La planète se réchauffe et les partisans de l'énergie nucléaire affirment détenir la solution
...Le monde commence à prendre conscience de la menace grandissante et bien réelle que présentent les changements climatiques catastrophiques causés par l'homme. La guerre en Irak, les tensions croissantes dans les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient et le souvenir des deux fiascos énergétiques (dus aux manipulations du marché) en Californie, en 2001, avec une coupure de courant affectant un tiers des Etats-Unis et le Canada, en août 2003, ont soulevé des inquiétudes en ce qui concerne les sources instables et non durables d'énergies. Réanimés par une campagne concertée et habile de relations publiques et de lobbying, ces facteurs ont refait de l'énergie nucléaire, que l'on présente comme non émettrice de carbone, un sujet de discussion.
Selon l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), neuf nouvelles centrales - trois au Japon, deux en Ukraine et une en Corée du Sud, en Inde, en Chine et en Russie - sont entrées en activité depuis 2004. Pendant ce temps, deux centrales ont été réactivées au Canada après plusieurs années d'inactivité, et on parle de construire un nouveau réacteur dans le pays. On compte actuellement 23 centrales nucléaires en construction dans le monde, dont une en Finlande, la première en Europe de l'Ouest depuis l'explosion de Tchernobyl dans le nord de l'Ukraine en 1986. La France, dont les 58 réacteurs fournissent environ 80% de l'énergie du pays envisage également d'en construire un nouveau et le Premier Ministre britannique Tony Blair voudrait construire de nouveaux réacteurs pour remplacer les 31 centrales vieillissantes du pays, dont la majorité doit être mise hors service en 2020. En août 2005, le président américain George W. Bush a signé un projet de loi allouant 13 milliards de dollars de subventions publiques pour aider à lancer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.
ENERGIE NUCLEAIRE CONTRE RECHAUFFEMENT DE LA PLANETE
Un choeur grandissant de partisans du nucléaire, de représentants du gouvernement, de bureaucrates internationaux, d'universitaires, d'économistes et de journalistes en appellent à l'énergie nucléaire pour nous sauver des changements climatiques dévastateurs. En séparant les atomes pour produire de l'électricité, les réacteurs nucléaires n'émettent pas de dioxyde de carbone (CO2) ni d'autres gaz à effet de serre. Mais il est inexact de dire que l'énergie nucléaire n'engendre aucune émission de carbone - du berceau à la tombe, toutes les sources d'énergie émettent du carbone. (Même les éoliennes sont complices : l'aluminium utilisé dans leur construction est souvent produit en utilisant de l'électricité fournie par des centrales à charbon.) Dans le cas de l'énergie nucléaire, on utilise de l'électricité d'origine fossile dans le reste du cycle de production - l'extraction, le broyage et l'enrichissement de l'uranium utilisé comme combustible dans les réacteurs, la construction des centrales nucléaires (particulièrement le ciment), la désaffectation des centrales, la construction des installations de stockage et le transport et le stockage des déchets. L'usine d'enrichissement par diffusion gazeuse de Paducah, Kentucky est l'une des plus grandes consommatrices d'électricité produite par centrale à charbon des Etats-Unis.
Il semble cependant impossible d'évaluer exactement les émissions de carbone engendrées par le cycle de production de l'énergie nucléaire et la communauté environnementale internationale est en désaccord en ce qui concerne la contribution potentielle de l'énergie nucléaire au réchauffement de la planète. Tom Cochrane, physicien nucléaire pour le Natural Resources Defense Council, affirme que l'énergie nucléaire émet peu de gaz à effet de serre comparé aux autres sources d'énergie conventionnelle. Mais pour que l'énergie nucléaire réduise de manière importante les émissions de gaz à effet de serre, il faudrait une augmentation énorme du nombre de centrales nucléaires en opération dans le monde, ce qu'il n'approuve pas.
QUELLE SERAIT L'IMPORTANCE DE CETTE AUGMENTATION DU NOMBRE DE CENTRALES NUCLEAIRES ?
Un rapport de 2003, souvent cité, publié par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology, intitulé The Future of Nuclear Power
Le rapport du MIT reconnaît qu'une telle expansion représenterait un défi énorme en ce qui concerne les déchets nucléaires nécessitant « la création quelque part dans le monde tous les deux ou trois ans » d'un site de stockage permanent de la capacité du projet de dépôt de la Yucca Mountain dans le Nevada. Si le combustible utilisé était retransformé, comme le proposent de nombreux partisans du nucléaire, cela augmenterait de manière importante les risques de propagation des matières nucléaires pouvant être utilisées pour fabriquer des bombes atomiques. Le rapport du MIT rejette la solution du retraitement car elle n'est pas rentable et est inutilement risquée du fait du danger de prolifération des armes. Pour faire face au problème des déchets, il demande au Département américain de l'énergie de développer « un programme équilibré de recherche et de développement sur la gestion des déchets à long terme » et d'étudier la possibilité de placer les déchets dans des puits de stockages géologiques profonds. Il recommande également la création d'un réseau d'infrastructures centralisées aux Etats-Unis et dans le monde pour pouvoir stocker le combustible irradié pendant plusieurs décennies jusqu'à ce que l'on trouve de meilleures solutions. Bien sûr, le paysage politique est jalonné de recommandations techniquement plausibles qui n'ont jamais été mises en pratique parce que, spécieuses, elles ignoraient les difficultés politiques de l'énergie nucléaire.
Pacala et Socolow maintiennent qu'il faut prendre une série de mesures pour faire face aux changements climatiques. Ils ont identifié 15 technologies ou pratiques actuellement exploitées commercialement dans le monde et affirment que l'on pourrait stabiliser les émissions de carbone sur les 50 prochaines années en développant sept d'entre elles.
NUCONOMIE
Un article intitulé « Nuclear Follies », qui fit la une du magazine Forbes du 11 février 1985, décrivait l'expérience des Etats-Unis avec l'énergie nucléaire comme « le plus grand désastre de gestion dans l'histoire du monde des affaires ». Considérant un investissement de 125 milliards de dollars, écrit le magazine, « seuls les aveugles ou les personnes partiales, peuvent penser aujourd'hui que cet argent a été bien dépensé. C'est une défaite pour le consommateur américain et pour la compétitivité de l'industrie américaine, pour les institutions publiques qui ont lancé le programme et pour le système d'entreprises privées qui l'a rendu possible.»...
Karen Charman, traduit de World Watch
A consulter sur le site : "http://www.delaplanete.org/Un-nouveau-monde-nucleaire.html"
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