Informations et réflexions sur notre SOCIETE

Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /2009 16:54


Deux ans après le "Grenelle", la semaine du Développement Durable est plus que jamais placée sous le signe de l'environnement. C'est déjà un résultat satisfaisant. Quelques années en arrière, le critère environnemental était totalement négligé, aujourd'hui, chacun a découvert sa "vérité qui dérange" et cherche à justifier son activité par rapport aux conséquences qu'il provoque sur l'environnement.

 


Le domaine des télécommunications a très récemment découvert (parce qu'ils ne le savait pas avant ?) qu'il n'était pas aussi "dématérialisé" qu'il le pensait. Il consomme des quantités importantes d'énergie, entre 7 et 13,5% de la consommation électrique française, quand même ! Il exploite des ressources rares : il est à l'origine de 30 % de la demande mondiale d'argent, 12 % de l'or, 30 % du cuivre, et jusqu'à 80 % du ruthenium ou de l'indium selon Umicore (2007), l'un des leaders mondiaux des matériaux. Certaines filières, comme le coltane, ont été pointées du doigt comme alimentant les guerres en Afrique (RDC). Enfin les TIC* utilisent des produits toxiques, par elles-mêmes (retardateurs de flamme bromés, phtalates ou béryllium) ou au cours de leur fabrication.


La pression des associations écologistes n'est pas étrangère à cette prise de conscience. Greenpeace par exemple a publié dès 2005 un rapport qui pointe du doigt les problèmes du secteur. L'association entretient depuis près de trois ans un classement actualisé qui permet de juger de la "vertitude"» des constructeurs. Mais les associations n'ont pas l'exclusivité du sujet. Après des décennies de frilosité sur le sujet (rappelons que le premier sommet se tint en 1972 à Stockholm...), la France, avec le "Grenelle", s'est enfin autorisée à parler ouvertement d'écologie (bof !). Et surtout la réglementation s'est chargée de pousser les constructeurs à agir (à bon ?).


Les annonces séduisantes se sont multipliées. L'association Green Grid cherche à promouvoir des datacenters "verts". Google veut refroidir ses fermes avec de l'énergie de la mer ou les implanter dans des zones plus froides. Orange collabore avec WWF pour évaluer la qualité environnementale des terminaux distribués. Nokia vient de sortir un téléphone mobile "vert", nommé « Evolve », aussitôt suivi par Samsung. Un terme a même été officiellement agréé : les EcoTIC, ou "Green IT" en anglais.


Mais ces initiatives ne sont pas indemnes de "greenwashing" (je dirais même plus, elles ne sont que cela), c'est-à-dire d'annonces superficielles non suivies d'effet. British Télécom, par exemple, a annoncé une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 80%... en oubliant de préciser que le plus gros serait réalisé par une manipulation administrative conduisant l'entité "BT" à se séparer des activités les plus polluantes. Greenpeace a récemment réalisé un joli coup médiatique en démontrant, preuve à l'appui, que les produits TIC prétendument démantelés se retrouvaient, en réalité, déposés dans des décharges sauvages... au Nigéria !


Il faut en effet comprendre que le "Green IT*" est avant tout une préoccupation (??? - Quel optimisme !) sectorielle, dont l'un des buts est de rassurer le consommateur - et non de l'impliquer ou de lui faire changer ses habitudes, ce qui risquerait de porter atteinte à la santé resplendissante des marchés TIC et l'image positive des produits. La seule chose qui lui est demandée est de trier ses déchets... Cette demande est tellement timide que le pictogramme sensé la matérialiser (une poubelle barrée) se retrouve souvent niché au sein de dizaines d'autres, voire dans des endroits inaccessibles (derrière les batteries) !


Le citoyen se retrouve alors pris entre des exigences totalement contradictoires voire impraticables de la part des différentes institutions, chacune dans leur secteur. La consommation "verte" devient un véritable champ de bataille puisqu'il s'agit de protéger la planète tout en ne dérangeant pas les lobbies, les différents services de l'Etat, voire même les priorités des ONG... Comment se faire entendre !?


