Contrôle social et conformisme en Démocratie : la désobéissance civile deviendrait un devoir.

Publié le par Samuel Métairie


Depuis que la société est organisée de façon à ce qu’un maigre panel de gouvernant(e)s gère les affaires publiques de la nation, c’est-à-dire depuis que le pouvoir politique a consolidé la centralisation des pôles de décisions, l’individu lambda ne bénéficie pas du poids considérable qu’il pourrait avoir en tant qu’entité physique libre et autonome.


 

Pouvoir-domination-autorité et conformisme annihilent la liberté


Si l’Histoire de l’être humain s’étale sur 3,5 millions d’années, son aliénation voulue par ceux qu’on nomme aujourd’hui la classe dominante des scélérats capitalistes est une affaire récente. Une broutille sur l’échelle du temps. Des historiens, sociologues et les politologues font remonter l’apparition des relations de pouvoir, de prestige social, d’autorité et de commandement à l’époque où les populations se sont sédentarisées (1). Et surtout, lorsque certains ont commencé à s’élever au dessus des masses pour dominer ceux qui n’ont pas pu/su s’adapter, ou tout simplement ceux qui se sont laissés assujettir. En fait, l’organisation oligarchique des sociétés avec un petit nombre de politiques qui gouvernent pour le grand capital marchand, divinisé, pendant que le reste de sa population n’a qu’à appliquer leur codes (sinon c’est la prison ou l’amende) et ramasser les miettes, tout ceci est un phénomène récent sur l’échelle du temps. Dix, quinze, vingt, trente siècles ne sont qu’une seconde ou deux dans vingt quatre heures par rapport à l’histoire de l’Humanité (pas de mauvais jeu de mot s’il vous plait !). Je ne veux pas dans cet article rentrer dans le débat à quand fixer la date de naissance du pouvoir politique, car il relève d’une étude historique et sociologique que je ne peux réaliser, et ce serait comme descendre une falaise en rappel sans avoir noué ses cordes, que de se lancer dans cette réflexion. Mais il me semble que l’on ne peut pas dans un article parler du conformisme ni de la très nécessaire désobéissance à certains codes institutionnels sans parler des relations de pouvoir, celles-là même qui justement poussent l’individu à marcher droit devant, à se courber devant l’autorité par peur de la sanction. Or qu’est ce qu’une relation de pouvoir justement ? Pour le sociologue Jean William Lapierre, le pouvoir politique, c’est « la combinaison variable de relations de commandement-obéissance (autorité) et de domination-soumission (puissance) par lesquelles s’effectue cette régulation. Les relations d’autorité impliquent un accord entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, donc une exécution consentie des décisions. Les relations de domination impliquent un recours à la coercition, donc une exécution forcée des décisions. » Il y a donc relation de pouvoir entre A et B, si A obtient de B ce que B n’aurait pas fait sans l’intervention de A. Cette notion de pouvoir est partout entre les individus, elle n’est pas l’apanage de la classe dirigeante, mais peut s’exerce entre deux individus lambda. Les rapports de domination sont donc partout, et il est même difficile de ne pas tirer de la satisfaction d’être en position supérieure à notre interlocuteur. La satisfaction d’avoir obtenu ce que l’on souhaite.

De nos jours, l’on n’a de cesse de nous vendre la démocratie comme le meilleur des produits politiques, alors que de tous les systèmes qui ont été imposés à l’humain, jamais la soumission, la domination et l’inégalité n’ont été abolies. Et pour cause, pour régner, qu’il soit démocratique ou dictatorial, le pouvoir doit mentir, diviser, exploiter, (démocraties) piller, coloniser, voire assassiner (dictatures). Pire, le libéralisme bourgeois débordant d’arrogance vante la liberté de l’homme riche au mépris du pauvre, et accroit donc les inégalités comme jamais, ce en imposant une société de l’individualisme, du fidèle respect des règles hiérarchiques. C’est donc encore plus sournois, puisque l’aspect autoritaire du système est plus ou moins caché derrière l’impression de liberté politique démocratique. On nous dit que si l’État légifère, c’est pour la sauvegarde des libertés individuelles. Ah, sacrée liberté ! Même N. Sarkozy vante les mérites de la liberté. Enfin, de la sienne surtout. S’il y a une chose en démocratie qui est aux antipodes de la liberté, c’est bien la contrainte de la norme qui induit un comportement conforme à la règle fixée par l’autorité, n’en déplaise à Montesquieu qui affirme qu’être libre, c’est faire tout ce que permet la loi. En effet, la liberté nous dit-on, le détestable Xavier Bertrand nous le rappelais gentiment il y a peu, s’arrête là où commence celle des autres. C’est tout ce qu’on peut faire d’un bout à l’autre de la corde. Sauf que le consentement nécessaire au dominant pour faire appliquer la règle, et la réaction de conformisme du dominé qui suit de la contrainte, peuvent contribuer à réduire la longueur de cette corde. Qui plus est, c’est la même autorité qui en détermine la longueur...Dire que la démocratie représentative amène la liberté est donc un peu comme affirmer qu’un lion dans sa cage est libre…ou que l’OTAN est une force garante de la paix. (...)

 


La désobéissance civile non violente : un devoir citoyen du XXIème siècle ?


