Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /2006 09:00
 La croissance à la chinoise risque d'être fatale pour la nature que nous connaissons

 

La croissance à la chinoise risque d'être fatale pour la planète


Le maintien de l'actuel rythme de croissance économique de la Chine risque d'être fatal à la planète si ni Pékin ni le reste du monde ne modifient rapidement leur modèle de production et de consommation, a averti Lester Brown, président du Earth Policy Institute à Washington.

Gabrielle Grenz pour Agence France-Presse - 06-01-2006

 

Analyse de Monsieur Lester Brown

Notre économie mondiale est engagée sur une voie environnementale que la planète ne peut supporter, a déclaré M. Brown en présentant son dernier livre Plan B 2 pour sauver une planète stressée et une civilisation en danger.

Ce qui se passe en Chine devrait commencer à convaincre les économistes de la nécessité de restructurer le système, a-t-il estimé.

Selon les chiffres compilés par son institut, les Chinois consomment déjà actuellement deux fois plus de viande (67 millions de tonnes contre 39 millions de tonnes) que les Américains et plus de deux fois plus d'acier (258 M tonnes contre 104 M tonnes).

Et si la Chine continue de se calquer sur le rêve américain, d'ici 2031 ses 1,45 milliard d'habitants prévus consommeront l'équivalent des deux tiers de l'actuelle production mondiale de céréales, et plus du double de l'actuelle production mondiale de papier. Ainsi partent les forêts de la planète, a souligné M. Brown.

Le modèle économique occidental - basé sur des énergies fossiles, construit autour de la voiture et des produits jetables - ne pourra pas fonctionner en Chine, ni en Inde, dont la population devrait même dépasser celle de la Chine en 2031, a-t-il estimé.

À l'heure de la mondialisation et de la concurrence effrénée pour produire toujours plus et à des prix toujours plus compétitifs, l'actuel modèle va mener le monde à sa perte.

Côté changement climatique, Lester Brown affirme que le point de non-retour pourrait être déjà atteint et que les données scientifiques disponibles ne permettent pas de l'infirmer.

Aussi faut-il, sans tarder, restructurer l'économie mondiale pour soutenir notre civilisation, lancer un effort général pour éradiquer la pauvreté et la restauration des milieux naturels, selon le Plan B de Lester Brown.

Il a noté quelques signes encourageants en provenance de Chine où la pression pour agir en faveur de l'efficacité énergétique et de la protection de l'environnement semble avoir pris une tournure politique.

Ils commencent à reconnaître qu'ils doivent procéder à des modifications mais ils ne sont pas encore allés jusqu'à dire en public que le modèle occidental ne marchera pas chez eux, a noté M. Brown, invité à présenter ses vues au Forum économique mondial à Davos (Suisse) fin janvier.

Selon lui, cinq des huit plus grandes entreprises chinoises dans l'électronique et l'aérospatiale ont déjà annoncé leur entrée dans l'énergie éolienne, emboîtant le pas au géant américain General Electric.

Les Chinois ont aussi adopté des normes d'efficacité pour la consommation en carburant des véhicules, s'est-il réjouit, ajoutant que Pékin s'intéresse également davantage, depuis peu, à la pollution de l'air et de l'eau.

L'exploitation accrue des sources d'énergie renouvelable devra se faire intelligemment, selon M. Brown pour éviter par exemple une pénurie de produits alimentaires et une flambée des prix de ces denrées si les agriculteurs devaient opter en masse pour la production d'éthanol par exemple, un biocarburant à base de céréales.

 

Etude du cabinet d'études Earth Policy Institute


Basé à Washington, il a calculé qu'avec une croissance de 8 %, la Chine rattraperait le niveau de vie des Etats-Unis en 2031. Or, si les Chinois parviennent à ce niveau de vie, il leur faudra à eux seuls 1,1 milliards de voitures (contre 795 millions actuellement dans le monde entier) et 99 millions de barils de pétrole par jour, alors que la production actuelle mondiale est de 80 millions de barils !

Concernant le réchauffement climatique, la Chine émettrait autant de gaz à effet de serre que le reste du monde.

Conclusion de l'institut : "Le modèle économique que nous avons connu en Occident, basé sur les sources d'énergie fossiles, ne marchera pas avec la Chine tout simplement parce qu'il n'y a pas assez de ressources." (Libération du 18/03/05)


Qu'en pense le ministre chinois de l'environnement ?


"Le miracle économique va bientôt prendre fin car l'environnement ne peut plus suivre Nous avons fait l'erreur de croire que la croissance économique et les ressources financières qu'elle apporte allait nous permettre de répondre aux crises environnementales et à l'augmentation de la population." (Pan Yue, ministre chinois de l'Environnement au Spiegel le 07/04/05)

Par Bernard Grignon - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /2006 08:53

Et si l'on changeait d'alimentation ?

 

   - Aux USA, il se mange un million d'animaux par heure, ce qui fait 24 millions par jour. Si les 280     millions d'États-Uniens devenaient végétariens et que tous les immenses champs de maïs du     pays étaient transformés en potagers de cultures biologique, combien de personnes                 pourraient-elles être nourries sainement ?

- Quelques autres éléments d'information pour vous aider :

    * Il faut de 5 à 10 fois plus de surface pour produire la même nourriture sous forme animale que sous forme végétale. Il faut en moyenne 7 calories d'origine végétale pour obtenir 1 calorie sous forme de viande.

        Il faut de 0,2 à 0,5 calorie fossile pour produire 1 calorie végétale et de 2 à10 calories fossiles     pour produire 1 calorie sous forme de lait ou de viande, soit 200 g de pétrole pour 1 kg de blé et     6 kg de pétrole pour 1 kg de viande.

    * Les Européens importent 75% des protéines végétales qu'ils donnent à consommer à leurs élevages, du soja américain essentiellement, notamment des tourteaux d'Argentine et du Brésil. Actuellement, 90 à 95% du soja est cultivé pour l'alimentation animale.

    * Près du quart des émissions françaises de gaz à effet de serre sont dues à l'agriculture et la sylviculture, notamment sous forme de méthane émis par le bétail.

    * Notre alimentation contribue au tiers de notre empreinte écologique totale, soit autant que les transports et le logement réunis.

    * 70% de la consommation d'eau provient de l'agriculture. Il faut 500 l d'eau pour produire 1 kg de pommes de terre, 3.500 l pour produire 1 kg de poulet, de 20.000 à 100.000 l pour produire 1 kg de boeuf à partir de fourrages irrigués.

Par Bernard Grignon - Publié dans : Agriculture - Alimentation - Agrocarburants
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Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /2006 08:28

Innofensives, les puces électroniques ... ?

    La fabrication d'une puce de 2 g pour un ordinateur (32 mégabits) nécessite au moins : 72 g de produits chimiques, 700 g de gaz, 3,2 litres d'eau et 1,2 kg de carburant fossile, soit 630 fois son poids ("La consommation assassine", ouvrage collectif aux éditions Charles Léopold Mayer)
Par Bernard Grignon - Publié dans : Nanotechnologie-Puces-Téléphones portables
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 11:20
C’est la semaine du développement durable. Bien des entreprises en profitent pour mettre en avant leur politique audacieuse de développement durable. Et certains d’entre nous haussent les épaules en disant : « encore un coup marketing ».

On ne peut que regretter ce fait, car, faut-il le rappeler, le développement durable constitue une vision réellement nouvelle de nos sociétés modernes. Le concept se dessine en 1972, quand le Club de Rome (créé quelques années plus tôt) tire le signal d’alarme dans un rapport resté célèbre (« Les limites de la croissance ») : abandonnons notre religion de la croissance économique, sans quoi la pression démographique, la pollution et la surexploitation des matières premières mettront la planète et l’humanité en danger.

 

30 années d’efforts...

La même année, un événement majeur se déroule à Stockolm : la conférence des Nations unies sur le développement humain accouche du concept d’« éco-développement », le fait que la donne environnementale est intimement liée à la donne économique. Des instances comme le Programme des Nations unies pour l’environnement voient le jour dans la foulée de cette conférence.

Faisons un bond d’une dizaine d’années : en 1987 la présidente du Commission des Nations unies sur le développement et l’environnement, Gro Harlem Bruntland, publie un rapport fondateur : « Notre avenir à tous » (« Our common future »). Pour la première fois, y est clairement défini le concept de développement durable. Il sera réaffirmé lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 (qui accouche d’un programme d’action pour le XXIe siècle, l’Agenda 21) et lors du Sommet de Johannesburg en 2002 (dont les ONG s’accordent à dire qu’il fut un coup pour rien).

Qu’est-ce que le développement durable ? En gros, permettre de répondre aux besoins des générations actuelles sans hypothéquer les chances d’en faire autant pour les générations futures. Que les choses soient claires : l’idée qui sous-tend le développement durable est que nous ne pouvons continuer à notre rythme d’Occidentaux sans mettre en danger notre environnement naturel, donc nous mettre en danger nous-mêmes, en particulier pour les plus fragiles d’entre nous. Le développement durable repose donc sur trois piliers : 1/ assurer un développement économique 2/ respectueux de l’homme et 3/ respectueux de l’environnement.