Ceci nous permet de rappeler que le développement durable est en réalité un enjeu bien plus large que la "consommation verte" qui se présente comme sa solution. Le développement durable, ce n'est pas de faire la même chose en plus vert mais de faire autre chose : voilà ce qui semble assez difficile à comprendre. Autrement dit optimiser les processus existants, tendre au zéro gaspillage etc. ne suffira pas voire même sera contre-productif car cela conduira à éviter de poser les bonnes questions - celle de l'obsolescence accélérée engendrée par la pression publicitaire, des inégalités sociales qui conditionnent l'accès à tel ou tel service, notamment "verts" etc. Le développement durable c'est bien plus que cela : c'est de répondre à l'interrogation légitime quant à l'avenir, en particulier de la part des plus vulnérables. Le processus en cours, de nature gestionnaire, doit donc prendre un tour (plus) politique. Ce dont nous avons besoin, c'est d'utopie, et non de savoir trier les déchets ! (Enfin un début de réflexion sensée !)


Fabrice Flipo, Maître de conférences en philosophie à Télécom Ecole de Management (annotation de Bernard Grignon)


Notes :

* IT = Information Technology

* TIC = Technologies de l'Information et de la Communication



Le 19/05/2009, sur http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1990.php

Par Fabrice Flipo - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /2009 10:08

 

 


Messieurs les magistrats, j'ai un faire-part à vous donner

 

 

 


M.O. s'est pendu dans sa cellule à Fresnes. Son avocate demandait en vain son hospitalisation. Voici sa lettre ouverte aux magistrats :


Des années de détention provisoire pour n'avoir pas travaillé ont valu au Juge Burgaud une réprimande.


Ça vaut combien, quand on est magistrat, d'avoir laissé quelqu'un se suicider ?


M.O. s'est pendu dans sa cellule de la Maison d'arrêt de Fresnes.

Il était schizophrène.

Un collège d'experts l'avait déclaré irresponsable de ses actes et capable de s'accuser de faits qu'il n'avait pas commis.

Il existait un doute sur sa culpabilité.

Il n'existait plus de doute sur son irresponsabilité.

Cela faisait 18 mois qu'il était en détention provisoire.


Monsieur le Juge n'était pas pressé « parce que les faits étaient graves ».

M.O. aurait noyé son fils.

Vous avez oublié de penser que son fils se serait peut être noyé.

L'expert vous avait alerté sur le fait qu'il « relève de soins intensifs menés par une équipe polyvalente et aguerrie dans la prise en charge de ces pathologies ».

Vous avez dit que certainement pour plus tard ce serait vrai. Pour après.


Après quoi ?

Après avoir pris le temps de ne pas travailler pour lui, pris le temps de vous désintéresser de son dossier ?


Je vous ai alerté plusieurs fois, Monsieur le Juge d'instruction, sur l'incapacité de la Maison d'arrêt à traiter M.O.

Vous m'avez dit avoir écrit un courrier. Fallait-il vous en féliciter ?


La dernière fois que j'ai demandé sa mise en liberté c'était en avril. J'ai demandé qu'il soit hospitalisé.

Vous m'avez répondu qu'on n'était pas pressé. Ce n'était pas vos jours qui étaient comptés.

J'ai fait appel de votre refus.


A la Chambre de l'instruction, je leur ai dit que je venais plaider pour que ce ne soit pas de ma faute, le jour où il se suiciderait, je voulais les mettre en face de leur responsabilité. Que ce soit leur faute aux autistes de la Justice, à ceux qui veulent réprimer sans rien soigner.

J'ai bien cru qu'ils avaient eu peur, un éclair de lucidité, quelque chose qui ressemblait à de l'humanité. Ils ont décidé de l'hospitaliser, du moins c'est ce qu'ils ont annoncé à l'audience. Cela devait être fait trois jours après.


Deux heures plus tard je croisais l'Avocat général dans le Palais, il m'annonçait avoir fait « un délibéré de couloir ». C'est quoi un délibéré de couloir ?

Je ne suis pas près de l'oublier.

Un délibéré de couloir se pratique tellement que le magistrat en parle sans se méfier. Cela signifie que le représentant du Parquet s'est invité dans le secret du délibéré, qu'il a pris la décision avec les magistrats du siège, en violant tous les principes fondamentaux, les règles du procès équitable et de la séparation des pouvoirs. Il a bien travaillé l'Avocat général. Ils l'ont bien écouté.


Voilà ce qui arrive quand les Juges se croient au dessus des lois.

Ils ont rejeté la demande de mise en liberté, sans explication, comme si l'audience n'avait jamais existé.

