Informations et réflexions sur notre SOCIETE

Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 09:09

 



"LES SURVEILLANTS SURVEILLES"

 

 


http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=80



« Les meilleurs livres sont ceux qui racontent ce que l'on sait déjà. »

George Orwell, 1984.



"Les surveillants surveillés", Préface par Maurice Rajsfus :



En 2006, j'étais cité comme témoin par la défense de faucheurs d'OGM qui étaient poursuivis pour « refus de prélèvement d'ADN », lors d'un procès à Orléans. Le président me donne la parole en lançant : « Qui représentez-vous ? » Je réponds que je suis président de l'Observatoire des libertés publiques. « Oui, mais encore ? » « Je dois dire que j'ai une grande expérience du fichage. J'ai dû être fiché pour la première fois à l'âge de douze ans. » « Quand était-ce ? » « C'était en octobre 1940. » Le président n'a rien dit. « Mais, deux ans après, j'ai été décoré par ça... » Et puis j'ai sorti de ma poche l'étoile jaune que la police française m'avait attribuée.

Personne ne peut savoir comment un fichier, créé pour telle ou telle raison, évoluera au gré des lois, si bien que son objet est très vite détourné. Lorsqu'on a voté la création du fichier génétique, sous le règne d'Élisabeth Guigou en 1998, c'était soi-disant pour traquer les délinquants sexuels dangereux. Et on s'est aperçu plus tard que la loi a évolué pour concerner des petits délits, notamment suite à la loi Sarkozy de 2003. Tout cela me fait penser à Raymond Marcellin qui, fraîchement nommé ministre de l'Intérieur le 31 mai 1968, fit dissoudre une dizaine de mouvements d'extrême gauche en utilisant la loi de janvier 1936 contre les « ligues armées ». À propos de Nicolas Sarkozy, son vrai visage apparaît depuis qu'il est président. Au début, dans sa lutte contre l'« insécurité », il y avait la volonté de capter l'électorat lepéniste. Et puis il a créé le ministère de l'« Identité nationale ». Finalement, on s'aperçoit que tout cela correspond tout simplement à ses convictions.


Un autre aspect de la société de contrôle qui traverse les époques est l'importance du langage, ou plutôt du « langage codé » - ce que George Orwell surnommait la « novlangue ». Il y a soixante-sept ans, dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, les Juifs étrangers étaient « hébergés » ! Et les déportés étaient appelés « évacués » : sur les lettres qu'on a retrouvées dans les archives du camp de Drancy, il y avait la mention « EV » qui voulait dire la même chose en français et en allemand note. La chasse actuelle aux sans-papiers emploie le même type de vocabulaire codé : on parle de « reconduits » ou d'« éloignés » pour les expulsés, de « retenus » au lieu d'« incarcérés ». La loi actuelle sur la rétention administrative indique que le « retenu » peut prétendre à une « prestation hôtelière ». Les voilà à nouveau « hébergés » dans le langage de l'administration ! Le fait que les journalistes d'une grande chaîne de télévision publique reprennent ce même langage codé pour justifier la politique d'immigration du gouvernement est très choquant. Le prix « Novlang » remis l'an dernier à France 2 est donc amplement justifié (cf. chapitre 5), car il y a un risque de glisser vers « Télé Pouvoir », ou « Télé Préfets », comme on disait dans le temps.


La lecture de ce premier rapport annuel des Big Brother Awards France vous laissera peut-être l'impression que la société dans laquelle nous vivons est bien pire que celle imaginée dans le 1984 de George Orwell. Ce ne sera pas une fausse impression. Ce livre, je l'ai découvert assez tard, dans les années 1960 ; je l'ai lu et relu, et plus tard j'achetai tous les exemplaires de poche que je trouvais pour les offrir à des amis... Aujourd'hui, nous ne vivons pas exactement dans ce qu'on peut appeler un « État policier » car on peut encore se révolter et dire haut et fort ce qu'on a sur le cœur. C'est plus subtil. S'est imposée plutôt une « société policière », dans le sens où cela implique l'acceptation du citoyen d'être sujet au contrôle permanent de ses faits, gestes et opinions. Je pense que 1984 est en soi complémentaire avec ce que décrit Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Ensemble ces deux visions décrivent une situation bien plus proche de notre société actuelle.


La France est surtout devenue le pays du châtiment, de la punition, de la sanction pour ceux qui s'éloignent d'un cadre strictement défini par des lois scélérates qui ne cessent de s'additionner depuis une vingtaine d'années. La France, terre de liberté, n'est plus un lieu d'asile. Il n'est plus possible de s'y réfugier, et les sans-papiers souffrent de la renaissance d'un nationalisme de mauvais aloi.


La France n'est plus un pays égalitaire pour des centaines de milliers de SDF ou de mal logés. Ce qui participe de la grisaille au quotidien, loin des quartiers où la richesse est de plus en plus insolente. Dans le même temps, les files d'attente s'allongent devant les comptoirs des Restaurants du cœur, du Secours populaire ou du Secours catholique.


La France est devenue un pays où le travail ne se partage plus, tandis que le chômeur sera bientôt considéré comme un quasi-délinquant, un asocial qui refuse de travailler. Peu à peu, les institutions patronales et les fonctionnaires d'autorité se complètent pour transformer en République bananière un pays bénéficiant d'une constitution démocratique.


On marginalise, on enferme, on expulse. Il n'y a plus d'âge pour devenir justiciable, et le taux d'occupation des prisons explose. Dans cette surenchère sécuritaire, c'est à qui s'appliquera avec le plus de zèle à grignoter des libertés qui ne seront plus bientôt que formelles. Certains, néanmoins, s'évertuent plus que d'autres dans ce sens, et c'est à ce titre qu'ils peuvent se retrouver parmi les lauréats distingués par le jury des Big Brothers Awards.