 

...quelques mois pour décrédibiliser le développement durable

Se contenter d’instaurer une semaine du développement durable, de créer un ministère de l’Ecologie dont la seule politique semble cantonnée à la réintroduction des ours dans les Pyrénées, nous assommer de publicités tendancieuses (suivez mon regard vers ce pétrolier qui ferait « tout pour nous » alors qu’il a nommément été mis en cause pour non respects des droits humains fondamentaux en Birmanie ; vers ces constructeurs automobiles qui repeignent leurs spots télé en vert tout en mettant sur le marché des véhicules qui consomment des quantités astronomiques de carburant sales) alors que 2000 scientifiques du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) ont démontré que le changement climatique est la principale menace du XXIe siècle, que nous détruisons nos écosystèmes à vive allure et que les deux tiers de l’humanité (sur)vivent avec moins d’1 dollar par jour en poche... Se contenter de ces petites actions, donc, alors qu’il y a urgence, s’apparente à une vaste fumisterie.

Ce n’est pas le développement durable qui est en cause. C’est le fait que cette notion centrale, qui a eu besoin de 30 années pour percer, a été récupérée par les services marketing et complètement galvaudé en quelques années. Nous devons nous ressaisir.

 

Lu sur http://www.terra-economica.info

Par terra-economica.info - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 10:50

Pour une sobriété heureuse

 

Un engagement de vie fondé sur la sobriété heureuse, comme force considérable face à la puissance de la frustration programmée sous l'injonction obsessionnelle et quasi hystérique de la publicité est le moyen de comprendre la décroissance.

 

Les lecteurs de la revue Silence sont les mieux placés pour savoir que j'ai fait de la «décroissance soutenable» l'argument fondamental de ma campagne électorale pour les présidentielles 2002. Plutôt que rentrer dans les aspects techniques et épistémologiques de la question que des spécialistes seront traiter mieux que moi, ma contribution sera probablement plus utile ailleurs. J'entends par «ailleurs» l'espace de débat public qui s'est ouvert à l'occasion de la campagne et qui a suscité en même temps que des adhésions très significatives, des questions révélatrices de la difficulté de certaines personnes de comprendre le principe de la décroissance soutenable.

 

Il est pas contre compréhensible qu'avec la symphonie universelle exaltant le PNB et où la croissance résonne comme l'option rationnelle, salvatrice et irremplaçable, la décroissance puisse sonner comme une fausse note. Par ailleurs, la conscience collective ayant intégré la croissance comme fondement quasi religieux de la modernité, la décroissance devient une sorte de schisme régressif menaçant l'intégralité de tout le système. Sans jugement de personnes, nous pouvons mesurer la puissance de l'endoctrinement induisant une forme d'aliénation non identifiée. Car il est sous-entendu que selon le modèle en vigueur, les individus que nous sommes, notre présence momentanée au monde, de notre naissance à notre décès, doivent être soumis à la loi de la productivité et de la consommation. Nos énergies métaboliques et intellectuelles sont la propriété d'un destin prédéterminé par la loi du marché. Le territoire national lui-même, et dans sa totalité, n'est pas perçu comme un espace où des êtres humains doivent vivre en conciliant la résolution des besoins matériels de survie et la satisfaction des besoins légitimes d'épanouissement de la personne, mais comme une vaste entreprise. Le tout est basé sur la valorisation monétaire de tout ce qui peut l'être, au risque d'exclusion et de souffrances humaines contingentes. Elles sont considérées comme la taxe sacrificielle à payer à la divinité «croissance». Car dans ce scénario, tout ce qui n'a pas un prix n'a aucune valeur et celui qui n'a pas de ressources ne peut avoir d'existence au pire par oblitération radicale, au mieux par perfusionnement minimal de survie. Le territoire considéré comme une entreprise est donc aménagé sur les critères de rentabilité avant tout. Les cités deviennent de grandes structures hors sol, tirant de l'espace naturel les ressources vitales dont elles ont impérativement besoin, et cet espace naturel est lui-même soumis à l'idéologie de la productivité, induisant dégradation physique, chimique, biologique du milieu ainsi que l'épuisement des ressources vitales telles que le sol, l'eau, les variétés nutritives, la biodiversité naturelle et la disparition des paysans. La notion de bien commun est totalement absente des préoccupations et des discours politiques. Toute déontologie de l'usage du bien commun est occultée. Tout cela pour ne pas handicaper le principe d'avidité sans limites bien que sans réelle satisfaction. Pire encore, le bien commun est confisqué à ses ayant-droits légitimes représentés par tous les citoyens, par des corporations nationales et internationales sans visage ni patrie, les usurpations et les hold-up se faisant en toute légalité sous le prétexte de l'économique pour tous.

 


Un postulat intelligent

 

Avec ces quelques considérations loin d'être exhaustives, on aura compris que de notre point de vue, la croissance économique universelle est d'autant plus répréhensible qu'elle se fonde sur la négation de l'individu et de l'humain. En outre, elle inflige à la nature, entendue dans le sens d'une entité vivante et vitale pour chacun de nous, des exactions qu'aucune véritable intelligence ne peut entériner. Il n'est donc pas étonnant que partant de notre propre remise en question de la croissance datant d'une quarantaine d'années, nous ayons voulu saisir l'opportunité de la campagne présidentielle pour contribuer à en promouvoir l'antidote, à savoir : la décroissance soutenable. Nous devons ici, toujours au titre de témoignage, préciser à nouveau que notre rejet de la croissance ne s'est pas seulement traduit par une réprobation verbale, mais par un engagement de vie fondé sur la sobriété heureuse, comme force considérable face à la puissance de la frustration programmée sous l'injonction obsessionnelle et quasi hystérique de la publicité. Ainsi, la sobriété devient en l'occurrence le maître mot pour comprendre la décroissance. Quant au terme soutenable, il évoque l'accompagnement d'un processus graduel pour éviter l'effondrement brutal avec pour corollaire un chaos inextricable comme ceux que vivent les peuples de l'Est, l'URSS, l'Argentine ou d'autres lieux encore à venir.

 

Car il serait irréaliste de penser que l'idéologie du capitalisme sera toujours triomphante. Les prémisses de son effondrement sous la forme d'une vulnérabilité enfin révélée sont sous les yeux de ceux qui veulent bien les considérer objectivement. Il est une loi irrévocable applicable à de nombreuses situations, à savoir que, quand un ordre est malade, il meurt ou il guérit, mais il ne peut agoniser indéfiniment. En dépit de tous les acharnements thérapeutiques, l'agonie de la logique en vigueur est réelle, et se traduit par un chaos planétaire dont nous avons chaque jour la révélation, le tribu de désolation et de souffrance.

 

Si l'on admet cette vision pessimiste, la décroissance soutenable apparaît d'emblée comme un postulat intelligent, promoteur d'une nouvelle perspective historique, un exaltant chantier qui, tout en restaurant ce qui reste encore restaurable, pose les fondements d'un avenir viable. Notre analyse pessimiste n'occulte cependant pas les nombreuses initiatives et les innovations qui, dans l'attente consciente ou inconsciente d'une mutation indispensable où elles constitueront des recours, élaborent déjà les possibles de demain. Cela s'appelle «utopie», terme qu'il faut distinguer de la chimère. L'utopie serait en l'occurrence le non lieu de toutes les possibilités, «folie vitale» faite d'une audace éclairée qui permet de soulever les montagnes. En matière technologique par exemple, nous pouvons dire que nous disposons d'ors et déjà d'un panel d'innovations fiables, raisonnables et durables, qui pourront d'autant mieux se propager que les moyens dispendieux et nuisibles actuels fondés sur l'énergie combustible, non durable, auront atteint leurs limites. Bien sûr, le plus tôt sera le mieux, si l'on tient compte des nuisances générées et des urgences qu'imposent le cours de plus en plus accéléré des événements.

 

Un autre mode d'éducation

 

Tout au long de la campagne, nous avons énuméré bien d'autres dispositions ou réformes pour la décroissance soutenable. L'un de ceux que nous tenons pour décisifs concerne l'éducation des enfants. Il nous paraît indispensable de leur proposer sans endoctrinement, une vision différente d'une réalité vue sous un angle libéré des présupposés idéologiques qui ont conditionné les esprits, les relier de plus en plus à la nature comme matrice de vie et de survie, et conservatoire des invariants, donc de la pérennité de notre espèce. Nous avons souvent déploré que l'écologie ne soit pas enseignée avec la même rigueur que les mathématiques ou que tout autre matière sélectionnée pour leur utilité à la logique dominante. Introduire une approche plus solidaire et conviviale dans la relation entre enfants, c'est d'ors et déjà renforcer le lien social indispensable à son avenir. Abolir la compétitivité comme germe d'angoisse, de volonté de puissance et d'oppression au profit d'une rigueur qui serait au service de la générosité. Enseigner des disciplines manuelles donnant à l'enfant la plénitude de ses capacités et bien sûr le goût de la beauté, etc.

