Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /2007 08:15
 
 

 
 
Aux USA plus de 100 000
citoyens opposants aux système sont
 interdits de prendre l’avion




L’éditeur écologiste du Vermont, Chelsea Green Publishing Company,
publie le 5 septembre 2007 un pamphlet de la féministe Naomi Wolf
dénonçant la répression politique aux États-Unis. intitulé The End of
America : A Letter of Warning to a Young Patriot
(La Fin de l’Amérique :
une lettre d’alerte à un jeune patriote
), l’ouvrage se présente comme un
appel à ses concitoyens dans la tradition révolutionnaire américaine de
Thomas Paine.

Naomi Wolf y relate notamment que l’administration Bush empêche
les dissidents de circuler librement à l’intérieur et à l’extérieur des
États-Unis. Une agence créée au lendemain des attentats du 11septembre
2001, la Transportation Security Administration (TSA), a fiché plus de
100 000 opposants à la politique de George W. Bush et les soumets
à des contrôles abusifs de sécurité pour les empêcher ou leur interdire
de prendre des vols intérieurs ou extérieurs.
L’existence de ce fichier avait été découverte, en mars 2004, lorsque
les agents de la TSA empêchérent par cinq fois le sénateur Edward
Kennedy de prendre un avion. Désormais, ce sont les dissidents de
tous horizons (élus locaux, militants associatifs, universitaires…)
qui font l’objet de cette privation de liberté.

........................................

Résistance démocratique aux États-Unis
La répression politique s’étend aux États-Unis
par Naomi Wolf*

Depuis cinq ans, nous alertons l’opinion publique mondiale
sur la volonté de l’administration Bush de transformer les États-Unis
 en État autoritaire. Notre analyse, qui s’appuyait sur l’étude de projets
 de loi, n’a pas été alors prise en considération par certains
 en raison du choc psychologique du 11-Septembre. Ce qui était
 une intention est désormais une réalité, les textes sont mis en pratique :
le nouveau régime intimide, harcèle et en définitive muselle ses
opposants. Naomi Wolf recueille des témoignages de cette répression
et tente de mobiliser ses concitoyens pour défendre leurs libertés.
  
 
 

 

Depuis quelques mois je parcours les États-Unis, du Colorado à la Californie,
et je parle avec des États-uniens de toutes les couches de la société
sur les questions des libertés, sur les attaques qu’elles subissent en ce
moment
et sur le programme en dix étapes qui est en cours pour faire de
ce pays une société fermée et répressive.

La bonne nouvelle est que les États-uniens se sont réveillés et sont
conscients des dangers qui les guettent. Quand je me suis mis en route
je pensais que j’allais affronter de l’opposition, de la résistance ou
au moins de l’incrédulité quand je parlerais de l’obscurité qui s’étend
lentement sur notre pays et l’héritage de liberté que nous ont légué nos
ancêtres.

Mais je me retrouve à parler devant des assemblées qui n’ont pas besoin
de moi pour être inquiètes. Des gens qui ont peur, qui ont perçu depuis
longtemps le danger qui grandit et la société qui se prépare.

 Boulder, une jeune mère de deux enfants, la trentaine, l’image même
de la jeune états-unienne dynamique, s’est effondrée alors qu’elle me
parlait : « Je suis outrée par tout ce que j’entends et vois, je voudrais
tellement faire quelque chose ! Mais j’ai tellement peur. Je regarde
mes enfants et j’ai peur. Comment lutter contre cette peur qu’ils
ont planté en nous ? Qu’est ce qui est mieux pour l’avenir et la
sécurité de mes enfants ? Est-ce que je dois agir et tenter de changer
les choses ou bien me taire et ne pas me faire remarquer ? J’ai tellement
peur de me retrouver fichée quelque part. »

À Washington DC, la semaine dernière, un directeur de service
dans une administration, ancien joueur de foot, beau gosse, probablement
membre du Parti Républicain, m’a confié, loin des micros, qu’il avait peur de
signer le papier autorisant le FBI d’accéder à toutes les informations le
concernant, comme l’y encourage l’agence anti-terroriste. « Mais en même
temps, j’ai peur de ne pas la signer, si je ne le fais pas, je risque de
perdre mon boulot, ma maison... c’est comme en Allemagne lors du
fichage des fonctionnaires » me dit-il d’une voix résignée.

Ce matin, à Denver, j’ai parlé pendant plus d’une heure avec un très
haut et très courageux gradé de l’armée, hautement décoré qui s’est
retrouvé sur la liste des personnes surveillées (et interdites de prendre
l’avion) parce qu’il a critique la politique de l’Administration Bush. Il m’a
montré des documents qui prouvent que non seulement il est
surveillé par les services secrets mais que toute sa famille est également
espionnée et harcelée. Tout au long de sa carrière militaire, cet officier
a mené de nombreuses missions très dangereuses au service de son
pays, mais aujourd’hui, quand il me parle de sa crainte que ses
enfants soient harcelés par le gouvernement à cause de ses opinions,
sa voix se brise.