Il n'en reste pas moins que ces promoteurs d'un totalitarisme new look n'agissent pas seuls car ils ont partie liée avec les prédateurs insatiables d'un capitalisme redevenu sauvage faute de contrepoids politique. Pour juguler les révoltes que celui-ci suscite déjà et qui ne manqueront pas de se multiplier, il n'est plus, pour les uns comme les autres, qu'un seul recours : instaurer un état d'exception permanent et une surveillance généralisée.

 

 

 

 

 

La grenouille, souvenez-vous de la grenouille !!!

(avant qu'il ne soit définitivement trop tard...)


Lire : "Une histoire de grenouille : Avons-nous encore la capacité de réagir ?" sur ce même blog


Par Maurice Rajsfus - commentaire de Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /2009 08:50



Un rapport critique lourdement le ministère de l'intérieur dans un dossier de violences policières présumées



C'est un rapport paru au Journal officiel, dimanche 18 janvier, qui serait un peu passé inaperçu si l'avocat-blogueur Maître Eolas ne l'avait pas repéré. En quatre pages, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) critique lourdement le ministère de l'intérieur pour n'avoir engagé aucune procédure disciplinaire contre deux policiers qui auraient passé à tabac un ressortissant turc en voie d'expulsion à l'aéroport de Toulouse, le 15 mars 2006.


Chargée de veiller au respect de la déontologie par les personnes exerçant des activités de sécurité, cette autorité administrative indépendante avait reçu le témoignage d'un voyageur présent lors des faits présumés. Dans sa lettre, ce voyageur - nommé M. P. D. dans le rapport - assure avoir vu "un homme à terre, immobile (...), en souffrance, (...) qui n'oppose aucune résistance", recevoir "des coups de pieds espacés" de la part d'un policier, à l'entrée du couloir d'embarquement de l'aéroport de Toulouse-Blagnac. "Entravé les mains dans le dos, il n'a pas la possibilité de se protéger" continue le témoin, selon lequel la scène aurait en tout duré trois minutes, avant qu'un attroupement mette finalement fin aux actes des policiers.

La CNDS dresse ensuite la liste des nombreux obstacles qu'elle a rencontrés dans son enquête. Les deux policiers mis en cause ont refusé d'être entendus, avec le soutien de leur supérieur hiérarchique. Ils estimaient que les faits avaient été "définitivement jugés", lorsque la cour d'appel de Toulouse avait "condamné le ressortissant turc F. A. pour refus de se soumettre à une mesure d'éloignement et violences à agents de la force publique", le 19 juillet 2006.  Mais pour la commission d'enquête, cette condamnation ne peut être retenue pour disculper les policiers dans la mesure où les violences présumées auraient eu lieu dans l'enceinte de l'aérogare, "plusieurs minutes" après la tentative d'embarquement.


LE MINISTÈRE DE LA JUSTICE ÉGALEMENT CRITIQUÉ

Mais les abus des policiers ne s'arrêterait pas là, selon la CNDS. M. P. D. aurait subit des "pressions morales" de la part des forces de l'ordre. Deux jours après leur convocation, les policiers auraient déposés plainte pour "dénonciation calomnieuse". A la suite de cette plainte, M. P. D. avait accepté de signer un accord avec le procureur de la République qui prévoyait un classement sans suite en échange "d'une lettre d'excuses et d'un versement d'une somme d'argent aux deux fonctionnaires". Dans ce cas précis, la CNDS reproche au ministère de la justice de n'avoir pas délocalisé le traitement de cette plainte à Paris, ce qui aurait pu éviter ce type de pression.


En ce qui concerne le ministère de l'intérieur, la Commission lui reproche de n'avoir lancé aucune procédure disciplinaire contre les policiers mis en cause. Dans sa réponse, Michèle Alliot-Marie affirme que l'enquête de la police des polices n'aurait permis d'imputer "aucun élément de faute professionnelle ou déontologique aux policiers mis en cause, (...) les deux policiers ayant usé de la force strictement nécessaire". Cette version est contestée par la commission qui assure que son "analyse des faits est solidement adossée au témoignage d'un tiers et aux constatations médicales" réalisées le jour même à l'hôpital.


En conclusion, la CNDS regrette que son enquête "n'ait même pas donné lieu à des observations écrites aux deux fonctionnaires mis en cause et à leur supérieur hiérarchique, alors qu'ils ont tenté à plusieurs reprises (...) de faire obstacle à l'exercice des missions de la Commission". Le ministère de l'intérieur et le ministère de la justice n'ont pas souhaité commenter ce rapport, se contentant de renvoyer aux lettres adressées à la Commission. "Dans ce dossier, il y a une volonté d'obstruction", confie de son côté au Monde.fr une responsable de la CNDS, qui préfère rester anonyme. "Cette publication au Journal officiel était notre dernière possibilité, nous, on ne peut plus rien faire."

 


Jean-Baptiste Chastand

 

http://www.lemonde.fr/ du 21 janvier 2009


Par Jean-Baptiste Chastand - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /2009 08:46

 



Dans un chat au Monde.fr, Jean-Marc Manach, journaliste spécialiste des questions de surveillance et de fichiers policiers, auteur du blog Bugbrother, explique qu'un million de personnes innocentes sont fichées comme suspectes, ce qui peut être préjudiciable à leur vie professionnelle. Il stigmatise le manque de réaction des ministères de la justice et de l'intérieur.