Relocaliser l'économie

 

Pour la décroissance soutenable, il faut également relocaliser l'économie, faciliter l'installation de petites structures agricoles à taille humaine et renoncer à ses monstruosités industrielles où des millions de créatures perçues comme des protéines souffrent le martyre pour alimenter nos insatiables mandibules. Ainsi renoncer à ces déserts de maïs et cette monoculture destructrice des sols, des eaux, qu'elles épuisent et polluent pour produire des protéines animales sans valeur nutritive voire insalubre. Ces structures auront pour mission de satisfaire à la nécessité de produire et consommer localement des denrées de hautes valeurs nutritives produites avec des méthodes non préjudiciables aux sols, aux eaux souterraines, à l'environnement et bien entendu à la santé publique. Sauvegarder la biodiversité comestible et sauvage avec des aménagements appropriés garant de l'intégrité, de la beauté des paysages.

 

Concernant les aptitudes manuelles, il serait important de réhabiliter tous les métiers susceptibles de l'être et répondant à des besoins locaux : artisanat, services, assistance mutuelle. La production industrielle devra être définie sur les bases de ce que seule l'industrie est en mesure de réaliser. Il serait par exemple préférable d'avoir 200 cordonniers au travail, qu'une masse de chaussures produites par des machines, voire issue du travail délocalisé fait par des esclaves anonymes.

 

Toutes ces dispositions et bien d'autres encore auraient l'immense avantage de restituer aux être humains des capacités confisquées par le sacro-saint «gain de productivité», l'outrance et l'hégémonie technologique produisant des infirmes. Bien entendu, tout cela doit être accompagné par un comportement conscient et responsable de chaque citoyen ouvrant à titre individuel et collectif à la réduction du superflu, générateur de masse, de déchets tels que cela est devenu probablement pour la première fois le phénomène le plus aberrant de l'histoire humaine. A l'exemple de la nature qui n'a pas de poubelles, il serait judicieux et vital d'éradiquer les rebuts d'une façon drastique. Avec cette logique globale, la réduction du temps de travail se ferait par la réduction d'une productivité excédentaire. Le temps ainsi libéré pourrait être mis à profit pour des travaux de réhabilitation des environnements dégradés, à des actions qui ne seraient plus du secourisme social souvent sans résultats, mais à la construction d'un lien social indispensable pour un avenir où l'on ne sait d'ors et déjà pas ce que sera par exemple la condition des vieillards et des enfants ; bref, en mettant l'humain et la nature au centre de nos préoccupations, les inspirations ne nous manqueront pas.

 

D'aucuns peuvent trouver ce programme irréaliste, impossible à appliquer. Notre conviction est que nous n'aurons de toute façon pas le choix. Cela implique bien entendu pour chacun de nous de se considérer comme le lieu de sa propre mutation, laquelle induira la mutation de la société toute entière.

 

Pierre Rabhi

 

Par Bernard Grignon - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 10:48

Manifeste du Réseau pour l'Après-Développement

(ROCADE, Réseau des Objecteurs de Croissance pour l'Après-DEveloppement)

 

Le mouvement qui milite pour un après-développement a jusqu'à ce jour gardé un caractère quasi-confidentiel. Il a pourtant au cours d'une histoire déjà longue, produit une littérature non négligeable et se trouve représenté dans plusieurs lieux de recherche et d'actions de par le monde 1.

 

Né dans les années 1960, lors de la décennie du développement, d'une réflexion critique sur les présupposés de l'économie et sur l'échec des politiques de développement, ce courant regroupe des chercheurs et des acteurs sociaux du Nord comme du Sud porteurs d'analyses et d'expériences novatrices sur le plan économique, social et culturel. Au cours des années, des liens le plus souvent informels se sont tissés entre ses diverses composantes, les expériences et les réflexions s'alimentant mutuellement. Le réseau pour l'après-développement s'inscrit ainsi dans la mouvance de l'INCAD (Réseau international pour la construction d'une alternative au développement) et se reconnaît pleinement dans la déclaration du 4 mai 1992. Il entend poursuivre et élargir le travail ainsi commencé. Le réseau met au centre de son analyse la remise en cause radicale de la notion de développement, qui, en dépit des évolutions formelles qu'elle a connues, reste le point de rupture décisif au sein du mouvement de critique du capitalisme et de la mondialisation. Il y a d'un coté ceux qui militent pour un problématique "autre" développement (ou une non moins problématique "autre" mondialisation) et ceux qui, comme nous, veulent sortir du développement et de l'économisme. A partir de cette critique, ce courant procède à une véritable "déconstruction" de la pensée économique. Sont ainsi remises en cause les notions de croissance, de pauvreté, de besoins, d'aide, etc.

Les associations et personnes membres du présent réseau se reconnaissent dans cette démarche. Après la faillite du socialisme réel et le glissement honteux de la social-démocratie vers le social-libéralisme, nous pensons que ces analyses sont seules susceptibles de contribuer à un renouveau de la pensée et à la construction d'une véritable société alternative à la société de marché.

 

Remettre radicalement en question le concept de développement c'est faire de la subversion cognitive, et celle-ci est le préalable et la condition des changements politiques, sociaux et culturels qui s'imposent.

 

Le moment nous semble favorable pour sortir de la semi-clandestinité où nous avons été cantonnés jusqu'à présent et le grand succès du colloque de la Ligne d'horizon 2 "Défaire le développement-refaire le monde" qui s'est tenu à l'UNESCO des 28 février au 3 mars 2002 renforce notre conviction et nos espoirs.

 

Casser l'imaginaire développementiste et décoloniser les esprits.

 

Face à la mondialisation, qui n'est que le triomphe planétaire du tout-marché, il nous faut concevoir et promouvoir une société dans laquelle les valeurs économiques ont cessé d'être centrales (ou uniques). L'économie doit être remise à sa place comme simple moyen de la vie humaine et non comme fin ultime. Il nous faut renoncer à cette course folle vers une consommation toujours accrue. Cela n'est pas seulement nécessaire pour éviter la destruction définitive des conditions de vie sur terre, mais aussi et surtout pour sortir l'humanité de la misère psychique et morale. Il s'agit là d'une véritable décolonisation de notre imaginaire et d'une déséconomicisation des esprits nécessaires pour changer vraiment le monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur. Il faut commencer par voir les choses autrement pour qu'elles puissent devenir autres, pour que l'on puisse concevoir des solutions vraiment originales et novatrices. Il s'agit de mettre au centre de la vie humaine d'autres significations et d'autres raisons d'être que l'expansion de la production et de la consommation. Le mot premier mot d'ordre du réseau est donc "résistance et dissidence". Résistance et dissidence avec la tête mais aussi avec les pieds. Résistance et dissidence comme attitude mentale de refus et comme hygiène de vie. Résistance et dissidence comme attitude concrète par toutes les formes d'auto-organisation alternative. Cela signifie participer à la conception et à la mise en œuvre de sociétés conviviales. Mais cela signifie en premier lieu le refus de la complicité et de la collaboration avec cette entreprise de décervelage et de destruction planétaire que constitue l'idéologie développementiste.

 

Mirages et ruines du développement

 

La mondialisation actuelle nous montre ce que le développement a été et que nous n'avons jamais voulu voir. Elle est le stade suprême du développement réellement existant en même temps que la négation de sa conception mythique. Si le développement, en effet, n'a été que la poursuite de la colonisation par d'autres moyens, la nouvelle mondialisation, à son tour, n'est que la poursuite du développement avec d'autres moyens. Il convient donc de distinguer le développement comme mythe et le développement comme réalité historique. On peut définir le développement réellement existant comme une entreprise visant à transformer les rapports des hommes entre eux et avec la nature en marchandises. Il s'agit d'exploiter, de mettre en valeur, de tirer profit des ressources naturelles et humaines. Entreprise agressive envers la nature comme envers les peuples, elle est bien comme la colonisation qui la précède et la mondialisation qui la poursuit, une œuvre à la fois économique et militaire de domination et de conquête. C'est le développement réellement existant, celui qui domine la planète depuis trois siècles, qui engendre la plupart des problèmes sociaux et environnementaux actuels : exclusion, surpopulation, pauvreté, pollutions diverses, etc.

Quant au concept mythique de développement, il est piégé dans un dilemme : soit il désigne tout et son contraire, en particulier l'ensemble des expériences historiques de dynamique culturelle de l'histoire de l'humanité, de la Chine des Han à l'empire de l'Inca. Dans ce cas, il ne désigne rien en particulier, il n'a aucune signification utile pour promouvoir une politique, et il vaut mieux s'en débarrasser. Soit, il a un contenu propre. Ce contenu désigne alors nécessairement ce qu'il possède de commun avec l'aventure occidentale du décollage de l'économie telle qu'elle s'est mise en place depuis la révolution industrielle en Angleterre dans les années 1750-1800. Dans ce cas, quel que soit l'adjectif qu'on lui accole, le contenu implicite ou explicite du développement est la croissance économique, l'accumulation du capital avec tous les effets positifs et négatifs que l'on connaît. Or, ce noyau dur que tous les développements ont en commun avec cette expérience-là, est lié à des rapports sociaux bien particuliers qui sont ceux du mode de production capitaliste. Les antagonismes de "classes" sont largement occultés par la prégnance de "valeurs" communes plus ou moins partagées par tous : le progrès, l'universalisme, la maîtrise de la nature, la rationalité quantifiante. Ces valeurs sur lesquelles reposent le développement, et tout particulièrement le progrès, ne correspondent pas du tout à des aspirations universelles profondes. Elles sont liées à l'histoire de l'Occident, elles recueillent peu d'écho dans les autres sociétés. En dehors des mythes qui la fondent, l'idée de développement est totalement dépourvue de sens et les pratiques qui lui sont liées sont rigoureusement impossibles parce qu'impensables et interdites.

