Ca se passe aujourd'hui, en notre nom, en Avignon
3 enfants sont déscolarisés, une famille vit dans la peur, et tout un quartier, l’un des plus défavorisés d’Avignon, est traumatisé : M. le Préfet crée de l’insécurité !
Le Préfet du Vaucluse s’acharne contre la famille Kapan : après avoir dit que, oui, il aurait pu les libérer…il avait bien hésité, mais que…finalement, non… Après avoir suggéré que M. Kapan avait fait des enfants pour rester en France (mais non mais non, il n’a jamais dit ça ! Qu’allons-nous penser là ?), en rajoutant que « la meilleure solution » pour eux était qu’ils « repartent » tous en Turquie (ce qui a effrayé la famille qui se cache aujourd’hui), il propose maintenant à Mme Kapan une prime au retour de 5000 € : après le bâton, la carotte… (On peut noter que M. le préfet se montre très généreux… avec l’argent public !)
M. Kapan doit donc être un grand criminel pour être traité de la sorte ! Pourtant tous ceux qui le connaissent témoignent bien au contraire qu’il s’agit d’un honnête travailleur, un bon père de famille. Mais alors, que lui reproche-t-on ? Oui, M. Kapan a commis un grand crime : celui d’entrer en France en se cachant sous un camion, il y a 9 ans. Il doit payer ! La loi doit être appliquée ! Qu’il soit expulsé, bouté hors de France, ouh, le vilain homme, indigne de notre pays.
Mais ses enfants, ses 3 enfants, que deviendront-ils sans leur père ? M. le Préfet a une solution, la plus « favorable » à ses yeux : qu’ils partent eux aussi, et leur mère avec ! (enfin, M. le Préfet se trompe, il dit : que la famille reparte…, mais les enfants ne peuvent pas « repartir » dans un pays qu’ils ne connaissent pas… bon, c’est pas grave, un lapsus, ça arrive à tout le monde). Car M. le Préfet est un brave homme au fond, ce qu’il dit là, c’est pour le bien de cette famille, d’ailleurs regardez comme il est gentil : il leur donne même de l’argent ! Que de faveurs pour une personne qui, somme toute, est aussi coupable que son mari, puisque sans-papiers. Mais c’est vrai que M. le Préfet est galant homme. Et puis tout de même, il y a les enfants…
M. le Préfet ne trouve-t-il pas la peine un peu disproportionnée ? Se rend-il compte réellement de ce que représente cet exil, sans espoir de retour ? Sans doute, puisqu’il dit que cette famille pourra se « reconstruire » : oui, sa sentence est lourde de conséquences : elle détruit une famille, et au-delà, traumatise tout un quartier, l’un des plus défavorisé d’Avignon : il contribue ainsi à précariser un tissu social déjà bien fragile.
M. le Préfet dit appliquer la loi, mais est-il sûr d’appliquer TOUTE la loi ? N’oublie-t-il pas la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, ratifiée par la France ?
« Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. » (Art. 3 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant)
M. le Préfet est-il sûr d’agir en fonction des intérêts supérieurs des enfants ? Principe par ailleurs inscrit dans la législation française qui demande de
« veiller à ce que les liens d'attachement noués par l'enfant avec d'autres personnes que ses parents soient maintenus, voire développés, dans son intérêt supérieur » (Loi 2007-293 2007-03-05 art. 3 1° JORF 6 mars 2007)
Ces enfants sont nés ici, ils sont scolarisés ici, ils restent ici. Le seul retour souhaitable pour eux est le retour dans leur école, au côté de leurs camarades de classe et de leurs enseignants.
Nous demandons au Préfet de libérer ce père, et de le rendre à ses enfants, de permettre à cette famille de continuer à vivre paisiblement.
Nous sommes certains que M. le Préfet a bien d’autres chats à fouetter : assurer la sécurité de tout un département, c’est du boulot ! C’est qu’y en a, de vrais bandits, et de vrais criminels, des pollueurs, des violeurs et des assassins, sans compter les tempêtes, et même la neige (la neige à Avignon ! Le nouveau préfet n’a vraiment pas de chance…) et puis les inondations, et encore la sécheresse et les incendies, et puis les accidents, sans compter ces manifs. à surveiller.
Tiens, au fait, on en fait une de manif., justement pour la famille Kapan. C’est à 10h30 devant l’école, et pour ceux qui nous rejoignent en route, c’est à 11h30 à la gare, ou à midi devant la Préfecture de Vaucluse.