Quels renseignements trouve-t-on dans ce fichier ? Y a-t-il des informations bancaires ?


Jean-Marc Manach : Non, normalement c'est le nom, le prénom et il peut y avoir les coordonnées, la nationalité. Toute personne qui a fait l'objet d'une enquête comme victime ou suspect y apparaît. Cela dit, je ne suis pas policier, je me base sur les rapports de la CNIL. Mais il n'y a pas toutes les données personnelles que vous mentionnez.

 


M._Simonson : En quoi ce fichier pourrait-il provoquer des violations des libertés

individuelles ?


Jean-Marc Manach : C'est simple : sur les trois dernières années, il y a plus d'un million de personnes qui ont été blanchies par la justice (relaxe, acquittement) mais qui sont toujours considérées comme suspectes dans le STIC (Système de traitement des infractions constatées), parce qu'il n'a pas été mis à jour. Deuxième chose : il y a aussi un million de personnes dont le métier entraîne la consultation du STIC. Ils font l'objet d'enquêtes administratives de moralité, et peuvent perdre leur emploi s'ils sont fichés. En dernier ressort, en démocratie, normalement la présomption d'innocence prévaut. En l'espèce, il s'agit plutôt de présomption de culpabilité. C'est un vrai problème pour les libertés.

 


M._Simonson : Pensez-vous que le législateur puisse contrer ces dérives ?


Jean-Marc Manach : Oui, il suffirait déjà qu'il respecte la loi, au sens où les principaux fautifs dans cette affaire de STIC, ce sont le ministère de l'intérieur et celui de la justice, ceux-là mêmes qui sont censés faire appliquer la loi, mais qui ne la respectent pas. La CNIL ne demande pas à changer la loi, mais un certain nombre d'autres observateurs regrettent que ce fichier policier serve aussi à faire des enquêtes de moralité.


Il y a une confusion des genres, vu que ces enquêtes reposent non pas sur les condamnations, mais sur des suspicions. Et on sait que déjà plusieurs milliers de personnes ont perdu leur travail à cause de cela.

 


Rachid69_1 : Suite à une demande de naturalisation , je me suis vu appliquer une décision de refus pour le motif que je suis fiché. Pourtant l'affaire en question a été classée sans suite. Quels sont mes recours ?


Jean-Marc Manach : Il faut saisir soit la CNIL, soit le procureur de la République. C'est la seule manière d'arriver à exercer ses droits en matière de fichage policier. C'est ce qu'on appelle le droit d'accès indirect, car seuls les magistrats de la CNIL ou les procureurs sont habilités à demander la rectification des informations contenues dans le STIC.

 


M._Simonson : 83 % d'erreurs dans les fichiers policiers, comment ça s'explique ?


Jean-Marc Manach : Cela concerne les fichiers que la CNIL a été vérifier. Cela ne concerne pas les 5 millions de suspects fichés, ni les 28 millions de victimes fichées. Dans les 2 000 fichiers environ vérifiés par la CNIL l'an passé, il y avait 17 % de fiches exactes, 17 % de fiches qui ont été supprimées, soit parce que le délai de conservation était dépassé - quand on est fiché, on l'est cinq, vingt ou quarante ans -, soit parce qu'il y avait des erreurs de saisie - victime présentée comme suspect par exemple -, soit parce que la personne avait été blanchie par la justice mais que le STIC n'avait pas été mis à jour. Et comme il y a eu 66 % des fiches modifiées parce qu'elles présentaient des erreurs, 66 + 17 = 83 % d'erreurs.



TOTOR : Si j'ai bien compris, le plus gros problème du STIC, c'est sa fiabilité : des personnes homonymes peuvent être confondues, les victimes et les délinquants sont recensés au même titre dans ce fichier. Ai-je bien compris le problème ?


Jean-Marc Manach : Ce n'est pas un problème d'homonymie. Cela relève plus du problème de la mise à jour du fichier, lorsque la personne est passée en justice. Autre problème : la tricoche. On l'a vu récemment avec l'affaire Patrick Moigne, policier assez réputé et assez influent, qui avait pioché des informations dans le STIC pour les revendre à des détectives privés. Ce sont des cas d'espionnage et de détournement de fichiers.

Ce que révèle le rapport de la CNIL, c'est que dans leur majorité, les commissariats où travaillent les 100 000 policiers (sur 150 000) qui ont accès au STIC ont une très mauvaise gestion des mots de passe. Certains sont écrits sur des Post-it ou peuvent être facilement devinés, ce qui peut permettre à des policiers véreux de consulter plus facilement et anonymement le STIC à des fins illégales. Pour donner la mesure de la chose, l'année dernière il y a eu 20 millions de consultations du STIC. Il y a eu 120 enquêtes de vérification sur l'utilisation faite du STIC. Donc 120 sur 20 millions.

 


TOTOR : Que propose le ministère pour pallier ces lacunes ?


Jean-Marc Manach : Le ministère ne propose rien à ce jour. Ni le ministère de l'intérieur, ni celui de la justice. Pour être plus précis, le ministère de la justice dit que la situation va s'améliorer avec son prochain système informatique.

Cela fait plus de dix ans qu'il y travaille, et la CNIL le présente comme une Arlésienne. De plus, si ce nouveau système informatique permettra d'améliorer les mises à jour du STIC, il ne résout en rien les problèmes existant aujourd'hui, à savoir le fait, par exemple, qu'il y a plus d'un million de personnes qui ont été blanchies par la justice ces trois dernières années mais qui sont toujours présentées comme suspectes dans le fichier STIC.