Aujourd'hui, ces valeurs occidentales sont précisément celles qu'il faut remettre en question pour trouver une solution aux problèmes du monde contemporain et éviter les catastrophes vers lesquelles l'économie mondiale nous entraîne. Le post-développement est tout à la fois post-capitalisme et post-modernité.

 

Les habits neufs du développement

 

Pour tenter de conjurer magiquement les effets négatifs de l'entreprise développementiste, on est entré dans l'ère des développements à particule. On a vu surgir des développements autocentrés, endogènes, participatifs, communautaires, intégrés, authentiques, autonomes et populaires, équitables, durable... sans parler du développement local, du micro-développement, de l'endo-développement et même de l'ethno-développement ! En accolant un adjectif au concept de développement, il ne s'agit pas vraiment de remettre en question l'accumulation capitaliste, tout au plus songe-t-on à adjoindre un volet social ou une composante écologique à la croissance économique comme on a pu naguère lui ajouter une dimension culturelle. Ce travail de redéfinition du développement porte, en effet, toujours plus ou moins sur la culture, la nature et la justice sociale. Dans tout cela, il s'agit de guérir un mal qui atteindrait le développement de façon accidentelle et non congénitale. On a même créé pour l'occasion un monstre repoussoir : le mal-développement. Ce monstre n'est qu'une chimère car le mal ne peut pas atteindre le développement pour la bonne raison que le développement imaginaire est par définition l'incarnation même du Bien. Le bon développement est un pléonasme parce que développement signifie bonne croissance, parce que la croissance, elle aussi, est un bien et qu'aucune force du mal ne peut prévaloir contre elle.

C'est l'excès même des preuves de son caractère bénéfique qui révèle le mieux l'escroquerie du développement. Le développement social, le développement humain, le développement local et le développement durable ne sont ainsi que les dernières nées d'une longue suite d'innovations conceptuelles visant à faire entrer une part de rêve dans la dure réalité de la croissance économique. Si le développement survit encore à sa mort il le doit surtout à ses critiques ! En inaugurant l'ère du développement qualifié (humain, social, etc.), les humanistes canalisent les aspirations des victimes du développement pur et dur du Nord et du Sud en les instrumentalisant. Le développement durable est la plus belle réussite dans cet art du rajeunissement des vieilles lunes. Il illustre parfaitement le procédé d'euphémisation par adjectif visant à changer les mots à défaut de changer les choses. Le développement durable, soutenable ou supportable (sustainable), mis en scène à la conférence de Rio en Juin l992, est un tel bricolage conceptuel ; il s'agit d'une monstruosité verbale par son antinomie mystificatrice. Mais en même temps par son succès universel, il témoigne de la domination de l'idéologie développementiste. Désormais, la question du développement ne concerne pas seulement les pays du Sud, mais tout aussi bien ceux du Nord.

 

Si la rhétorique pure du développement avec la pratique liée de l'expertocratie volontariste ne fait plus recette, le complexe des croyances eschatologiques en une prospérité matérielle possible pour tous, et respectueuse de l'environnement qu'on peut définir comme "le développementisme", reste intact. Le "développementisme" manifeste la logique économique dans toute sa rigueur. Il n'y a pas de place dans ce paradigme pour le respect de la nature réclamé par les écologistes ni pour le respect de l'homme réclamé par les humanistes. Le développement réellement existant apparaît alors dans sa vérité, et le développement alternatif comme un mirage.

 

Au delà du développement

 

Parler d'après développement ce n'est pas seulement laisser courir son imagination sur ce qui pourrait arriver en cas d'implosion du système, faire de la politique fiction ou examiner un cas d'école. C'est parler de la situation de ceux qui actuellement au Nord et au Sud sont des exclus ou sont en passe de le devenir, de tous ceux donc pour qui le développement est une injure et une injustice et qui sont indubitablement les plus nombreux à la surface de la terre. L'après développement s'esquisse déjà autour de nous et s'annonce dans la diversité.

 

L'après développement, en effet, est nécessairement pluriel. Il s'agit de la recherche de modes d'épanouissement collectif dans lesquels ne serait pas privilégié un bien-être matériel destructeur de l'environnement et du lien social. L'objectif de la bonne vie se décline de multiples façons selon les contextes. En d'autres termes, il s'agit de reconstruire de nouvelles cultures. Cet objectif peut s'appeler l'umran (épanouissement) comme chez Ibn Kaldûn, swadeshi-sarvodaya (amélioration des conditions sociales de tous) comme chez Gandhi, ou bamtaare (être bien ensemble) comme chez les Toucouleurs, ou de tout autre nom L'important est de signifier la rupture avec l'entreprise de destruction qui se perpétue sous le nom de développement ou aujourd'hui de mondialisation. Pour les exclus, pour les naufragés du développement, il ne peut s'agir que d'une sorte de synthèse entre la tradition perdue et la modernité inaccessible. Ces créations originales dont on peut trouver ici ou là des commencements de réalisation ouvrent l'espoir d'un après-développement . Il faut tout à la fois penser et agir globalement et localement. Ce n'est que dans la fécondation mutuelle des deux approches que l'on peut tenter de surmonter l'obstacle du manque de perspectives immédiates. Proposer la décroissance comme un des objectifs globaux urgents et identifiables à ce jour et mettre en œuvre des alternatives concrètes localement sont des perspectives complémentaires.

 

Décroître et embellir

 

La décroissance devrait être organisée non seulement pour préserver l'environnement mais aussi pour restaurer au moins le minimum de justice sociale sans lequel la planète est condamnée à l'explosion. Survie sociale et survie biologique paraissent ainsi étroitement liées. Les limites du patrimoine naturel ne posent pas seulement un problème d'équité intergénérationnelle dans le partage des parts disponibles, mais un problème de juste répartition entre les membres actuellement vivants de l'humanité.

 

La décroissance ne signifie pas un immobilisme conservateur. La plupart des sagesses considéraient que le bonheur se réalisait dans la satisfaction d'un nombre judicieusement limité de besoins. L'évolution et la croissance lente des sociétés anciennes s'intégraient dans une reproduction élargie bien tempérée, plus ou moins adaptée aux contraintes naturelles.

 

Aménager la décroissance signifie, en d'autres termes renoncer à l'imaginaire économique c'est-à-dire à la croyance que plus égale mieux. Le bien et le bonheur peuvent s'accomplir à moindre frais. Redécouvrir la vraie richesse dans l'épanouissement de relations sociales conviviales dans un monde sain peut se réaliser avec sérénité dans la frugalité, la sobriété, la simplicité volontaire, voire une certaine austérité dans la consommation matérielle. Une décroissance acceptée et bien pensée n'impose aucune limitation dans la dépense des sentiments et la production d'une vie festive .Le mot d'ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l'abandon de l'objectif insensé de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n'est autre que la recherche effrénée du profit par les détenteurs du capital. Bien évidemment, il ne vise pas au renversement caricatural qui consisterait à prôner la décroissance pour la décroissance. En particulier, la décroissance n'est pas la croissance négative. On sait que le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi en raison du chômage et de l'abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelle catastrophe serait un taux de croissance négatif ! De même qu'il n'y a rien de pire qu'une société travailliste sans travail, il n'y a rien de pire qu'une société de croissance sans croissance.

 

La décroissance n'est donc envisageable qu'à la condition de sortir de l'économie de croissance et d'entrer dans une "société de décroissance". Cela suppose une toute autre organisation dans laquelle le loisir est valorisé à la place du travail, où les relations sociales priment sur la production et la consommation de produits jetables inutiles voire nuisibles. Une réduction féroce du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable. On peut, s'inspirant de la charte "consommations et styles de vie" proposée au Forum des ONG de Rio, synthétiser tout cela dans un programme en six "R" : Réévaluer, Restructurer, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler.

Ces six objectifs interdépendants enclenche un cercle vertueux de décroissance conviviale et soutenable. Réévaluer, cela signifie revoir les valeurs auxquelles nous croyons et sur lesquelles nous organisons notre vie et changer celles qui doivent l'être. Restructurer, cela signifie adapter l'appareil de production et les rapports sociaux en fonction du changement des valeurs. Redistribuer s'entend de la répartition des richesses et de l'accès au patrimoine naturel. Réduire veut dire diminuer l'impact sur la biosphère de nos modes de produire et de consommer. Pour ce faire réutiliser au lieu de jeter les appareils et les biens d'usage et bien sûr recycler les déchets incompressibles de notre activité. Si une remise en question radicale des valeurs de la modernité s'impose, cela n'implique pas nécessairement le rejet de toute science ni le refus de toute technique.