Quand mon associée a appelé l'Avocat général, il lui a dit de ne pas m'inquiéter, qu'il ferait très rapidement le nécessaire pour que M.O. soit hospitalisé, que trois jours ça n'aurait pas été suffisant, qu'il avait besoin d'un peu plus de temps.


M.O s'est suicidé.


Monsieur l'Avocat général, votre délibéré de couloir l'a probablement tué.

Vous avez eu cinq semaines, ce n'était toujours pas assez ?


Monsieur le Président de la chambre de l'instruction, votre absence de respect pour la procédure, oserais-je dire votre soumission au Parquet, l'a tué.


Monsieur le Juge d'instruction, j'ai un faire-part à vous donner.

 



Laure Heinich-Luijer, le lundi 1er juin 2009 sur : http://bellaciao.org/fr/


 

 

 

 

 



Et si l'on commençait à se poser les vraies questions, pouvant conduire à des réponses véritablement résolutoires, à commencer par :

 



Quels sont les objectifs réels, souhaités et bénéfiques pour tous de la Justice ?


L'intérêt de nos élus, décideurs et législateurs est-il compatible avec ces aspirations ?

 

A quoi sert la prison et en quoi permet-elle de répondre à ces objectifs ?


Les "délinquants" malades, déjà victimes de ce fait, ont-ils leur place en prison ?

 

Prend-on les bonnes mesures préventives pour réduire au maximum les comportements délinquants ?


Comment se fait-il que la très grande majorité des personnes incarcérées provienne des catégories les plus "défavorisées" par le reste de la société ?

 

Peut-on imaginer honnêtement que ceux qui sont sensés "rendre la justice" le fassent de manière sereine, alors que ceux qui en sont les garants ne cessent de prôner la répression et les "résultats" chiffrés en s'appuyant sur des constats tronqués, l'utilisation du moindre fait divers à des fins électoralistes , accompagnés de propos simplistes, réducteurs et diviseurs ?


Qu'en est-il alors de la réalité de notre "démocratie" ?


Mieux vaut-il des discours, de nouvelles lois, une répression sans cesse accrue à l'encontre des plus faibles ou bien une exemplarité absolue de ceux qui en sont à l'origine ?


Quel rôle la toute puissance de l'argent dans notre société peut-il avoir sur les comportements considérés comme "déviants" ?


Peut-on imaginer une société apaisée et sereine dans un contexte de concurrence généralisée de tous contre tous, de sur-armement, d'injustices et de violence d'Etat ?

 

Quel est l'intérêt économique de la "délinquance" - sa place dans le Produit Intérieur Brut et sa croissance tant magnifiée - (police, prisons, systèmes de "surveillance", entreprises privées de "sécurité", ...)


Quelle est la responsabilité de chacun d'entre nous concernant cette situation ?


Etc. etc.

 


 

 

 

"Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons"

Victor Hugo


Par Laure Heinich-Luijer - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 10:09

 

 


Malgré "la crise", les dépenses militaires mondiales n'ont jamais été aussi importantes

 

 

 


Le rapport annuel de l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri), publié lundi 8 juin, constate que les dépenses militaires à travers le monde n'ont jamais été aussi importantes. Le document rapporte qu'en 2008, et ce malgré la crise financière qui a frappé la planète, l'enveloppe consacrée aux dépenses militaires a augmenté de 4 % en un an (déjà en hausse de 20% sur l'année précédente et + 48% par rapport à 1998 !), atteignant le niveau record de 1.464 milliards de dollars à travers le monde.



Plusieurs éléments expliquent ce chiffre, explique le rapport du Sipri : la concrétisation du concept de "guerre contre le terrorisme", qui "a poussé plusieurs pays à voir leurs problèmes à travers une perspective fortement militarisée", ainsi que les guerres menées en Irak et en Afghanistan, qui "ont coûté 903 milliards de dollars de dépenses militaires supplémentaires pour les seuls Etats-Unis".



CHIFFRES D'AFFAIRES EN HAUSSE POUR LES FABRICANTS D'ARMES

 

Washington est d'ailleurs un de ceux qui contribuent le plus à l'explosion de l'enveloppe destinée à l'armée, et reste en tête du classement établi par le Sipri avec 607 milliards de dollars dépensés en 2008, soit près de 41 % des dépenses militaires mondiales. Les Etats-Unis dépensent plus que les quatorze autres principaux pays réunis, note l'ONG.

