 250 auxiliaires de vie. Le 17 décembre 2009, c'était l'UNA, premier réseau français de l'aide, des soins et des services à domicile (1. 200 associations, soit 40 % des actes en direction des publics les plus fragiles), qui déposait son bilan.
Selon un communiqué du 22 décembre 2009, signé par l'ensemble des acteurs du secteur de l'aide à domicile - UNA, Aide à domicile en milieu rural (ADMR), Croix-Rouge, centres communaux d'actions sociale (CCAS), etc. -, une centaine d'associations frôlaient le dépôt de bilan en 2009, menaçant l'emploi de 10 000 salariées (aides à domicile et auxiliaires de vie). Pour 2010, indiquait le texte, "le nombre d'associations concernées pourrait atteindre 300 à 400". (...)
DÉRÉGLEMENTATION
Ce malaise financier a été aggravé par la déréglementation engendrée, en 2005, par le plan de Jean-Louis Borloo, alors ministre du travail et de la cohésion sociale (!!!), sur le développement des services à la personne. De grosses entreprises de services profitent ainsi largement des aides fiscales du gouvernement (réduction d'impôt pour l'utilisateur et TVA réduite pour les entreprises) pour développer une offre compétitive auprès des conseils généraux et de la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (CNAV). (...)
Les associations sont également concurrencées par le bas : les préfectures délivrent un agrément à des entreprises ou des associations qui cassent les prix sans toujours mettre à disposition des publics fragiles le personnel adapté à leurs besoins.
Pour sortir de l'épuisement financier, les acteurs du secteur demandent aux pouvoirs publics la création d'un fonds de secours de 50 à 100 millions d'euros. Mais la demande n'en finit plus d'être examinée. Comme si le gouvernement n'était pas fâché de cette restructuration forcée (Ô, quelle drôle d'idée !). (...)
Yves Mamou (LE MONDE du 10.02.10)
Intégralité de l'article disponible sur : http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/02/10/les-associations-d-aide-a-la-personne-en-etat-d-asphyxie-financiere_1303748_3234.html
Comment pourrait-on qualifier cette société inqualifiable, dont les membres acceptent que le sort de ceux sans qui ils n'existeraient tout simplement pas dépende d'entreprises qui "cassent les prix", afin de " développer une offre compétitive" destinée à leur permettre de gagner des parts de marché, dans l'unique objectif de maximiser leurs profits ?
Comment pouvons-nous accepter que la solidarité la plus élémentaire, l'assistance aux plus faibles, l'aide aux moins chanceux et aux plus nécessiteux se transforment en un secteur économique dit "des services à la personne" dont le but est exclusivement lucratif,?
Comment qualifier cette société qui n'a plus de "société" que le nom, dans laquelle, "chacun a sa chance", pourvu qu'il soit jeune, riche, beau, en bonne santé et, ce qui va ensemble, né au bon moment au bon endroit ?
Comment pouvons-nous accepter que nos représentants élus (même si nous n'avons pas nous-mêmes voté pour eux) puissent transformer l'assistance à personne en danger en délit de droit commun ?
Comment pouvons-nous accepter que ces salopards autorisent, en toute connaissance de cause, la vente libre de produits hautement dangereux, au nom de la "compétitivité du pays" et de la croissance "bienfaitrice de l'humanité" ?
Il y a quelques mois, mon cousin André est mort. C'était un paysan, un vrai comme il n'en existe plus guère dans notre pays "développé" où les entrepreneurs-agriculteurs industriels ont pris leur place. Il avait fait confiance aux beaux parleurs des coopératives agricoles, du "syndicat majoritaire" et des représentants des gouvernements successifs. Il avait été pompier volontaire pendant plus de quarante ans. Il était plein de vie et il cherchait toujours une nouvelle blague à faire. C'était un homme simple, c'était un homme bien.
Et puis un jour, après une vie de dur labeur, vint le diagnostic : "empoisonnement du sang" dû aux "produits" manipulés. C'est ainsi, qu'après des années de lutte et des dizaines de transfusions, le foie détruit, l'organisme rongé, l'homme solide et joyeux était transformé en un squelette anéanti et muet. Les pesticides, les herbicides et autres engrais l'avaient empoisonné, résultat d'un homicide prémédité par les "gagnants de l'ère moderne".
Quel est donc ce pays "moderne" et plus riche que jamais dans son histoire, dans lequel il n'est "plus possible" de maintenir ouvert des hôpitaux vieux de 500 ans, et où la "dette publique oblige" à supprimer des milliers de postes d'enseignants pendant que ses "représentants" - devenus dirigeants détenteurs du pouvoir dans notre pseudo "démocratie" transformée en oligarchie clientèliste - pavoisent sans vergogne, tout en bénéficiant de privilèges éhontés et qu'une entreprise prédatrice-parasite, dite "pharmaceutique", annonce un profit record de 8 milliards d'euros (réalisés sur le dos des malades et de la solidarité de l'ensemble de la population) ?
Comment pouvons-nous accepter que ces usurpateurs écoeurants décident, en notre nom, de consacrer la plus grande partie des revenus générés par le travail rémunéré de la population à la recherche, la fabrication, l'achat, l'utilisation et la destruction d'engins dont la seule raison d'être est d'anéantir la vie ?
Comment pouvons-nous accepter que, pendant ce temps-là, "nos vieux" croupissent dans des hôpitaux immondes ou des "maisons de retraite" dont la seule véritable appellation devrait être mouroirs ?
Hier, ma vieille tante Andrée est morte. Elle venait tout juste d'avoir 89 ans. Elle avait consacré toute sa vie à mener de front l'éducation de ses 5 enfants, les tâches ménagères, la tenue d'un magasin et de nombreuses activités bénévoles. Elle avait connu la guerre, les privations, la "reconstruction" et la "modernisation" du monde. Elle était généreuse et dévouée, elle dont la gentillesse transparaissait dans chacun de ses gestes et sur un visage de "dame tartine". Elle excusait tout le monde, même les inexcusables. C'était une vraie humaine, c'était une femme bonne.
Elle a fini sa vie, seule et parfaitement lucide, dans l'ignoble secteur "gériatrie" de l'hôpital de Tours (appelé "L'Hermitage"), au milieu des cris d'autres "anciens" qui n'en finissent pas de mourir, baigné dans une odeur infâme, attendant des heures que l'infirmière de garde, croulant sous une tâche impossible (maximum 2 par étage), l'aide à se rendre au cabinet de toilette. Elle, qui avait été élevée dans une boulangerie et qui était une cuisinière hors pair, redoutait entre toutes l'heure des "repas", mixtures à base d'œuf en poudre, d'ersatz de viande infecte et de compotes au goût de rien.
Au revoir André, au revoir Tante Andrée et honte à tous ceux qui font et ceux qui laissent faire ces ignominies !
"Ce qui permet au mal de progresser c'est l'inaction des hommes de bien"
(Edmund Burke, homme politique britannique)