 

Nous ne renions pas notre appartenance à l'Occident dont le rêve progressiste nous hante. Toutefois, nous aspirons à une amélioration de la qualité de vie et non à une croissance illimitée du P. I. B. Nous réclamons la beauté des villes et des paysages, la pureté des nappes phréatiques et l'accès à de l'eau potable, la transparence des rivières et la santé des océans. Nous exigeons une amélioration de l'air que nous respirons, de la saveur des aliments que nous mangeons. Il y a encore bien des "progrès" à faire pour lutter contre l'invasion du bruit, pour accroître les espaces verts, pour préserver la faune et la flore sauvage, pour sauver le patrimoine naturel et culturel de l'humanité, sans parler des "progrès" à faire dans la démocratie. La réalisation de ce programme participe d'une certaine idéologie du progrès et suppose le recours à des techniques sophistiquées dont la plupart sont encore à inventer. Il serait injuste de nous taxer de technophobes et d'anti progressistes sous le seul prétexte que nous réclamons un "droit d'inventaire" sur le progrès et la technique. Cette revendication est un minimum pour l'exercice de la citoyenneté.

L'après développement et la construction d'une société alternative ne se déclinent pas nécessairement de la même façon au Nord et au Sud. Tout simplement, pour le Nord, la diminution de la pression excessive du mode de fonctionnement occidental sur la biosphère est une exigence de bon sens en même temps qu'une condition de la justice sociale et écologique

En ce qui concerne les pays du Sud, touchés de plein fouet par les conséquences négatives de la croissance du Nord, il s'agit moins de décroître (ou de croître, d'ailleurs) que de renouer le fil de leur histoire rompu par la colonisation, l'impérialisme et le néo-impérialisme militaire, politique, économique et culturel. La ré appropriation de leur identité est un préalable pour apporter à leur problèmes les solutions appropriées. Il peut être judicieux de réduire la production de certaines cultures destinées à l'exportation (café, cacao, arachide, coton, mais aussi, fleurs coupées, crevettes d'élevage, légumes et agrumes de contre-saison, etc.) comme il peut s'avérer nécessaire d'accroître celle des cultures vivrières. On peut songer à renoncer à l'agriculture productiviste, comme au Nord, pour reconstituer les sols et les qualités nutritionnelles, mais aussi, sans doute, entreprendre des réformes agraires, réhabiliter l'artisanat réfugié dans l'informel etc. Il appartient à nos amis du Sud de préciser quel sens peut prendre pour eux la construction de l'après développement.

En aucun cas, la remise en cause du développement ne peut ni ne doit apparaître comme une entreprise paternaliste et universaliste qui l'assimilerait à une nouvelle forme de colonisation (écologiste, humanitaire...). Le risque est d'autant plus fort que les ex-colonisés ont intériorisé les valeurs du colonisateur. Même si ses racines y sont moins profondes, l'imaginaire économique, et tout particulièrement l'imaginaire développementiste, est sans doute encore plus prégnant au Sud qu'au Nord. Les victimes du développement ont tendance à ne voir d'autre remède à leur malheur que dans une aggravation du mal. Elles pensent que l'économie est le seul moyen de résoudre la pauvreté alors même que c'est elle qui l'engendre. Le développement et l'économie sont le problème et non la solution ; continuer à prétendre et vouloir le contraire participe aussi du problème.

Survivre localement.

Il s'agit d'être attentif au repérage des innovations alternatives : entreprises coopératives en autogestion, communautés néo-rurales, Lets et Sels, auto organisation des exclus au sud. Ces expériences que nous entendons soutenir ou promouvoir nous intéressent moins pour elles-mêmes que comme formes de résistance et de dissidence au processus de montée en puissance de l'omni marchandisation du monde. Sans chercher à proposer un modèle unique, nous nous efforçons de viser en théorie et en pratique une cohérence globale de l'ensemble de ces initiatives.

Le danger de la plupart des initiatives alternatives est, en effet, de se cantonner dans le créneau qu'elles ont trouvé au départ au lieu de travailler à la construction et au renforcement d'un ensemble plus vaste. L'entreprise alternative vit ou survit dans un milieu qui est et doit être différent du marché mondialisé. C'est ce milieu porteur dissident qu'il faut définir, protéger, entretenir, renforcer et développer par la résistance. Plutôt que de se battre désespérément pour conserver son créneau au sein du marché mondial, il faut militer pour élargir et approfondir une véritable société autonome en marge de l'économie dominante.

 

Le marché mondialisé avec sa concurrence acharnée et le plus souvent déloyale n'est pas l'univers où se meut et où doit se mouvoir l'organisation alternative.

 

Elle doit rechercher une véritable démocratie associative pour déboucher sur une société autonome. Une chaîne de complicité doit lier toutes les parties. Comme dans l'informel africain, nourrir le réseau des "reliés" est la base de la réussite. L'élargissement et l'approfondissement du tissu porteur est le secret de la réussite et doit être le souci premier de ses initiatives. C'est cette cohérence qui représente une véritable alternative au système.

 

Au Nord, on pense d'abord aux projets volontaires et volontaristes de construction de mondes différents. Des individus, refusant totalement ou partiellement le monde dans lequel ils vivent, tentent de mettre en œuvre autre chose, de vivre autrement : de travailler ou de produire autrement au sein d'entreprises différentes, de se réapproprier la monnaie aussi pour un usage différent, selon une logique autre que celle de l'accumulation illimitée et de l'exclusion massive des perdants.

Au Sud, où l'économie mondiale, avec l'aide des institutions de Bretton Woods, a exclu des campagnes des millions et des millions de personnes, a détruit leur mode de vie ancestral, supprimé leur moyens de subsistance, pour les jeter et agglutiner dans les bidonvilles et les banlieues du Tiers-monde, l'alternative est souvent une condition de la survie. Les "naufragés du développement", les laissés pour compte, condamnés dans la logique dominante à disparaître, n'ont d'autre choix pour surnager que de s'organiser selon une autre logique. Ils doivent inventer, et certains au moins inventent effectivement, un autre système, une autre vie.

 

Cette deuxième forme de l'autre société n'est pas totalement séparée de la première, et cela pour deux raisons. D'abord, parce que l'auto organisation spontanée des exclus du Sud n'est pas, n'est jamais, totalement spontanée. Il y a aussi des aspirations, des projets, des modèles, voire des utopies qui informent plus ou moins ces bricolages de la survie informelle. Ensuite, parce que, symétriquement, les "alternatifs" du Nord n'ont pas toujours le choix. Ce sont aussi souvent des exclus, des laissés pour compte, chômeurs en fin de droits ou candidats potentiels au chômage, ou plus simplement des exclus par dégoût... Il y a donc des passerelles entre les deux formes qui peuvent et doivent se féconder mutuellement. Cette cohérence d'ensemble réalise d'un certaine façon certains aspects que François Partant attribuait à sa "centrale", c'est-à-dire son projet de coordination des initiatives dissidentes : "Donner à des chômeurs, à des paysans ruinés et à toute personne le désirant, la possibilité de vivre de leur travail, en produisant, à l'écart de l'économie de marché et dans des conditions qu'ils déterminent eux-mêmes, ce dont ils estiment avoir besoin" ( La Ligne d'horizon, La découverte, Paris 1988, p. 206).

Renforcer la construction de ces autres mondes possibles passe par la prise de conscience de la signification historique de ces initiatives. Nombreuses ont déjà été les reconquêtes par les forces développementistes des entreprises alternatives isolées et il serait dangereux de sous-estimer les capacités de récupération du système. Pour contrer la manipulation et le lavage de cerveau permanent auxquels nous sommes soumis, la constitution d'un vaste réseau apparaît essentielle pour mener la bataille du sens.

 

Les objectifs principaux du réseau peuvent ainsi se résumer en quatre points :

 

1) Concevoir et promouvoir résistance et dissidence à la société de croissance et de développement économique.

 

2) Travailler à renforcer la cohérence théorique et pratique des initiatives alternatives.

 

3) Mettre en œuvre de véritables sociétés autonomes et conviviales.

 

4) Lutter pour la décolonisation de l'imaginaire économiste dominant.

 

Annexe :

 

Extraits de la déclaration de l'INCAD (International Network for Cultural Alternatives to Development)

 

 

 

La fin du développement et le travail de régénération. Orford, Quebec, , 4 mai 1992.

 

Sous l'appellation de développement, la nature et les communautés humaines subissent la défiguration, l'extinction, la mort. (...) L'enjeu aujourd'hui n'est ni une crise de gestion, ni une réforme, ni une restauration des cultures et de la nature abîmées, pas plus qu'un simple revivalisme... Nous avons besoin d'une mutation qui puisse engager un profond réveil par la mise en œuvre d'un désarmement culturel et d'une fin du développement lui-même ; Nous devrons ensuite nous engager concrètement pour une restauration de la nature et des cultures. (...).

 

En conséquence, nous appelons à une fin du développement ; nous invitons les peuples du monde à engager le travail de reconstruction, ré harmonisation, régénération, après le passage de la tempête. Cela peut signifier la création de groupes de régénération capables d'associer avec imagination des éléments de la modernité à des survivances de la tradition. Nous croyons que le moment est venu de reconnaître radicalement le pluralisme de notre monde et que nous devons nous engager dans un large processus de régénération culturelle avec la conviction qu'il ne peut y avoir aucun critère universel pour le conduire. (...)