Dans cette Europe de l’individualisme poussé à son paroxysme par la logique capitaliste, où chacun a peur de l’autre, du moins ne s’en soucie guère et fonce tête baissée droit devant ; et dans une époque où la démocratie française plonge lentement dans l’autoritarisme, voici un exemple de politique qui mériterait une désobéissance organisée. Là où un gouvernement se permet de durcir l’immigration, d’expulser de son territoire les enfants de ceux qui sont venus reconstruire l’économie d’après guerre, au mépris de toute considération humaniste, il devient nécessaire de désobéir. Pour ne pas cautionner un retour du pétainisme, dont on sait les dangerosités. Depuis deux ans, sous le prétexte qu’on ne peut « accueillir toute la misère du monde », et qu’il faut limiter l’immigration, celle que les pouvoirs publics ont eux-mêmes générée en continuant de piller l’Afrique postcoloniale, la politique des quotas fait rage. Ces milliers d’étrangers dits sans papiers, qui se font entasser dans les centres de rétention, attendant leur « procès » et leur reconduite aux frontières, n’ont commis de « crime » que celui d’avoir fui la misère ou la guerre, espérant à tort vivre de meilleurs jours ici. Quel crime impardonnable, vraiment !…Tout cela s’opère en toute impunité, sous les yeux de tous, indignés, dépités mais incapables que nous sommes de peser du poids pour empêcher ce processus qui flirte avec le programme du FN, caché derrière un gerbant faux débat sur l’identité nationale. Je me souviens, suite à une émission sur France Inter de Daniel Mermet, avoir même entendu que pour accélérer le processus des reconduites à la frontière en 2007, les forces de l’ordre se posaient devant les écoles pour y choper les parents d’élèves. Que l’on pouvait « trouver » des enfants dans les centres de rétention administratifs…alors que c’est illégal, à ma connaissance d’emprisonner des mineurs. Que l’on parle de juifs traqués en 1940, ou d’immigrés sans papiers aujourd’hui revêt la même stigmatisation : rendus médiatiquement à l’état de simple parasite, bestiole à écraser. Aujourd’hui lundi 2 novembre 2009, j’apprends en survolant « google actu », que ce processus va devenir une priorité européenne. Le PDG de l’entreprise « République Française », suite à une campagne de lobbying, se félicite de la prochaine alliance avec le Royaume-Uni et Berlusconi pour affréter des charters communs et faire ainsi la chasse à l’immigré sur toute l’Europe. On dirait que ceux qui croient encore à l’Union Européenne comme institution des droits de l’homme, de la liberté et de la prospérité économique, vont vite déchanter ou plutôt, je l’espère grandement. Toutes les conventions juridiques interdisent la reconduite à la frontière pour des ressortissants dont le pays est en guerre. Que fait la France ? Faisant fi du droit d’asile (protégé pourtant dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont la France est signataire), elle expulse des immigrés afghans dans un pays en guerre où elle envoie ses soldats combattre un terrorisme que les puissances occidentales ont-elles-mêmes exacerbé. C’est en cela qu’héberger, cacher une personne en situation irrégulière et qui est traquée par la police et victime de la politique ahurissante des quotas annuels, constitue un acte de désobéissance civile osé et risqué, mais nécessaire. Beaucoup le font, mais si j’héberge cette personne pour lui éviter ce genre de procédure administrative, je risque une sanction pour ma solidarité.

Déjà avant 1789, les penseurs politiques des Lumières et ceux qui les ont précédés réfléchissaient sur les meilleurs régimes pour que le peuple puisse vivre librement. Certains d’entre eux ont émis l’hypothèse que dans une démocratie, vu que la souveraineté appartient au peuple, il serait normal que celui-ci puisse demander au gouvernement de lui rendre des comptes lorsqu’une loi est contraire à l’intérêt général. Pour Voltaire, le citoyen vertueux était celui qui s’insurge quand le pouvoir devient arbitraire. Montesquieu, disait que le peuple n’est pas assez instruit pour participer à la vie politique. C’est uniquement donc pour cela, qu’il se choisit des représentants, mais que les lois doivent être fidèles aux intérêts populaires. Ainsi en suivant ce raisonnement, et appliqué à notre époque, cela voudrait dire que nos représentants actuels doivent être soucieux de nos intérêts...au lieu des leurs. Plus, maintenant que le taux d’alphabétisation avoisine les 100%, qu’on ne peut pas dire du peuple qu’il n’est pas instruit assez pour s’occuper des affaires publiques, cette démocratie représentative n’aurait donc plus lieu d’exister ? Qu’il faudrait troquer cette démocratie représentative contre un système plus participatif, ou la voix de la société civile compte directement dans les décisions et où elle choisit ses propres lois ? Je le pense. Quoi qu’il en soit, la désobéissance civile, ou désobéissance individuelle, devraient être replacées dans un contexte de résistance face à l’arbitraire si elle est exercée pacifiquement. Au lieu de cela, le microcosme politico-médiatique la confond (volontairement ?) depuis bien longtemps en faisant passer les désobéissants pour des anarchistes qui refusent purement et simplement la loi et l’autorité…Si contester et/ou désobéir à des lois autoritaires (pardon du pléonasme) qui oppriment ceux qui m’entourent (famille, groupe social, communauté, société, monde) c’est être anarchiste, alors je veux bien l’être.

 

Samuel Métairie

http://sam-articles.over-blog.com

 

1-J-C RUANO BORBALAN, Le pouvoir, Des rapports individuels aux relations internationales, 2002.

 

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Controle-social-et-conformisme-en-Democratie-la-desobeissance-civile-deviendrait-un-devoir.html

 

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Publié dans Analyses politiques

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