 


Dang : Vu le "stock" énorme (plusieurs millions, je crois) de données en retard de saisie, je ne sais pas si des dispositions sont prévues pour le résorber...


Jean-Marc Manach : On attend effectivement les réponses des deux ministères concernés. Mais on aimerait bien également que des moyens ou des solutions soient trouvés pour accélérer le temps de réponse lorsqu'un particulier demande la vérification de son fichier. La loi prévoit que la réponse doit être faite dans les trois mois ; dans les faits, il faut généralement plus d'un an avant de pouvoir faire corriger son fichier. Lorsqu'on a été licencié à cause du fichier, un an, c'est très, très long...


LEMONDE.FR | 20.01.09

Par Jean-Marc Manach - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /2009 09:05


Jean L. tient à garder l'anonymat. Mardi 1er avril 2008, ce polytechnicien de 56 ans résidant dans le 16e"J'avais bien vu qu'il y avait une escouade de policiers en train de verbaliser des voitures mal garées, raconte-t-il. Mais j'étais arrêté et une policière m'a sauté dessus en hurlant". arrondissement de Paris, consultant en management, va chercher sa fille âgée de 9 ans à la sortie de l'école, en voiture. Il s'engage dans une rue bouchée par un camion. Se rendant compte qu'il ne sera pas à l'heure, il empoigne alors son téléphone portable pour prévenir sa mère.

Jean L. n'insiste pas, il lâche son téléphone et repart dans une autre direction. "Au bout de quelques mètres, dit-il, je me suis aperçu que la policière courait à côté. Derrière moi, des policiers ont jailli de leur véhicule. Ils m'ont braqué une arme sur le front. J'ai eu peur, j'ai bloqué les portières." Mal lui en a pris. La policière fait voler en éclats sa vitre avant-gauche avec sa matraque. Jean L. est saisi, plaqué au sol, menotté et placé en garde à vue 24 heures. "On était deux, dans une cellule de 3,50 m sur 3,50 m. Le problème, c'est qu'au fil de la nuit, on était douze..." Son procès a eu lieu début janvier. Il est accusé d'avoir téléphoné au volant, de refus d'obtempérer, de délit de fuite et de rébellion.

Jean-Claude Lenoir, 57 ans, vice-président de Salam, une association venant en aide aux migrants à Calais, est placé en garde à vue le 8 novembre 2008, lors d'une vaste interpellation de clandestins sur le port. Les policiers, qui lui ont "constamment aboyé dessus, faisaient les questions et les réponses, ne voulaient pas noter ce que je disais." Libéré à l'issue des 24 heures, M. Lenoir est convoqué au tribunal, le 25 février, pour "outrage à agents".

Pierre Lauret, 51 ans professeur de philosophie, fait l'expérience de la garde à vue le 16 décembre 2008. Alors qu'il embarque à bord d'un avion pour se rendre à un congrès à Kinshasa (République démocratique du Congo), il demande à des policiers la raison pour laquelle un passager africain est menotté. Les autres passagers de l'avion protestent également. M. Lauret est débarqué et placé en garde à vue : menottage, fouille au corps, audition, mise en cellule. Il doit comparaître le 4 mars devant le tribunal correctionnel pour "opposition à une mesure de reconduite à la frontière et entrave à la circulation d'un aéronef".

Esthéticienne à Beaumont, dans le Puy-de-Dôme, Joëlle Béchar, 58 ans, passe plus de huit heures en garde à vue lundi 1er décembre 2008. Ancienne Meilleure ouvrière de France, cette femme est traumatisée d'avoir été "entièrement déshabillée", puis placée toute une journée "comme une criminelle" dans une pièce empestant "l'urine et le vomi". Pour avoir utilisé une technique dépilatoire interdite, et à la suite de la plainte d'une cliente victime de brûlures, Mme Béchar est l'objet d'une enquête pour "blessures involontaires" et "exercice illégal de la médecine". La garde à vue s'imposait-elle ? Le parquet de Clermont-Ferrand convient avoir "mis fin à la garde à vue dès qu'il en a eu connaissance".

Le 19 janvier, Pascal Besuelle, professeur d'histoire à Cherbourg et militant à la Fédération syndicale unitaire (FSU), est convoqué "pour affaire le concernant" au commissariat. A peine arrivé, un policier lui signifie qu'il est en garde à vue et transféré dans la foulée à Saint-Lô, où il doit être entendu. Le 12 janvier, lors de la venue dans cette ville du président de la République, M. Besuelle avait participé à une manifestation émaillée d'incidents avec les forces de l'ordre. Aucune charge n'a été retenue contre lui, mais M. Besuelle a passé une partie de la journée dans les locaux de la police.

En 2008, 577 816 personnes, résidantes en France et âgées de plus de 13 ans, ont ainsi entendu un officier de police judiciaire leur notifier leurs droits : "Vous êtes en garde à vue. Vous pouvez appeler un membre de votre famille et demander à voir un avocat." Le nombre des gardés à vue ne cesse de croître. Il a enregistré une hausse de près de 55 % en huit ans. Au cours des douze derniers mois, c'est 1 % de la population qui a été placée sous ce régime de contrainte, pour lequel les policiers répondent d'objectifs de performance chiffrés.

Jeunes habitants des quartiers difficiles, infirmières, syndicalistes, agriculteurs, étrangers en situation irrégulière, enseignants... la garde à vue concerne toutes les catégories de la population. Tout contrevenant ou suspect peut être placé sous ce statut, les (nombreux) conducteurs contrôlés avec un taux d'alcoolémie égal ou supérieur à 0,8 % au même titre que les trafiquants de stupéfiants.