A titre d'exemple nous pouvons identifier les buts suivants comme autant de premiers pas à faire :

 

1 - Effacer progressivement (à raison de 20% l'an) toutes les dettes des pays du Sud engagées pour des projets de développement

 

2 - Réduire le revenu par tête dans les pays du Nord à leur niveau de 1960

 

3 - Stopper par des moyens adéquats l'utilisation illimitée du pétrole

 

4 - Réduire la quantité d'électricité utilisée à une vitesse qui permette d'annuler tous les projets de centrales nucléaires à échéance de dix ans

 

5 - Déconstruire le modèle global d'éducation qui encourage et soutient les états-nations et leur développement : remettre en vigueur les systèmes d'éducation pratiqués par les communautés locales en harmonie avec leur environnement culturel et naturel, ce qui permettra de soutenir le bon niveau de ces communautés

 

6 - Engager une campagne massive de programmes pour une autre éducation dans le Nord comme dans le Sud à l'intention des élites socioprofessionnelles à propos de la perversité du développement.

Cela consistera à travailler sur les sujets suivants :

- Le développement comme facteur de paupérisation de la majorité du monde ; les modes d'appauvrissement

- Le sacrifice des énergies naturellement renouvelables sur l'autel de la croissance économique

 

- L'obligation qui est faite aux élites socioprofessionnelles d'augmenter le PNB des états-nations ce qui les rend incapables de comprendre l'intérêt du travail de régénération créative des communautés locales

 

7 - Transformer toutes les aides des agences de développement en coopératives décentralisées vouées aux acquisitions et à la régénération de la connaissance, à la prise en compte des modes de vie, savoir-faire des diverses cultures du monde pour la poursuite d'un dialogue interculturel sur l'après-développement entre les peuples du Nord et du Sud.

 

8 - Réorienter tous les fonds dans ce but.

 

 

Signataires : Kalpana Das (Canada-Inde), Gustavo Esteva (Mexique), Serge

 

Latouche (France), Douglas Lummis (Japon-Etats-Unis) Frédérique A. Marglin

 

(Etats-Unis), Marie Macdonald (États-Unis), Ashis Nandi (Inde), Emmanuel N'dione

 

(Sénégal), Raimon Panikar (Catalogne-Espagne-Inde), Sidney Pobihuschy (Canada),

 

Majhid Rahnema (France-Iran), Wolfgang Sachs (Allemagne), Edith Sizoo

 

(Hollande-Belgique), David Tushneider (Bolivie), Robert Vachon (Canada), Hassan

 

Zaoual (France-Maroc)

 

 

 

1 - Le numéro spécial de la revue l'écologiste "défaire le développement refaire le monde"(N° 6 ou vol 2 N°4 hivers 2001-2002), fait le point sur la question.

 

2 - La Ligne d'horizon, Les Amis de François Partant. 7 villa Bourgeois 92240 - Malakoff.

 

Par Bernard Grignon - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 10:44

LE DEFI DE LA DECROISSANCE , comment survivre au développement ?

 

La décroissance est un slogan commode pour résumer la nécessaire remise en cause de la croissance. Il a surtout pour objet de marquer fortement l'abandon de l'objectif insensé de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n'est autre que la recherche effrénée du profit par les détenteurs du capital. Bien évidemment, il ne vise pas au renversement caricatural qui consisterait à prôner la décroissance pour la décroissance. En particulier, la décroissance n'est pas la croissance négative, expression antinomique et absurde qui traduit bien la domination de l'imaginaire de la croissance. On sait que le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi en raison du chômage et de l'abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelle catastrophe serait un taux de croissance négatif ! Faute d'oser la décolonisation de l'imaginaire, la gauche institutionnelle se condamne à un social-libéralisme qui ne résout ni les problèmes sociaux, ni les problèmes écologiques. La décroissance n'est donc envisageable que dans une "société de décroissance". Il ne s'agit ni de revenir au développement (durable ou non), ni d'entrer en sous-développement, mais tout simplement de sortir du développement. Une telle proposition est nécessaire pour réouvrir l'espace de l'inventivité et de la créativité de l'imaginaire bloqué.

 

 

Serge LATOUCHE

Professeur d’économie, université Paris XI, Serge Latouche est un des animateurs de la revue du MAUSS et le défenseur actuel le plus connu de la perspective de la « décroissance conviviale ». Parmi ses livres récents on peut citer Justice sans limite - Fayard 2003 - , La mégamachine La Découverte 2004 -, Survivre au développement –Mille et une nuits 2004 – L’occidentalisation du monde La Découverte 2005 -, L’invention de l’économie –A.Michel 2005 -.

 

Par Bernard Grignon - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 10:42

La Charte de La Décroissance

 

Le projet de la décroissance est la seule alternative possible au développement de la misère et à la destruction de la planète. La décroissance est un mouvement d'idées et un ensemble de pratiques qui n'appartiennent à personne. La décroissance entend être au service de cette cause, mais ne prétend pas en être le dépositaire exclusif. Il se veut au contraire un vecteur de débats et de mobilisations pour convaincre les partisans du «développement durable» de leur impasse. Le journal s'adressera par son contenu au plus grand nombre, fort du principe que les choix politiques sont l'affaire de tous. Nous défendrons quelques grands principes qui constituent notre identité et la raison de notre combat. Nous sommes foncièrement humanistes, démocrates et fidèles à des valeurs comme la liberté, l'égalité et la fraternité. Nous ne croyons pas qu'il faille choisir entre la question écologique et la question sociale, qui sont pour nous intimement liées. La décroissance vise à rendre aux générations futures une planète sur laquelle non seulement il sera encore possible de vivre mais où il fera bon vivre. La décroissance ne propose pas de vivre «moins» mais «mieux», avec «moins de biens et plus de liens». La décroissance repose sur une autre conception de la société que toutes celles que proposent les autres partis politiques. Elle se fonde sur un autre rapport à l'espace et au temps mais qui n'est qu'une façon de renouer avec une longue histoire de combat contre dominations et aliénations. Nous sommes convaincus que l'émancipation sera l'œuvre des humains eux-mêmes et au premier chef des plus faibles. Nous croyons en la possibilité de poursuivre l'aventure pour une société plus humaine, loin de toute idéalisation du passé ou des traditions ou d'un ailleurs. Nous n'avons pas de modèle car nous croyons à la nécessité d'inventer ensemble une société viable et juste. Le journal soutiendra toute initiative de simplicité volontaire mais travaillera aussi à l'articulation de ces initiatives individuelles ou communautaires à la construction d'un projet politique capable de faire rêver. Le journal sera une tribune des débats qui divisent et diviseront toujours ce mouvement. Le journal n'accueillera pas, en revanche, les idéologies qui font de l'humanité elle-même la source des problèmes. Nous combattons tout système productiviste et société de consommation mais nous ne voyons pas dans l'humanité notre adversaire. Nous pensons qu'il est possible et nécessaire de réconcilier le «principe responsabilité» et le «principe espérance».

 

 

Par Bernard Grignon - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 10:36

Les 4 idées-forces de l'écologie politique

 

La décroissance soutenable

 

Une croissance économique infinie sur une planète aux ressources limitées est irréaliste. Ce concept irrationnel ne perdure que grâce à l'exclusion du paramètre écologique de la science économique. Aujourd'hui, 20 % de la population mondiale, les pays riches, dont la France , consomment 80 % des ressources planétaires. Le coût de ce niveau de « développement » est le pillage des ressources naturelles et l'asservissement économique de populations entières. Pour un partage de manière équitable et durable, entre tous, des ressources renouvelables d'une planète dont nous avons largement dépassé les limites, les populations « surconsommatrices » doivent réduire leur production et leur consommation. Toute surconsommation d'un individu ou d'un groupe, dans un univers terrestre aux ressources non-extensibles, ne peut se faire qu'au détriment des autres, présents et futurs. Ainsi, seule la décroissance permettra à chacun et à chacune de trouver une place sur la planète. Cette décroissance passe par la relocalisation de l'économie et le démantèlement des multinationales. Produire et consommer localement, en privilégiant les échanges humains, est une priorité locale et planétaire.

 

Se libérer de la société de consommation

 

Le propre de la « société de consommation » est de considérer cette consommation comme une fin en soi et non comme un moyen. La publicité et les grands médias, aux mains des multinationales, imposent un modèle idéologique orwellien dans lequel l'humain est réduit à sa seule dimension économique : consommateur. Cette idéologie est humainement destructrice, socialement déstructurant et criminogène, écologiquement suicidaire, politiquement antidémocratique et économiquement nocive. Rompre avec ce discours totalitaire est la condition pour tendre vers un monde plus "humain", fraternel, juste, démocratique et respectueux des limites naturelles. Nous devons réaffirmer le primat de nos dimensions poétique, culturelle, philosophique et politique sur le moyen économique.