Ailleurs je suis abordée par une juriste qui travaillait pour le Ministère
de la Justice. Un jour elle s’est opposée à « l’interrogatoire musclé »
d’un détenu qui subissait une technique reconnue comme étant de
la torture. Non seulement elle s’est retrouvée devant une commission
de discipline, mais en plus elle a été sujette à une enquête criminelle,
a perdu de l’avancement, a vu son ordinateur fouillé et ses mails
effacés... et maintenant elle est sur la liste noire et ne peut plus
prendre l’avion.

Lors d’une conversation dans une soirée, un technicien informatique
travaillant pour une grande compagnie aérienne —et qui ne fait pas
mystère de sa sympathie pour le Parti Républicain— m’explique
qu’une fois que vous êtes sur la liste, il est impossible d’en sortir.
« Même si on te dit que ton nom est effacé, ce n’est pas vrai,
nous avons un système double qui n’efface jamais rien
. »

Elisabeth Grant, de la Coalition contre la guerre, a montré lors d’une
conférence de presse la note manuscrite et le petit drapeau états-unien
retrouvé dans sa valise après un voyage en avion. La note disait
que l’agence anti-terroriste n’appréciait pas ses lectures.

Je lis mon journal le matin et je n’en reviens pas :

• Sept soldats ont publié une lettre dans le New York Times pour
critiquer la guerre : peu de temps après, deux sont morts dont un
d’une balle dans la tête tirée à bout portant
.

• Une femme comptable de l’armée qui voulait dénoncer les abus
et détournements financiers est morte dans son baraquement,
abattue d’une balle dans la tête, ici aussi à bout portant.

• Pat Tillman, qui avait écrit un mail à un ami où il envisageait
de dénoncer des crimes de guerre dont il avait été témoin : une
balle dans la tête.

• Donald Vance, un employé de l’armée qui avait dénoncé des trafics
d’armes au sein de l’armée en Irak — kidnappé par des soldats US à
l’intérieur même de l’Ambassade US de Bagdad et enfermé et torturé
pendants des semaines sur une base militaire US, sans accès à
un avocat — et officiellement menacé des pires représailles s’il parlait
à quiconque à son retour au pays.

• Et dans le dernier numéro de Vanity Fair un sous-traitant de l’armée
qui avait dénoncé des malversations raconte qu’il a été kidnappé par
des soldats US masqués et armés, passé à tabac toute une
nuit dans un préfabriqué avant d’être expulsé d’Irak le lendemain.
L’administration militaire a refusé d’entendre sa plainte et l’a fait
éjecter du bureau.

Ce matin le New York Times écrit que le Département d’État
(employeur des mercenaires de Blackwater USA) refuse officiellement
de coopérer avec le Ministère de la Justice ou le FBI dans le cadre
de l’enquête sur l’assassinat de 17 civils irakiens innocents. La
Maison-Blanche soutien l’attitude méprisante du Département
d’État vis à vis de la justice de ce pays.

En permettant au FBI et à la CIA d’arrêter n’importe quel citoyen
états-unien et de le priver de ses droits légaux, le secrétaire
à la Justice a fait comprendre aux citoyens US une leçon très
simple : Nul d’entre vous n’est à l’abri de l’arbitraire d’État.
Nous pouvons venir comme cela nous chante, enfoncer votre
porte et vous faire disparaître pour toujours... en toute légalité.

(...) Si l’administration de ce pays annonce publiquement qu’elle
ne sanctionnera pas les agissements criminels de ses propres
employés en Irak et fera obstacle à la justice — alors est ce
que les députés du Congrès auront le courage d’affronter les
agissements similaires de Blackwater quand cette société
remportera le contrat qu’elle convoite, celui de la sécurité
intérieure aux États-unis ?

Est-ce que nous oserons encore manifester dans la rue si
nous savons que nous risquons de recevoir le même traitement
que les civils de Bagdad, mitraillés depuis des hélicoptères de
Blackwater ? Est-ce qu’un député osera proposer une loi contre
Blackwater s’il sait qu’il peut se faire tuer d’une balle dans
la tête, en toute impunité ?

(...) N’oubliez pas que, dans la situation actuelle, le département
de la Sécurité de la Patrie (Homeland Security) a le droit légal
de déployer les mercenaires de la société Blackwater dans votre
ville dès ce soir.

 Naomi Wolf
Journaliste et écrivain féministe. Dernier ouvrage paru : The End of America : A Letter of Warning To A Young Patriot.

 

 

Par alternative-france - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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