M. le Préfet, si vous voulez qu’on discute de tout ça ensemble, n’hésitez pas…
Publié le mardi 30 mars 2010 à 11H51
Le papa est menacé d'expulsion vers la Turquie, la maman et les enfants ont quitté leur logement
Les propos du préfet de Vaucluse parus dans nos colonnes (voir notre édition du 26mars) ne sont passés inaperçus ni chez certains élus ni chez les représentants associatifs, encore moins au sein de la communauté turque avignonnaise. François Burdeyron y indiquait que "la seule solution pour Hanifi Kapan, sa femme aussi clandestine et ses enfants, est de retourner en Turquie". Le représentant de l'Etat se positionnait ainsi clairement pour que la décision de justice stipulant que ce papa turc de 33ans, sans papier et actuellement en centre de rétention à Marseille, devait être expulsé, soit appliquée. Et ce, malgré la mobilisation du Réseau éducation sans frontières qui, depuis la semaine dernière, s'est emparé de l'affaire arguant que, depuis dix ans, ce papa a construit une vie en France, qu'il y a épousé Elif et que les trois enfants du couple sont scolarisés à l'école maternelle Louis-Gros.
"Humainement, zéro"
Des propos fermes du préfet qui ont visiblement paniqué Elif. Dès vendredi, la maman a décidé de quitter l'appartement qu'elle occupe avec ses trois enfants. Abdullah, Hatice et Kübra ne sont plus allés à l'école depuis cette date. "À la lecture du journal, elle s'est fait héberger chez des proches, nous confirmait hier une amie de la famille. Elle a eu peur de rester chez elle, de se faire arrêter en allant à l'école. Pour les enfants, c'est catastrophique d'être obligés de se cacher. Maintenant, ils ont la peur en eux. Toute la famille est déstabilisée et la communauté turque est très déçue car humainement, c'est zéro!". Une situation qui a également ému bon nombre de parents de l'école Louis-Gros qui se sont aperçus de l'absence des trois petits Kapan. "Depuis vendredi, tout le monde a eu peur que la police vienne arrêter la famille, confirme Valérie Mercier, la représentante des parents d'élèves de l'école. On ne peut pas en vouloir à cette maman de se cacher, elle ne pouvait rien faire d'autre".
Du côté du Réseau éducation sans frontières, on regrette que "quand les parents sont menacés, cela a des conséquences sur les enfants qui sont déscolarisés. Les enfants ne devraient pas avoir à se cacher. Dans ce cas, leurs droits ne sont pas pris en compte". Le papa, Hanifi, joint hier au centre de rétention, se sent impuissant, abattu, il ne s'alimente plus depuis deux jours. "Je suis très inquiet pour ma famille, je sais qu'ils sont obligés de se cacher. Mais aujourd'hui, je n'ai pas réussi à parler à ma femme au téléphone. Je ne sais pas trop chez qui elle est. Je ne sais plus quoi faire J'ai peur pour eux".
"Que cette famille reste unie... en Turquie"
Le Préfet de Vaucluse persiste et signe. Il ne reviendra pas sur sa décision d'expulser Hanifi Kapan.
Sur le sort réservé à sa femme, Elif, également en situation irrégulière et sur celui de leurs trois enfants, le représentant de l'Etat est sans équivoque. "Le bon sens c'est que cette famille reste unie et reparte en Turquie, nous indiquait hier François Burdeyron. Je vais envoyer un courrier à Mme Kapan pour lui préciser que ses frais de transport seront pris en charge pour rentrer en Turquie et qu'elle peut recevoir l'aide au retour qui est de 5000 €. C'est la bonne solution, elle n'aura à s'occuper de rien et cela ne lui coûtera rien. Ça n'est pas dans son intérêt, ni dans celui de ses enfants, de rester ici. Cette famille peut reconstruire sa vie en Turquie. Humainement, je comprends son inquiétude mais je suis favorable à son retour en Turquie. Et je ne reviendrai pas sur mes positions. Je ne fais qu'appliquer la loi".
Florence ANTUNES
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Si, tout comme moi, vous pensez que le principe même de frontières est une ignominie et une insulte faite à l'intelligence humaine, et donc que "la terre n'est qu'un seul pays", je vous invite à vous revendiquer "Citoyen du monde"... (http://citmonde.free.fr/index.htm)
"Ce qui permet au mal de progresser est l'inaction des hommes de bien"
Edmund Burke, homme politique britannique
"Ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d'agir"
Albert Einstein
"Quand le peuple ne réclamera plus rien d'autre que l'argent et la sécurité, c'est qu'il
aura intériorisé sa condition d'esclave."
Tocqueville
"Il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société où l’égalité n’est pas
réelle."
Condorcet - 1793