Dans la période récente, les militants associatifs et syndicaux, mais aussi les journalistes, ont été visés. Le 28 novembre 2008, le placement au dépôt du Palais de justice de Paris (sans pour autant être sous le statut de la garde à vue) de l'ancien directeur de Libération, Vittorio de Filippis, dans une affaire de diffamation, a provoqué un vif débat. Le 5 décembre 2007, le journaliste Guillaume Dasquié avait subi 36 heures de garde à vue au siège de la direction centrale du renseignement intérieur, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), et avait été pressé de révéler ses sources. Un article sur Al-Qaida publié dans Le Monde le 17 avril 2007 lui a valu d'être interpellé à son domicile. "(A) 8 h 20, coups de sonnette à la porte, a-t-il raconté (Le Monde du 27 décembre 2007). "Direction de la surveillance du territoire, vous êtes en garde à vue, compromission de la sécurité nationale"."

Cette privation de liberté procède de la décision d'un officier de police judiciaire dès lors qu'existent, selon lui, "une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que (ces personnes aient) commis ou tenté de commettre une infraction". Tels sont les mots de l'article 63 du code de procédure pénale. La garde à vue peut durer 24 heures - c'est le cas de la majorité d'entre elles. Elle peut aller jusqu'à 96 heures dans les affaires considérées d'emblée comme de la criminalité organisée, et même 144 heures en matière de terrorisme. Elle doit être prolongée par le procureur.

 


Yves Bordenave, Isabelle Mandraud, Alain Salles et Laetitia Van Eeckhout

 

 



Assiste-t-on à un excès de zèle généralisé ? Secrétaire générale de FO-Magistrats, vice-procureur au tribunal de Paris, Naïma Rudloff le déplore : "On place plus en garde à vue qu'avant, surtout pour les contentieux à la mode. On a poussé la situation jusqu'à l'absurde." Certains y voient une simple formalité qui permet aux policiers d'instaurer un cadre juridique au moment d'interroger un individu, tout en garantissant des droits à ce dernier. "Sûrement pas !", s'indigne l'avocat Matthieu Barbé.

Habitué des permanences de nuit au barreau de Paris, celui-ci évoque l'atteinte à la dignité des personnes retenues dans des locaux "crasseux" où les odeurs "de pisse le disputent à celles de vomis". Au commissariat de Versailles, les couvertures qu'on donne aux personnes interpellées "sont couvertes de merde". "Elles n'ont jamais été lavées", affirme cet avocat qui fut élu (UMP) de cette ville.

Selon Me Barbé, la garde à vue est "une forme d'enfermement qui vise à exercer des pressions" sur une personne "affaiblie". En témoigne, selon lui, l'exemple de Jean-Luc Bubert, professeur de physique au collège César-Savart de Saint-Michel (Aisne), retrouvé pendu à son domicile, le 19 septembre 2008. La veille, le père d'un élève de 15 ans avait déposé plainte contre lui pour violence. Convoqué à la gendarmerie, M. Bubert avait été placé en garde à vue pendant toute une journée. Il avait nié les faits avant d'être relâché.

Les avocats, appelés dans la première heure, ne disposent d'aucun pouvoir dans ce cadre. "L'entretien que nous avons avec le client ne doit pas dépasser trente minutes et ne porte que sur la procédure, explique Me Antoine Aussedat, avocat au barreau de Paris. Nous n'avons pas accès au dossier. Les personnes que nous rencontrons à cette occasion sont souvent apeurées, perdues. Elles ne comprennent pas ce qui leur arrive."

Philippe Raphaël, énarque, chargé de mission au Conseil d'Etat, témoigne du choc subi. Le 29 juin 2007, il a été placé en garde à vue au commissariat du 5e arrondissement de Paris, à la suite d'une plainte pour harcèlement moral qui lui a valu, depuis, une condamnation.

"Je me présente au commissariat, se souvient-il. Le policier m'invective. Après une fouille au corps, on me place en garde à vue dans une cellule, avec du vomi par terre." Comme il se met à saigner du nez, il est envoyé à l'Hôtel-Dieu. "J'atterris dans une cellule avec des barreaux, où on me demande de retirer mes vêtements." Peu après son arrivée, il a été mis en examen par une juge d'instruction de permanence. "C'était une humiliation, assure son avocat, Me Serge Lewisch. Il était revêtu d'une robe de chambre sale, sans ceinture, en slip."

 

Yves Bordenave, Isabelle Mandraud, Alain Salles et Laetitia Van Eeckhout


 


Le 5 février 2009, sur http://www.lemonde.fr/

 

 



 

 

Si cette évolution vous inquiète, je vous invite à relire, pendant qu'il en est (peut-être) encore temps


Le poème de Martin Niemöller et une proposition d'actualisation

 


 

Par Le Monde - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /2009 17:43


N.S. a dénoncé vendredi le "gâchis" que constitue la possibilité de prendre un congé parental non rémunéré d'une durée pouvant aller jusqu'à trois ans pour s'occuper d'un nouveau-né ou d'un enfant adopté.


Il a estimé dans un discours sur la politique familiale que ces congés, qui concernent plusieurs centaines de milliers de Français chaque année, devaient être réduits ou faire place à des aménagements d'horaires.

"C'est un gâchis pour les familles parce le congé parental c'est un salaire en moins, donc c'est le pouvoir d'achat qui diminue. C'est un gâchis pour la société dans son ensemble ", a-t-il dit.


Il déplore que la mesure écarte, selon ses chiffres, 800.000 femmes chaque année du marché du travail. Selon lui, la formule est choisie souvent par défaut, faute de place en crèche ou d'un autre mode de garde.