 

Le progrès en question

 

La « technique » est la nouvelle religion de notre civilisation. Il est paradoxal que la science, fondée sur le doute, soit passée au rang de croyance, de nouvel obscurantisme, pour les sociétés « modernes ». Pourtant, toute évolution technique n'est pas un « progrès » pour l'humain. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » et le « nouveau » n'est pas une valeur en soi. Le nucléaire, l'automobile, les OGM . . . représentent autant de périls pour l'humanité que pour la biosphère. La crise écologique, comme les problèmes humains et sociaux ne trouveront des réponses que de manière très partielle dans les techniques économiques ou scientifiques, du type développement durable. Les vraies réponses sont politiques, culturelles, philosophiques. De plus, apporter des solutions inadaptées à une problématique ne fait qu'aggraver les problèmes.

 

 

Resituer le pouvoir

 

Ecolo se situe clairement dans une démarche d'inflexion, et non de prise du pouvoir. Il convient de distinguer le pouvoir formel du pouvoir réel : plus un homme ou une femme, politique monte dans la pyramide de la démocratie représentative, plus sa marge de man?uvre se réduit. Il devient « gestionnaire » de contraires : intérêts, lobbies, corporatismes . . . A contrario, une personne n'ayant aucune charge représentative dispose d'une marge de man?uvre maximale et peut opérer des ruptures radicales par ses choix de vie. Il ne s'agit en aucun cas de dévaloriser la fonction du politique, bien au contraire, mais de relativiser la notion de pouvoir et de faire partager la responsabilité de la conduite de la société à l'ensemble des individus qui la composent. Un changement non-violent, non-autoritaire n'est possible que grâce à un engagement actif des individus, permettant d'aller vers une démocratie plus participative.

 

Néanmoins, l'engagement en politique demeure fondamental, car toute évolution collective n'est désirable que si elle est librement consentie, c'est à dire au travers du système démocratique, seul garant de nos libertés individuelles.

 

 

Si les pays riches de la planète, c'est-à-dire l'Europe, le Japon et l'Amérique du Nord, ne rompent pas radicalement avec l'idéologie de la croissance illimitée, l'humanité tout entière encourra alors le plus grand des dangers et risque de disparaître. Ces pays représentent 20 % de la population mondiale et consomment 80 % des ressources naturelles de la planète.

 

 

Durant le XXe siècle, la population de la planète, la production et la consommation ont connu une explosion sans précédent. La planète arrive aujourd'hui au bout de ce qu'elle peut nous donner.

 

 

Les bouleversements climatiques le démontrent. La pression exercée sur la nature par la partie nantie de l'humanité met en péril les équilibres écologiques planétaires. Ces équilibres conditionnent notre survie sur la Terre.

 

Dans 50 ans, au rythme de consommation actuelle, la plupart des ressources fossiles auront disparu ; pétrole, gaz, uranium deviendront rares et inaccessibles. Néanmoins, il est prévu actuellement d'ici à 20 ans le doublement du parc automobile et de la consommation énergétique mondiale !

 

 

"Il n'est pas de croissance infinie possible sur une planète où les ressources sont limitées."

 

Or, le modèle culturel, social et économique de nos sociétés riches demeure assis sur la croyance irréaliste d'une croissance sans fin. Nous baignons dans l'idéologie de la consommation. Ainsi, la publicité, devenue un véritable système de propagande idéologique nous répète inlassablement que le sens de nos existences serait dans une consommation toujours plus effrénée. Notre intérêt est inverse.

 

Les pays riches doivent apprendre au plus vite à consommer mieux pour consommer moins.

 

S'il est fondamental, le système politique ne pourra que partiellement concourir à ce changement radical, sous peine de sombrer dans le totalitarisme. Si nous voulons conserver l'essentiel, c'est-à-dire notre liberté, la réponse devra d'abord être de notre responsabilité. C'est en changeant nos modes de vie individuellement que nous ferons évoluer le système globalement. Ce n'est en effet pas en corrigeant les "excès" de notre monde actuel, grâce à des mesures techniques, que nous y parviendrons, mais bien en inventant une nouvelle civilisation, riche de certaines de nos valeurs actuelles, mais radicalement différente, philosophiquement et culturellement.

 

Nos propositions :

 

- Le partage planétaire des ressources.

 

- La remise en cause de l'idéologie de consommation. Une idéologie basée sur une croyance irrationnelle en la capacité infinie de la nature à absorber notre expansion et au caractère illimité des ressources naturelles. Donc, Ecolo promeut :

 

ü      La réduction drastique de la consommation et le changement radical de mode de consommation des pays riches.

 

ü      Le refus de l'économie de croissance et la re-localisation de l'économie ; le démantèlement des multinationales ; la promotion de petites entités indépendantes (par exemple la distribution : fin des franchises, de la grande distribution, au profit de commerces de proximité indépendants) ; des services publics non-privatisés.

 

ü      Des services publics de base non-privatisable (accès à l'eau, à l'éducation et la culture, aux transports en commun).

 

ü      La réduction de la consommation énergétique des pays riches. L'arrêt de la consommation d'énergies fossiles, la sortie du nucléaire, la promotion des énergies renouvelables.

 

ü      Le refus de l'hyper mobilité. La sortie de l'automobile et de l'aviation. La promotion de la marche à pied, de la bicyclette, des transports en commun, de la marine à voile.

 

ü      La fin de l'agriculture et de l'élevage intensif au profit d'une agriculture paysanne délivrée de la chimie. La fin des aides à l'alimentation carnée.

 

ü      L'accès à l'éducation, à la culture et au logement, pour tous.

 

ü      Le respect de la biodiversité.

 

ü      Le respect du monde animal. Ecolo combat toute forme de cruauté envers les animaux (corridas, élevage intensif, expérimentations inutiles, prélèvement de fourrure et de quelconques organes, ?)

 

- Ecolo souhaite la fin de la résolution des conflits humains par la violence, et notamment la violence armée. Ecolo considère comme une honte pour son pays de devoir l'équilibre de sa balance commerciale à sa position de deuxième ou troisième pays exportateur d'engins de mort et milite pour la suppression de la fabrication des armes guerrières sur la planète.

Site à consulter ? http://www.ecolo.asso.fr/

 

Par Bernard Grignon - Publié dans : Décroissance - Croissance économique
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Lundi 10 avril 2006 1 10 /04 /2006 09:19

Lettre ouverte aux agriculteurs progressistes qui s'apprêtent à semer du maïs transgénique



Les semences conventionnelles de variétés hybrides de maïs coûtent environ 150 euros/ha. Les semences transgéniques coûtent sans doute plus cher à moins que, comme Innovateur chargé d'ouvrir la voie au Progrès, vous ne bénéficiiez de conditions spéciales qui, de toute façon, ne dureront pas. Bref, le coût des semences à l'hectare représente l'équivalent de 15 à 18 voire même dans certains cas, 20 quintaux de production. Vous semez environ 15 kilogramme à l'hectare. Un quintal de semences "hybrides" de maïs coûte plus de 1.000 euros, alors que le quintal de maïs grain tourne autour de 9 euros.

Un quintal de semences de maïs "hybride" vaut donc 100 fois plus cher qu'un quintal de maïs grain. Si vous pouviez semer le grain récolté, vous économiseriez environ 150 euros par hectare. Ce serait autant de bénéfice en plus pour vous. Sur une centaine d'hectares, cela représente 15.000 euros. Je ne crois pas qu"il y ait de désaccord sur ces chiffres.

Evidemment, ce n’est pas de gaîté de coeur que vous dépensez une somme aussi considérable - sans doute votre premier poste de dépenses. Vous renouvelez chaque année vos semences auprès de semenciers tels que Monsanto, DuPont (Pionner), Syngenta ou Bayer - tous fabricants d' "agrotoxiques" et de « coopératives » comme Limagrain, Euralis et autres. Ces «coopératives » pratiquent en France les mêmes prix exorbitants que leurs concurrents agrotoxiques. En Amérique du Nord, elles pratiquent  comme leurs concurrents - des prix trois fois moins cher, pour les mêmes « variétés » ! Sans doute pour mieux servir vos intérêts dans la concurrence internationale.

Bref, vous renouvelez vos semences chaque année parce que vous n'avez pas le choix. C'est, vous a expliqué le Généticien, à cause de la pingrerie de la Nature : il existe chez le maïs un phénomène, « l'hétérosis », toujours inexpliqué et peut-être même inexplicable, dont les mystères
inaccessibles au commun des mortels et donc à vous même, ne pouvent être scrutés que
par ce Docte. Améliorer le maïs, vous-a-t-on affirmé, exige de mettre en oeuvre ce phénomène mystérieux qui, hélas, vous interdit de semer le grain récolté.

Vous avez donc cru cette fable que pour améliorer un organisme vivant, il faut l’empêcher de se reproduire dans votre champ ! Je vous rassure : tout le monde le croit. J'y ai cru moi-même pendant longtemps. Pour croire, il suffit de renoncer à comprendre par soi-même. Des décennies de propagande scientifique ont imposé cette superstition. Pourtant, les paysans américains de la fin des années 1930 avaient fait preuve de lucidité en surnommant "maïs-mule" ces variétés hybrides révolutionnaires, qu'ils ne pouvaient ressemer à la différence des variétés cultivées jusque-là. Mais leurs enfants agriculteurs, passés par les écoles d'agriculture, férus de progrès, éclairés par les lumières de la Génétique, comme sans doute vous-même, ont rejeté comme obscurantiste le bon sens biologique de leurs parents paysans.

