"Je suis fasciné par la capacité qu'ont les humains de s'enfoncer la tête dans le sable afin de nier à tout prix la réalité.
Les problèmes énergétiques terrestres, dont nous commençons à constater les effets, sont causés à la base par une production et une consommation monstrueuse d'énergie. Si on souhaite s'attaquer réellement à cette situation inquiétante, il n'y a qu'une seule véritable solution, tout à fait évidente : diminuer la production et la consommation d'énergie ! Tout le reste n'est que mensonge et hypocrisie.
On peut rêver, par exemple, de remplacer toutes les automobiles à essence par des véhicules électriques. Mais où prendrions-nous l'énergie nécessaire pour recharger les piles ? En construisant des centrales thermoélectriques au charbon ? On peut aussi penser à l'énergie éolienne. Et en profiter pour imaginer nos vastes étendues vierges, plantées à l'infini de magnifiques parcs de moulins à vent, transformant le paysage québécois (français) en une caricature métallique de la Hollande. On peut, dans la même veine, souhaiter construire des barrages sur toutes les rivières, puis raconter à nos petits enfants, une larme de crocodile à l'oeil, comment nous pêchions la truite et le saumon «dans le bon vieux temps».
Et on peut considérer la pire des options : le nucléaire. On entend pourtant beaucoup parler de cette «solution» dernièrement. Des vendeurs sans scrupule, endimanchés et aux cheveux impeccables, expliquent un peu partout que les centrales nucléaires ne produisent pas de gaz à effet de serre et, qu'à ce titre, elles renfermeraient dans leur coeur l'avenir de l'humanité.
Foutaises ! L'industrie nucléaire est probablement la création la plus sournoise et la plus malpropre de l'histoire de l'homme. J'entends déjà des vendeurs rétorquer que je dramatise tout et que je ne suis qu'un bête contestataire anti-nucléaire. Je vous invite à remarquer que ces vendeurs ne vous parleront jamais des vrais problèmes du nucléaire. Ce sont des spécialistes payés pour éviter de discuter des vrais enjeux.
Lorsqu'on envisage objectivement une solution, il faut en jauger tous les aspects. Si on veut considérer l'option nucléaire, il faut tenir compte de tous les éléments du dossier. L'industrie nucléaire génère des déchets radioactifs tout au long du cycle de production d'énergie électrique. La radioactivité, comme tout le monde le sait, est cependant invisible, inaudible, inodore et incolore. Ce qui fait qu'il est très difficile pour la grande majorité des gens d'évaluer intuitivement les graves dangers qu'elle représente. La radioactivité peut donner une fausse impression de sécurité.
Le réchauffement de la planète est un problème extrêmement préoccupant. Mais le nucléaire ne constitue pas une solution valable. Le nucléaire pourrait, dans le meilleur des cas, entraîner le remplacement des gaz à effet de serre, que la nature aurait théoriquement la capacité d'absorber si nous n'en produisions pas tant, par des déchets extrêmement nocifs et pratiquement indestructibles que nous sommes incapables de gérer. Le nucléaire est la plus irresponsable des alternatives.
Et les déchets nucléaires ! Les mines d'uranium polluent leur site d'extraction. Les centrales nucléaires rejettent inévitablement certains radioéléments dans l'air, dans l'eau ou dans le sol. De plus, le risque d'accident nucléaire est toujours présent (de plus en plus, du fait du vieillissement du parc actuel et de la construction de nouvelles centrales). Certains des sous-produits peuvent aussi servir à construire des armes nucléaires. Et, comme tout malheur ne vient pas seul, cette industrie donne aussi naissance aux tristement célèbres déchets nucléaires.
Il y a actuellement environ 50 000 tonnes de ces déchets nucléaires hautement radioactifs au Canada, dont plus de 2 000 tonnes au Québec. Ces déchets contiennent certaines substances extrêmement dangereuses qui ne se retrouvent normalement qu'à l'état de traces dans la nature, comme le plutonium. Ces substances sont créées dans les centrales nucléaires elles-mêmes. Les déchets radioactifs ne sont pas biodégradables. Ni chimiquement attaquables. En 2007, aucune connaissance ni technologie humaine ne permettent de s'en débarrasser intelligemment et efficacement. Ils demeurent donc hautement toxiques pendant des centaines de millions d'années, au minimum.
L'avenue nucléaire hypothèque l'avenir des humains pour une période de temps tellement longue qu'on a peine à imaginer ce que ça représente. Combien de générations de nos descendants seront touchées par ce cadeau empoisonné, qui pollue pendant si longtemps ?
L'heure semble venue de sortir notre tête du sable. La société humaine actuelle, qui fonde ses systèmes sur l'illusion théorique de la croissance infinie, se dirige à toute vitesse vers le mur de la réalité.
Il est maintenant trop tard pour le patinage de fantaisie verbal. Nous n'avons d'autre choix, si nous souhaitons léguer autre chose qu'un désert contaminé à nos enfants et à nos petits-enfants, que de réviser nos valeurs morales afin de remplacer l'égoïsme par l'altruisme.
Il faut cesser de faire semblant de croire aux solutions miracles pour se donner bonne conscience. Nous devons accepter de céder certains de nos privilèges luxueux, pour espérer partager quelques plantes, animaux et cours d'eau avec notre progéniture. Pour ce faire, il n'y a qu'un chemin objectivement valable et c'est de diminuer notre production et notre consommation d'énergie."
Par Miguel Deschênes, physicien Cyberpresse-CANADA - 24.02.07
(Notes entre parenthèses de Bernard Grignon)
Consulter le site du Réseau "Sortir du nucléaire" : www.sortirdunucleaire.fr