La Chine qui, avec la Russie, a quasiment triplé son budget militaire depuis dix ans, est pour la première fois le deuxième pays dans ce classement, avec 6 % du total, devant la France (4,5 %) et le Royaume-Uni (4,5 %). Le document relève également que l'Amérique du Sud a augmenté ses dépenses militaires de près de 50 % en dix ans, notamment en raison de "la course de fond engagée par le Brésil pour le statut de puissance régionale et l'escalade des dépenses en Colombie liée à son conflit intérieur".


Conséquence de cette course à l'armement, les fabricants d'armes ont réalisé un chiffre d'affaires en hausse. En 2007, les cent plus grandes entreprises du secteur, parmi lesquels l'américain Boeing, devant le britannique BAE Systems et Lockheed Martin, ont connu un chiffre d'affaires de 347 milliards de dollars, en hausse de 5 % par rapport à 2006.

 



Publié le 8 juin 2009, sur : http://www.lemonde.fr/

 

 

 


Pour plus d'information, consulter

"Les dépenses militaires mondiales battent des records", sur

http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2020.php


Dans le même ordre d'idée, je vous invite à lire l'article "Vers une guerre mondiale ?"  (à propos du livre du même nom, de Pascal Boniface) sur le site : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article86925

 


 

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Bien entendu, c'est en notre nom, et du fait de notre apathie, voire (ou à défaut ) de notre consentement, que ces malades dangereux qui nous gouvernent nous entraînent par tous les moyens au cataclysme global, dont nous pouvons déjà avoir un petit aperçu, pour ceux qui se donnent la peine d'ouvrir un peu les yeux :


- Dérèglement climatique


- Effondrement de la  biodiversité


- Pollution massive de tous les milieux


- Prolifération nucléaire, tant militaire que civile


- Conséquences multiples des injustices, de l'exploitation et de la spoliation de la très grande majorité de l'espèce humaine au profit d'une petite minorité (dont nous faisons partie) : eau consommable de plus en plus rare, faim, prolifération de multiples maladies et autres catastrophes pour les uns, surconsommation, gaspillage scandaleux, hygiénisme forcené et course effreinée à la consommation pour les autres


Etc. etc.

 

 

 

 

Rappel d'une précédante suggestion 


Le célèbre adage : "Si tu veux la paix, prépare la guerre" ayant depuis toujours abouti à ... la guerre


Il serait peut-être temps d'essayer cette fois une autre formule, par exemple :



Si tu veux la paix ................................... prépare la paix !





 

Par lemonde.fr/ - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /2009 09:39

 



Deux ou trois choses que j'avais à vous dire



par Yildune Lévy *




C'est un homme, dans un bureau, comme tant d'autres hommes dans tant d'autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d'un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d'une quelconque tour d'un palais de justice.

On dit qu'il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d'impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n'a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n'avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes "libres". Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d'assaut l'Hôtel de Ville, sans doute.



Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L'homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d'impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d'absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.

On nous libère en prétextant qu'il n'y a pas de "risque de concertation frauduleuse" pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.


C'est par ses incohérences qu'un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n'est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu'il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l'antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l'un, en faisant parler l'autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.


La procédure en cours ne produit qu'incidemment des actes judiciaires, elle autorise d'abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l'ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d'oeuvrer, de chanter. C'est un massacre dans l'ordre de l'impalpable. Ce à quoi s'attaque la justice ne fera la "une" d'aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir "désorganisé le groupe", comme dit le juge, ou "démantelé une structure anarcho-autonome clandestine", comme dit la sous-direction antiterroriste, c'est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu'ils cauchemardent la nuit.


Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d'une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.


Ladite "affaire de Tarnac", l'actuelle chasse à l'autonome ne méritent pas que l'on s'y attarde, sinon comme machine de vision. On s'indigne, en règle générale, de ce que l'on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu'ailleurs il n'y a lieu de s'indigner. Car c'est la logique d'un monde qui s'y révèle. A cette lumière, l'état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l'autre, à s'en croire le vainqueur, où nous échappe tant l'origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n'est pas le résultat d'une obscure décadence, mais l'objet d'une police constante.