"L'arrêt de travail ne doit plus être une solution par défaut pour les familles. Il ne peut plus être le mode de garde des jeunes enfants auquel on doit se résigner parce qu'on n'a pas le choix", a-t-il dit.


"Je souhaite qu'on travaille à la mise en place d'un congé plus court, que le Pôle emploi accompagne vraiment les jeunes mères dans leurs démarches de retour à l'emploi (...) je veux qu'on privilégie l'aménagement des horaires et le temps partiel plutôt que l'interruption totale d'activité", a-t-il conclu. (...)


Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse



Intégralité de l'article sur http://www.lemonde.fr, le 13 février 2009


 



Qui, quand, comment, où l'arrêterons-nous ?


Et si c'était nous, et si c'était maintenant ?

Par Thierry Lévêque - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /2009 09:14


Hier après-midi vers 16h45, le numéro 1 de la société Numéricable, tentant de fuir ses responsabilités face à un conflit social majeur, a provoqué un accident grave à l'encontre d'un gréviste, dont la jambe a été écrasée. Il a ensuite pris la fuite avec le chauffeur du véhicule directement responsable de l'accident.


Depuis un mois et demi, les vendeurs à domicile de Numéricable, en grève, dénonçaient la violation de leurs droits sociaux par une direction fermée au dialogue et qui s'efforce de les licencier les uns après les autres sans déclarer un plan social qui leur ouvriraient des droits.

C'est seulement suite à l'occupation du siège par les grévistes, aidés de membres du collectif altermondialiste et non violent, "les désobéissants", jeudi et vendredi, que des négociations s'ouvraient enfin avec la direction, achevée cependant par une nouvelle rupture vendredi soir.


Ce lundi matin, après une nouvelle tentative de la direction de mettre fin à l'occupation du siège par la mobilisation de nombreux vigiles, la promesse d'une rencontre avec M. Pierre Danon, président directeur général de Numéricable, était donnée. Seulement, au lieu d'une rencontre et après qu'un leurre grossier ait été éventé, c'est un PDG dissimulé sur la banquette arrière d'un véhicule banalisé, et tentant de quitter le siège, que les grévistes remarquent, et tentent d'interpeller.

Accélérant à une vitesse élevée sur le parking de l'entreprise, le véhicule conduit par un collaborateur de M. Danon heurte violemment et intentionnellement Patrick Berol, lui écrasant la jambe et lui infligeant une fracture du tibia péroné, ouverte au niveau de la cheville. La police et les premiers secours arrivent rapidement sur les lieux pour secourir le gréviste, tandis que les autres membres de la direction de Numéricable (notamment M. Gérolami, numéro 2, et Mme Luciani, Directrice des Ressources Humaines) font fermer les volets pour empêcher leurs salariés de continuer de regarder l'accidenté hurlant de douleur.

Le chauffeur et son passager ont alors pris la fuite, manquant de percuter un autre gréviste. Se faisant, il se sont alors rendus coupable de délit de fuite.

Le véhicule est ensuite recherché par la police et M. Danon retrouvé. Il est finalement auditionné un peu plus tard dans la soirée par la police nationale. Deux plaintes seront déposées pour tentative d'homicide et délit de fuite.


Demain, les grévistes rencontrent, Maud Tallet, Mme Le Maire de Champs sur Marne qui s'est déplacée sure les lieux peu après les faits, organise un point presse devant la mairie de Champs Sur Marne, à 10h00.



Les grévistes de Numéricable

 


Mardi 17 février 2009 sur http://bellaciao.org/fr/

 

 

 

 

 

 

Le saviez-vous ?


En avez-vous entendu parler dans les médias ?


A "l'ère de l'information", certaines nouvelles semblent avoir d'avantage d'importance que d'autres !


Peut-être est-il préférable de laisser le bon peuple à l'abri de ce qui pourrait l'inciter à sortir des sentiers battus de la grogne ordinaire...


Par Grévistes de Numéricable - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /2009 10:44

 



Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes"

 




Neuf intellectuels antillais, Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".



 

Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes"

Neuf intellectuels antillais, Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".

 

C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle -- à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj - qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé - est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

 


GRÈVE LÉGITIME


Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires - non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique 1" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain.


Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent  à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité".
Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.

 


Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?


C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" ou bien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.


Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.


Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.

 


VICTIMES D'UN SYSTÈME FLOU, GLOBALISÉ


Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" - chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes - incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.


Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création - créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.


Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

 


NOUS APPELONS À UNE HAUTE POLITIQUE, À UN ART POLITIQUE


Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.


Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.


Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...

Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...



LEMONDE.FR du 16.02.09










QUEL MAGNIFIQUE PLAYDOYER POUR LA "Décroissance", ou plutôt le "post-développement" !






A nous d'agir, à la fois individuellement et collectivement, pour imaginer avec enthousiasme cette nouvelle société à construire ensemble, nous tous, humains d'aujourd'hui et à venir.


C'est notre responsabilité, c'est notre tâche, c'est le défi que nous avons à relever, car c'est tout simplement de notre avenir commun, proche et plus lointain qu'il s'agit...


Par Collectif antillais - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /2009 11:30

 



"Les mots nous divisent, les actes nous unissent"

Tupamaros (Uruguay)


 


Le 29 janvier, nous étions des millions, le 19 mars, 500 000 de plus et, si on écoute certains, il faudrait attendre le 1er mai ?

Pourquoi pas la Saint Glinglin ?

Et que fait-on d'ici là ?

