Changement climatique : Combien de temps nous reste-il ?
Quatre vérités dérangeantes
Les scientifiques interrogés par Gwynne Dyer en sont maintenant convaincus. Les objectifs définis par le GIEC sont obsolètes. Le réchauffement est plus rapide que .prévu, mais pire encore, passé un certain point, des boucles de rétroactions vont se déclencher, et le processus échappera à notre contrôle. Si le réchauffement atmosphérique s'emballe, sur terre, la situation deviendra incontrôlable. Les Etats faillis, la famine, les guerres, les exodes massifs vont se multiplier. Dans ces conditions, la mise en œuvre de politiques internationales de réduction des émissions n'aurait plus aucune chance de succès. Combien de temps nous reste-il ? Trop peu pour réduire les émissions avant de dépasser les limites dangereuses. Voilà résumées les conclusions que tire Dyer de la série d'entretiens qu'il vient de réaliser à travers le monde avec des scientifiques, des militaires et des politiques.
Par Gwynne Dyer, Japan Times, 7 décembre 2008
- Les scientifiques ont vraiment peur
(...) Ils sont réticents, on le comprend, à annoncer publiquement que leurs prévisions étaient fausses, que la situation est vraiment bien pire et que les objectifs devront être révisés. La plupart d'entre eux attendent de disposer d'une preuve incontestable montrant que le changement climatique intervient plus rapidement que prévu, même si en privé, ils s'affirment convaincus que c'est bien le cas.
De ce fait, les gouvernements, bien qu'ayant enfin pris conscience du danger, continuent de viser des objectifs de réduction des émissions obsolètes. Pour éviter l'emballement du réchauffement de la planète, le véritable objectif requis serait probablement une réduction de 80% des émissions d'ici à 2030, et la quasi disparition de l'usage des combustibles fossiles (charbon, gaz et pétrole) d'ici à 2050.
- Les militaires ont raison
L'alimentation est la question clé, et la situation de l'offre alimentaire mondiale est déjà très tendue. Nous avons consommé environ les deux tiers des réserves mondiales de céréales au cours des cinq dernières années, et ne disposons plus que d'environ 50 jours de stock. Même un seul degré d'augmentation de la température moyenne de la planète se traduirait par une diminution de la production alimentaire dans presque tous les pays qui sont plus proches de l'équateur que des pôles, et qui abritent la quasi-totalité des greniers à blé de la planète.
Pour cette raison, le marché international des céréales va disparaître par manque de marchandises. (...)
- Il existe un point de non-retour au-delà duquel le réchauffement devient inéluctable
Nous sommes probablement en route pour le dépasser. Ce point de bascule, c'est celui où le réchauffement d'origine anthropique (d'origine humaine) déclenche une libération massive de dioxyde de carbone des océans dont la température s'élève, ou des rejets de dioxyde de carbone et de méthane provoqués par la fonte du pergélisol, ou les deux phénomènes ensemble. La plupart des climatologues pensent que ce point se situe légèrement au dessus des 2° de réchauffement.
Un fois ce point dépassé, l'humanité perdra le contrôle : la réduction de nos émissions pourrait ne pas parvenir à arrêter le réchauffement de la planète. Cependant, nous allons presque certainement outrepasser la date limite. (...)
- Nous devrons tricher
Au cours des deux dernières années, plusieurs scientifiques ont proposé plusieurs techniques de « géo-ingénierie » destinées à combattre la hausse de température. (...)
Il existe une possibilité de trouver l'issue de cette crise, mais elle n'est pas aisée et il n'y a aucune garantie de succès.
(Gwynne Dyer est journaliste indépendant et historien, spécialiste des questions militaires)
Intégralité de l'article sur http://contreinfo.info/, le 14 décembre 2008
Et si, au lieu d'essayer de "tricher" pour maintenir en place un système néfaste pour l'immense majorité (ce qui, de toute façon, ne servira absolument à rien), nous changions radicalement et immédiatement de mode de vie tant sur le plan individuel que collectif (voir les articles précédents et les propositions "décroissantes") ?