"En conscience, je refuse d'obéir".

Publié le par Alain Refalo - Bernard Grignon



Une série de réflexions et d'initiatives sur les vertus de la "désobéissance civile" des enseignants en ces temps de "réforme", dont cette (vraie) lettre d'un instituteur de Haute Garonne à son inspecteur :


Colomiers, le 6 novembre 2008


Monsieur l'Inspecteur,


Je vous écris cette lettre car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d'obéir.

Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l'Education Nationale s'est engagé qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d'arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d'une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L'Education Nationale n'est pas l'armée ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui décident et d'un autre côté ceux qui exécutent ! L'honneur de notre métier est aussi de faire oeuvre de raison, de critique et de jugement.

Aujourd'hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l'Education Nationale n'est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l'attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d'enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l'alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant pour les associations complémentaires de l'école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l'utilité n'est plus à démontrer, la mise en place d'une agence chargée du remplacement avec l'utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d'Administration, la dévalorisation du métier d'enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m'est le plus insupportable, l'insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c'est-à-dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l'échec scolaire.

Le démantèlement des fondements de l'Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d'un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu'un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction. (...)


Si aujourd'hui je décide d'entrer en résistance et même en désobéissance, c'est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C'est parce que je ne pourrais plus concilier liberté pédagogique, plaisir d'enseigner et esprit de responsabilité qu'il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais ce choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance que cette résistance portera ces fruits. J'espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en oeuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s'agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.

Monsieur l'Inspecteur, vous l'avez compris, cette lettre n'est pas dirigée contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser et de la faire connaître. Le propre de l'esprit responsable est d'agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C'est ce que je fais aujourd'hui.

Je vous prie de recevoir, Monsieur l'Inspecteur, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

Alain REFALO

Professeur des écoles

Ecole Jules Ferry, Colomiers (31)

Lettre adressée à Mr l'Inspecteur de l'Education Nationale de la 17ème circonscription de la Haute-Garonne.

Sur le blog http://resistancepedagogique.blog4e...

* * *

Par la newsletter du blog, datée du 10 novembre, on apprenait la suite donnée par l'inspection académique à ce courrier :

"La lettre "En conscience, je refuse d'obéir" d'Alain Refalo a agi comme un déclic chez beaucoup d'enseignants. (...) Des enseignants l'impriment, la diffusent, l'affichent.

(...) Alain Refalo a été convoqué par son Inspecteur de circonscription qui l'a reçu, accompagné d'un représentant de l'Inspecteur d'Académie. L'inspection Académique a reçu ordre du Ministère d'ouvrir une enquête au sujet de cette affaire et de lui transmettre un rapport.

L'entretien a duré 1h30 durant lequel il lui a été demandé s'il confirmait le contenu de la lettre. Alain Refalo a confirmé point par point les sujets sur lesquels il considérait son devoir de désobéir.

Les inspecteurs ont voulu connaître ses motivations. Alain Refalo a dit que depuis des mois les enseignants n'étaient pas entendus, malgré les pétitions, les grèves, les tribunes dans la presse. Il a affirmé avoir posé cet acte de désobéissance en souhaitant que d'autres prennent le relais, que ce mouvement s'amplifie afin de créer un débat public et un rapport de forces avec l'administration.

Il est évident que ce qui embarrasse aujourd'hui le Ministère c'est la publicité donnée à cette lettre, sa diffusion comme une traînée de poudre sur internet.

Une fois le rapport transmis à l'IA, Alain Refalo sera certainement convoqué pour un nouvel entretien avec l'IA.

Aujourd'hui, il apparaît important que cette initiative soit relayée par l'envoi de nombreuses lettres individuelles ou/et collectives pour affirmer notre détermination et rendre difficile la répression et les sanctions. Le blog Résistance pédagogique pour l'avenir de l'école propose un modèle de lettre modulable à envoyer à son inspecteur.

(...)

Intégralité de la lettre d'Alain Refalo sur le site :

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7440

 

 

 

Et si tous les enseignants, soignants, juristes, artistes, fonctionnaires, et tous ceux qui refusent de subir davantage les contre-réformes entreprises par le gouvernement actuel de notre pays se montraient aussi courageux qu'Alain Refalo et refusaient, eux-aussi de se soumettre à son autoritarisme dogmatique destructeur de notre société ?


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Publié dans SOCIETE et Justice

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