Des grèves, des grèves administratives, des désobéissances civiles qui durent dans l'université, l'industrie, le commerce, l'enseignement, chez les sans papiers depuis des mois et il faudrait rentrer chez soi avec la gueule de bois, nos revendications, nos espoirs, nos projets de société remisés jusqu'au 1er mai ?

Et pourquoi pas la Saint Glinglin ?!

Vous savez bien que la cause de nos malheurs, c'est le système capitaliste ! (...)


Nous le savons bien, comme tant de fois dans l'histoire, nous n'avons rien à attendre « d'en haut ». Le changement ne peut venir que de nous !

Les organisations, les associations, les syndicats, les partis, bref en un mot : le mouvement social c'est nous !

Alors assumons nos responsabilités devant l'histoire !

Prenons nos revendications en main !

Donnons sans attendre de la force au mouvement !

Il faut bien commencer, je me lance. Reprenons la balle avec des modes d'organisation inspirés de la Commune (...)

Commençons à collecter les communiqués, bilans etc sur un site pour savoir vraiment où on en est. Je propose, par exemple le site "Je ne veux plus rentrer chez moi" qui s'est créé dans la foulée de « l'Appel des Appels » : www.21mars2009.fr et faisons-le vivre. Je vais également proposer ce texte-appel sur le site : http://www.rougemidi.org/ Ce n'est qu'un début...


La grève générale ne se décrète pas, mais elle s'organise et se construit !


NOUS NE VOULONS PLUS RENTRER CHEZ NOUS !


ORGANISONS LA GRÈVE GÉNÉRALE À NOTRE RYTHME !

 



Réflexion complète d'Aline Pailler à lire sur :



http://www.legrandsoir.info/spip.php?article8272





Par Aline Pailler - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /2009 11:37

«Face à la crise, il faut un revenu d'existence»

 


Même s'il n'aborde que partiellement la question, qui est globale et universelle, cette interview d'Yves Cochet constitue une très bonne réflexion sur le complet bouleversement de mode d'organisation et de fonctionnement de notre société humaine, que nous devons impérativement mettre en œuvre d'urgence, malgré l'opposition généralisée de nos dirigeants passéistes et véritables adversaires de tout changement de paradigme, malgré leurs grands discours hypocrites, culpabilisateurs et affligeants d'étroitesse d'esprit.


A écouter sur :

 


http://www.liberation.fr/terre/0601752-interview-de-yves-cochet




Vous pouvez également visionner les deux interventions d'Yves Cochet à l'Assemblée Nationale, des 9 et 14 octobre 2008, sur :


http://www.dailymotion.com/relevance/search/Cochet/video/x72l32_crise-yves-cochet-groupe-gdr-verts_news

 



Egalement sur le site d'Yves Cochet :


http://www.yvescochet.net/wordpress/index.php

 

 

 



A lire également  "Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes" sur ce même blog :


http://decroissance.over-blog.org/article-28113741.html





Par Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /2009 15:29


Pierre Falk, solidaire plus que militant, a fait l'objet de plusieurs gardes-à-vue (la dernière en date remonte au 25 février 2009, jour de l'arrestation de Monique Pouille de Norrent-Fontes) et de plusieurs perquisitions être jamais poursuivi. Il est omniprésent aux côtés des exilés du Calaisis : participation aux distributions de nourriture, hébergements nombreux à son domicile, convoyages, etc.

Il fait circuler une lettre publique dans laquelle il s'explique et annonce sa détermination à continuer quoi qu'il en coûte



Boulogne-sur-Mer, le 18 Mars 2009

 



DESOBEIDELINQUANCE : UN POINT DE VUE, UNE HISTOIRE PERSONNELLE



A la limite, je n'ai pas forcément grand-chose à dire ni à justifier. C'est ainsi et pas autrement, je ne suis pas sûr d'avoir raison, mais ma vie et ma participation à la marche du monde sont ainsi. Et tant pis ou tant mieux si je suis en dehors des clous, le monde et ce qui le régit doivent changer. Je ne me considère pas comme au dessus des lois, mais je pense qu'elles peuvent être éventuellement transgressées.


Je ne me considère pas comme un Juste, un Militant, un Humanitaire, un Droit-de-l'Hommiste ou je ne sais quoi encore...Je ne suis pas croyant, je ne demande aucune louange, je n'agis pas par pitié ou Bon Sentiment, je ne suis pas l'Honneur de la France, je ne tire aucune fierté ni profit de ce que je fais, je mets même un point d'honneur à ne jamais demander aucune P.A.F[1].   Juste un humain sur la Terre qui a un peu plus de chance que celles et ceux, tout près, qu' il lui est possible de rencontrer...essayant d'être là, attentif et «attentionné», préoccupé d'essayer de remettre du sens dans ce monde qui marche sur la tête justement parce qu'il a perdu le sens et le centre de ce qui est essentiel....Alors OUI, parmi d'autres choses, depuis plus de 6 ans, j'essaie d'aider autant que se peut des personnes, d'autres citoyens du monde à survivre un peu mieux momentanément en les hébergeant et en faisant tourner ma vieille machine à laver par exemple.


 Ma petite maison (« This House is your Home ») est un temps de pause et de repos où des choses ELEMENTAIRES et VITALES sont possibles :


- S'asseoir à une table pour manger,

- Dormir son content dans du linge frais,

- Se laver, se doucher, aller aux toilettes,

- Prendre soin de soi, se coiffer, se maquiller, se raser,

- Etre protégé de la pluie, du froid, de l'angoisse et du stress quasi-permanents,

- Regarder des mappemondes, échanger des informations,

- Parler, rencontrer, (se) dire, créer du lien,

- Cuisiner, jouer, rire ...