Elle éclaire jusqu'à la rage d'occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier (UTEQ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu'avec le temps la population finira par rejeter ces "jeunes" comme s'ils étaient la cause de ce désagrément. L'appareil d'Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d'un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu'un obstacle absurde, et absurdement mauvais.


Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des "associations de malfaiteurs", voter des "lois anti-bandes", greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu'individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l'on s'y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n'auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l'impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l'amour et l'amitié.

C'est une infirmité constitutive du pouvoir que d'ignorer la joie d'avoir des camarades. Comment un homme dans l'Etat pourrait-il comprendre qu'il n'y a rien de moins désirable, pour moi, que d'être la femme d'un chef ?


Face à l'état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n'arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu'à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.



* Etudiante, Yildune Lévy est mise en examen dans l'affaire de Tarnac" ; elle est la compagne de Julien Coupat.



(1) Il manque assurément au vocabulaire français un verbe pour désigner la passion que met un assis à rendre, par mille manœuvres minuscules, la vie impossible aux autres. Je propose d'ajouter pour combler cette lacune à l'édition 2011 du Petit Robert le verbe "fragnoler" d'où découlent probablement le substantif "fragnolage", l'adjectif "fragnolesque" et l'expression argotique "T'es fragno !" dont l'usage est attesté et ne cesse de se répandre.




Article paru dans l'édition du Monde du 21 juin 2009


 

 




N'hésitez pas à faire suivre...







Merci pour eux, merci pour chacun de nous, résistant, opposant, ou être humain qui, simplement, s'autorise et se donne encore le temps de penser et de redécouvrir ainsi sa capacité d'analyse critique (tous bientôt requalifiés en "terroristes" ?)

Par Yildune Lévy - Annoté par Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 15:05

 

 

Lu sur le blog de Jean-Luc Mélenchon :


 Le 24 novembre Sarkozy s’est rendu à Bobigny, Epinay (93) et Le Perreux (94) annonçant que « ça va beaucoup bouger sur la sécurité » avec « un plan anti-drogue, un développement accru de la vidéosurveillance, et de nouveaux moyens d'enquête pour la police. » Etrange déjà de voir quelqu’un qui est déjà en première ligne de responsabilité sur la sécurité depuis plus de 7 ans, c'est à dire depuis son accession au ministère de l’intérieur en 2002, affirmer qu’il faut faire bouger beaucoup de chose dans son domaine d’action prioritaire. Notons le quand même.
Mais une annonce qu’il a faite, énorme, est passée totalement inaperçue.

Lisez cet extrait de son discours: « Des réservistes expérimentés seront recrutés comme délégués à la cohésion police-population. Ils s'appuieront sur des "volontaires citoyens de la police nationale", c'est à dire des habitants dont je veux engager le recrutement pour qu'ils s’impliquent dans la sécurité de leur propre quartier»


Il s’agit là du système expérimenté par Silvio Berlusconi en Italie et que l’on appelle « les chemises  jaunes » du nom de la couleur de la chemise de ces miliciens.  Ainsi Nicolas Sarkozy a l’intention de créer des milices et personne ne dirait rien ? Avez-vous bien lu ? Dans votre quartier, certains habitants du quartier auront des fonctions de police, ce qui est déjà incroyable mais de surcroît ils auront  ce pouvoir dans le quartier lui-même. Qui peut être d’accord avec ça ? Imaginez-vous concrètement ce que cela veut dire comme pouvoirs exorbitants accordés à ces personnes ?  Il faut rapidement que nos parlementaires et nos élus locaux s’opposent à cette absurdité. Les milices locales sont la fin du maintien de l’ordre républicain. Aucune des imperfections et lacunes béantes de ce dernier ne justifie que l’on régresse à cette logique milicienne qui va déclencher des abus prévisibles et des inquisitions intolérables dans un pays libre.

 

 

 

 

VOUS AVEZ ENTENDU PARLER DE CETTE NOUVELLE INITIATIVE DE NOTRE PRESIDENT ?


 

NON ?



ALORS, JE VOUS INVITE A DIFFUSER LARGEMENT CETTE INFORMATION  AUTOUR DE VOUS !!!

 

 

 

 

A lire également, dans Le Monde Diplomatique de décembre 2009, l'article concernant le "Traitement sécuritaire de la folie" qui, lui aussi, présente comme un goût de déjà vu...

Par Jean-Luc Mélenchon - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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