Jeudi 5 avril 2007 4 05 /04 /2007 10:49

AGROCARBURANTS ET ENVIRONNEMENT


Pour lutter contre la pollution, les émissions de gaz à effet de serre, et la pénurie de pétrole, les biocarburants sont apparus comme la solution miracle. Aujourd’hui pourtant, ils sont de plus en plus considérés comme une alternative pour un impact controversé.


 

BIOCARBURANT NE RIME PAS AVEC ENVIRONNEMENT

On utilise d’ailleurs plus volontiers le terme de ''carburants verts'', ou ''agrocarburants''. En effet, ces carburants d’origine végétale ne sont pas issus de l’agriculture biologique. Au contraire, s’ils sont le fruit d’une agriculture intensive, qui implique l’emploi d’engrais et de pesticides, la pollution ainsi engendrée annule en partie leurs effets positifs potentiels.

Et puis il y a l’impact sur les écosystèmes, les zones humides, et les forêts. Notamment en Amérique du Sud et en Asie du Sud Est, où l’extension des surfaces dédiées à la production de biocarburants contribue massivement à la déforestation. A Bornéo, en Indonésie, les plantations de palmiers à huile s’étendent sur la forêt tropicale, ses espaces protégés, ses espèces protégées, et fragilisent ses populations les plus pauvres. Toute la région est en train de devenir un immense champ de ''pétrole végétal'', et les incendies provoqués pour faire la place à ces monocultures libèrent des millions de tonnes de CO2 qui s’accumulent dans l’atmosphère. Au Brésil, pays leader dans la production d’éthanol, la canne à sucre empiète elle aussi déjà sur la forêt amazonienne. Certaines plantations de canne à sucre ont la taille de pays européens. Ces immenses monocultures ont fait disparaître d’immenses et irremplaçables écosystèmes.

Désormais, avec la destruction de l’unique savane brésilienne, l’industrie de l’éthanol et la pollution de l’air et de l’eau sont liées de façon systématique. Dans le souci de fabriquer des carburants propres et donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous détruisons des forêts qui participent elles-mêmes à la réduction de l’effet de serre. L’expansion des plantations, que ce soit de palmiers à huile, de canne à sucre ou encore de soja, est une des principales causes de la destruction des écosystèmes forestiers. Des écosystèmes qui présentent pourtant la plus importante diversité biologique de la planète.

 

UN SCHEMA NORD-SUD SANS CESSE RENOUVELE

Une grande partie des biocarburants destinés à la consommation des pays du Nord sera vraisemblablement produite dans le Sud.

L’augmentation de la demande en carburants végétaux s’ajoute aujourd’hui à la pression foncière qui va croissant dans les pays du Sud où les monocultures d'exportation, en pleine expansion, cherchent à répondre à la vaste demande des marchés des pays développés.

Ainsi la plus grande partie des terres agricoles du Sud risquent d'être bientôt consacrée à la production de carburants verts, au détriment des terres cultivables destinées à la production alimentaire. A terme, les besoins en biocarburants des pays les plus industrialisés modifieront complètement le paysage agricole mondial.

Dans ce cas de figure, la hausse des prix des denrées alimentaires va fragiliser, encore un peu plus, des populations qui connaissent déjà, dans mains endroits, des périodes de famines chroniques.

Poussés à favoriser les cultures d’exportation, les pays pauvres seront aussi poussés à importer leur nourriture. Un cercle vicieux dénoncé aujourd’hui par plusieurs experts et personnalités. L’économiste américain Lester Brown met en garde, la concurrence pour les céréales entre les 800 millions d’automobilistes de la planète qui veulent maintenir leur mobilité, et les 2 milliards de personnes les plus pauvres qui tentent de se nourrir et de rester en vie surgit comme une question éthique. Quant au journaliste britannique Georges Monbiot, il craint une famine sans précédent.

Si l’on veut développer le marché des biocarburants, il faudrait consacrer 525 millions d’hectares, soit un tiers de la surface agricole mondiale de 1,5 milliards d’hectares, à cette filière. A l’heure où la faim dans le monde est loin d’être endiguée, n’est-il pas préférable de réserver ces terres, en priorité, à la production alimentaire? Et même si on peut imaginer encore étendre les terres agricoles au détriment des forêts en Amérique Latine, en Afrique centrale et dans certains pays d’Asie de l’Est, il n’existe quasiment plus de surface exploitable à des fins agricoles en Asie du Sud Est, au Proche Orient, ou encore en Afrique du Nord.

 

QU'EST-CE QU'UN BIOCARBURANT ?

 

Un biocarburant est un combustible liquide obtenu à partir de culture ou de déchets végétaux. On trouve les combustibles obtenus à partir de cultures oléagineuses, le colza, le tournesol, le palmier à huile…on en tire l’huile qui après filtration, s’utilise directement comme carburant dans un moteur diesel. Les combustibles obtenus à partir d’alcool sont, eux, issus de la culture de la betterave, de la canne à sucre. Ils peuvent être employés seuls uniquement dans des moteurs adaptés, comme ceux des voitures ''flex fuel'' commercialisées aux Etat-Unis et au Brésil.

 

Ces carburants d’origine végétale ne sont pas issus de l’agriculture biologique. Au contraire, ils sont le fruit d’une agriculture intensive qui implique l’emploi d’engrais et de pesticides la pollution alors engendrée semble annuler leurs effets positifs

 

Charlotte Dassiou pour Planète Urgence (France), le 29-03-2007

Diffusé sur : http://www.infosdelaplanete.org

Par Charlotte Dassiou - Publié dans : Agriculture - Alimentation - Agrocarburants
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