Pour ces quelques moments de vie volés à l'adversité, je ne me considère pas comme un délinquant, peut être comme un désobéissant, et eux, je ne les considère pas comme des sans-papiers, encore moins comme des délinquants. OK, ce sont des illégaux, des irréguliers, mais avant tout des migrants qui n'ont pas d'autre choix que de fuir des pays en guerre, liberticides ou ravagés par des crises économiques endémiques en rêvant d'une vie meilleure :«What else shall I do ?». Après des traversées de terres, de déserts, de mers pour le moins très difficiles que l'on ne souhaiterait à personne, ils-elles arrivent ici dans cet espèce de cul-de-sac tenant du cul-de-basse-fosse...Ils y stagnent plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans des conditions de vie que là aussi on ne souhaiterait à personne.( Imaginez-vous, essayez de ressentir : ne pas vous être douché depuis plus de 2 mois). Ils essaient  de se frayer un passage dans la nasse, de trouver une faille dans la FORTERESSE EUROPE.... Alors oui c'est vrai, il y a des arnaqueurs, des gens peu fréquentables, des mafias qui prospèrent sur leur dos, un système généré par l'argent-roi, mais aussi l'immense fracture Nord-Sud, l'absence de politique migratoire ouverte, digne, respectueuse, l'hypocrisie anglaise, la nôtre. Il y a aussi, et je tiens à le dire, des «fermeurs de portes» humains et corrects. S'il n' y avait rien, ce serait le désespoir, ces méthodes sont en quelque sorte un mal nécessaire.


Par ailleurs je ne m'associe pas vraiment à cette façon  exagérée, disproportionnée (mais qui  finalement peut être productive) de crier haro sur le baudet, d'hurler à la milice ou au Fascisme, d'oser des comparaisons qui n'ont pas lieu d'être. Ma garde à vue, celle-là et les précédentes, s'est bien passée, j'ai eu affaire à une police correcte, qui fait le travail qu'on lui demande de faire, à des interrogatoires courtois et professionnels. Peut être cette bienséance est-elle due au fait que je sois en situation régulière, citoyen européen, blanc, normal quoi...M'agacent juste un peu les petits sourires narquois : « Ah monsieur l'humaniste, vous êtes un doux rêveur, le monde est ce qu'il est et vous ne pourrez rien y changer »). Mais me révoltent et m'atteignent toujours avec force des pratiques INDIGNES, INADMISSIBLES, INJUSTIFIABLES ! : Que penser de ce que l'on cherche en relâchant un migrant dans une jungle  « ennemie », faits qui semblent se produire ces jours-ci ?!   


Face à ce qui nous est  reproché, à nous, bénévoles (la solidarité ? la complicité ?), nous mettre sous écoute téléphonique, sous surveillance, mettre en route de telles procédures intimidatoires, coûteuses qui plus est, ne servent pas à grand-chose. Face à  la moquerie, à la fatalité, à une certaine forme de « barbarie », eh bien, moi je crois que SI !  Ces petits gestes et gouttes d'eau, les miennes et celles de milliers d'autres (celles par exemple de ces Mamies qui tricotent des bonnets) sont bienvenus et gênent l'avance du Barbelé !  YES WE CAN : avançons, nous n'avons pas encore tout perdu de ce qui nous fait grandir.


Tout en ne le criant par sur les toits, je sais ce que je fais et je saurai quoi répondre si l'on venait m'interpeller à nouveau. Tout en essayant de mettre un bémol, si jamais l'occasion de croiser le chemin d'une jeune femme voulant se refaire une beauté ou d'un homme à la jambe cassée (si mes finances me le permettent, ce qui est très loin d'être le cas), ma maison restera ouverte. A tout ce peuple sans manteau ni paroles (son malheur le savez-vous a aussi notre visage), mon entraide restera acquise.


« Cours camarade, le vieux monde est derrière toi », comme le dit le slogan

« Ventre affamé n'a pas de papiers », comme le dit le proverbe

« Tout toujours du Monde est à remailler », comme le dit le poète



PS

Je fais partie du CSUR dans lequel je me reconnais mais j'agis plutôt seul en « électron libre », tout en essayant de ne pas compromettre tout le bien-fondé et la validité de son positionnement et de son combat. Par ailleurs, et ceci me semble lié, je suis adhérent des AMIS DE LA TERRE, j'ai une carte de membre de la CIMADE, je suis d'assez près ce que peut faire FORUM REFUGIES. Et souscris volontiers au manifeste « STAY.HUMAN.ORG »....Quoiqu'il puisse en paraître à la lecture de ce texte, je n'ai pas la Grosse Tête et j'essaie de ne pas me prendre trop au sérieux.

 

 

 

 

 

 

 

A VOIR sur ce sujet, le film de Philippe Lioret :

WELCOME


 

 

Et celui d'Agnès Fouilleux :

 

Un aller simple pour Maoré

 

 

A LIRE :

 

Si vous voulez connaître le système bien organisé, voire maffieux qui utilise les immigrés dont la plupart sans papiers dans notre région du Vaucluse, dans les bouches du Rhône, en Espagne et au Maroc.
C¹est un travail journalistique, à partir d¹enquêtes sur le terrain et d¹interwiers, qui dénonce les mécanismes de l¹exploitation humaine et les ravages de la culture intensive à base de pesticides que nous retrouvons dans nos super marché.

 

Les nouveaux esclaves du capitalisme de Patrick Herman au Diable Vauvert.

 



 

 

A REJOINDRE, pour participer à des actions d'aide partout en France, les membres de l'association RESF (http://www.educationsansfrontieres.org/)

 



Par Pierre Falk - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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