Pourtant ! Qui peut-être assez crédule, à part le Généticien et autres scientifiques, enfermés dans leur carcan disciplinaire et coupés de la vie pour croire cette énormité qu’améliorer un être vivant exigerait, en quelque sorte, de le stériliser ? Et Terminator ne révèle-t-il pas avec éclat que cette stérilité est l'objectif de tout sélectionneur/semencier ?
Pour créer une nouvelle source de profit, ne faut-il pas séparer ce que la Vie confond, la production réservée à l'agriculteur et la reproduction confiée au semencier agrotoxique ?

Je fais l'hypothèse qu'un agriculteur moderne comme vous cherche à maximiser ses propres bénéfices. Par contre, si ce sont ceux des marchands de semences, d'agrotoxiques ou des coopératives que vous voulez maximiser à vos dépens, ce qui suit ne vous concerne pas. Trois méthodes peuvent vous permettre de faire vos semences et d'améliorer vos marges.

Une remarque préalable : vous pouvez accepter une baisse de rendement d'au moins quinze quintaux/ha si vous faites vos propres semences. Ces quinze quintaux supplémentaires que vous devez produire pour payer les semences  "hybrides" vous coûtent en réalité plus cher en irrigation, en engrais, en agrotoxiques que ce qu'ils vous rapportent. Ils contribuent aussi au mauvais état de santé de vos sols. Mais peu d'agriculteurs se rendent compte du coût de ces quintaux supplémentaires qu'il est économiquement profitable de ne pas les produire/.

    La première consiste à faire des "hybrides" doubles? - ce que les semenciers faisaient il y a une vingtaine d'années. Vous prenez des  "hybrides" de même précocité et de firmes différentes. Vous semez dans un champ de "l'hybride" A, des rangées des "hybrides" B, C, D. Vous castrez les rangées B, C, D et vous les récoltez séparément. Elles fourniront la semence de l'année suivante. Vous pouvez ainsi déterminer la meilleure combinaison (AxB, AxC, AxD, etc.) pour votre exploitation.

    Une deuxième solution est de semer en mélange plusieurs "hybrides" de même précocité et de firmes différentes pour faire une variété dite synthétique. Ensuite, pour faire vos semences, vous sélectionnez chaque année dans la descendance de cette variété des épis moyens, sains, denses, sur des plantes indemnes de maladies et bien enracinées. Cette solution a l'avantage de ne pas demander de castration. La baisse de rendement sera sans doute supérieure à celle consistant à faire des "hybrides" doubles ! Mais encore une fois, même si vous perdez 15 quintaux/ha, vous êtes gagnant.

    La troisième est tout simplement de trouver des variétés de maïs traditionnelles que vous pourrez ressemer sans craindre de chute de rendement pour peu que vous fassiez un peu de sélection. Il semble qu'il en existe qui ont un rendement excellent mais je ne sais pas si ces variétés sont adaptées à votre région et votre exploitation. Plusieurs groupes de paysans travaillent déjà en France à sélectionner de telles  variétés.


Ces essais peuvent ou plutôt devraient être faits avec vos voisins de façon à partager vos expériences. Ce renforcement des liens de voisinage, de coopération, de partage entre agriculteurs est bien nécessaire au moment où la mondialisation menace d’ensevelir ce qui reste du monde rural et où les relations humaines dans les campagnes se dégradent. Savez-vous que Monsanto invite les agriculteurs d'Amérique du Nord à dénoncer, anonymement bien entendu, leurs voisins "pirates" - ceux qu'ils soupçonnent de cultiver des variétés transgéniques sans payer la redevance ?

Ne comptez évidemment pas sur les conseillers agricoles ni sur vos coopératives pour vous aider. Ils sont là pour vous vendre des semences et des agrotoxiques, pas pour vous permettre de préserver votre avenir.

Un dernier point : vous avez pu observer que j'ai mis "hybride" et "variété hybride" entre guillemets. Le terme "variété" ? dit bien ce qu'il veut dire : selon le dictionnaire, "le caractère de ce qui est varié ; contraire de l'uniformité ; diversité". Or ce que vous cultivez sous le nom de "variété hybride" de maïs est constitué de plantes qui sont toutes les mêmes du point de vue génétique. C’est donc précisément le contraire d'une variété (!) et le terme qu'il faudrait utiliser est celui de clone. Vous cultivez donc des clones.

Ces clones sont-ils "hybrides" ? L'adjectif "hybride" qualifie-t-il sans ambiguïté la plante de maïs que vous semez ? Non, cette plante est tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Le sélectionneur a simplement extrait des variétés cultivées par les paysans des plantes de maïs, dont il a fait des copies (des clones) lorsqu'il tombait /par hasard/ sur une plante supérieure à la moyenne des plantes de la variété. Elle n'est donc ni plus ni moins "hybride" que n'importe quelle plante de maïs d'une variété.

Le terme "variété hybride" est donc une double tromperie. Il faudrait parler de "clone captif" ou "propriétaire" puisque, comme vous le savez, ces derniers appartiennent au sélectionneur et ne peuvent se reproduire dans le champ du paysan. C'est l'intérêt des "semenciers" d'entretenir la confusion en parlant de "variétés hybrides". Avec la "vigueur hybride", l'hétérosis" et autres falbalas soi disant scientifiques, ils détournent votre attention de la réalité de ces clones captifs dont ils vous vendent les semences cent fois plus cher que ce qu’elles coûteraient si vous pouviez, comme vos parents, semer le grain récolté.

Et surtout, ne croyez pas une seule seconde que les "hybrides accroissent le rendement et donc vos bénéfices, comme on vous le répète. Non, les clones captifs accroissent les profits des semenciers à vos dépens. C'est le travail de sélection qui permet d’accroître le rendement. On pouvait améliorer le maïs en continuant à sélectionner des variétés, mais cela n'intéresse pas les semenciers puisque l'agriculteur aurait pu en ressemer le grain.

En réalité, que se passe-t-il si vous faites de la consanguinité chez les mammifères (des organismes à fécondation croisée, qui ont donc un papa et une maman différents) ? Vous savez qu'il se produit une dépression consanguine. Un éleveur qui ferait de la consanguinité dans son troupeau devrait rapidement le mettre à la casse. Eh bien le maïs est comme un mammifère. C'est une plante à fécondation croisée (une plante de maïs a, en général, un papa et une maman différents) et la consanguinité se traduit par une baisse de la vigueur de la plante. Ceci avait été observé et décrit par Darwin dès 1868.

Qu'a fait le sélectionneur au nom de cette théorie fumeuse de l'hétérosis inventée de toute pièce par le Généticien ? Les variétés paysannes cultivées par vos parents étaient constituées de plantes différentes. Ils pouvaient en ressemer le grain sans craindre la consanguinité. Ce que le sélectionneur doit à tout prix empêcher. Il a donc extrait au hasard des clones des variétés paysannes de maïs cultivées par vos parents. Comment ?

 Il fait d'abord /au hasard/ 6 générations d'autofécondation pour obtenir des « lignées pures ». Croisées deux à deux, ces lignées pures donnent des plantes de maïs /ordinaires/ dont la caractéristique n'est pas d'être « hybride », mais de pouvoir être copiées (clonées) à volonté puisqu'on en connaît les parents « lignées pures ». Le sélectionneur teste ces clones pour sélectionner le meilleur et remplacer ces variétés. Il vous en vend les semences. Vous semez ces clones dans vos champs. On vous serine les bobards du Généticien sur l'hétérosis. Vous les croyez. Et pour faire bonne mesure, on vous fait admirer l'uniformité de ces clones dans vos champs si « propres » grâce à l'atrazine et autres poisons. C'est beau, ces plantes uniformes, comme militarisées, poussant dans un désert ! Finie, la diversité de la Nature !

Et vous avez été aveuglé au point de ne pas voir la réalité sous vos yeux : au moment de la fécondation, les plantes du clone se fécondent bien les unes les autres, mais comme elles sont génétiquement identiques ou presque, c'est comme si vous faisiez une autofécondation. Vos clones merveilleux d'uniformité sont des machines à autoféconder le maïs, donc à le détruire. Vous ne pouvez plus semer le grain récolté.

En résumé, le Généticien, le semencier et ses techniciens détournent votre attention à coups de "vigueur hybride" et autres « hétérosis » pendant qu'ils mettent en oeuvre dans votre champ, à votre insu et sous vos yeux admiratifs, une autofécondation, c'est-à-dire la forme la plus violente de consanguinité (chez les mammifères, vous ne pouvez pas faire mieux (ou pire) que des croisements père-fille, mère-fils ou frère-soeur). Vous détruisez votre maïs dans votre champ. Et en prime, vous admirez la destruction dont vous êtes victime !

La sélection de variétés de maïs (le « maïs population ») permettrait pourtant d'aussi bons résultats agronomiques sans vous obliger à racheter votre semence chaque année. Quant à la sésamie ou à la pyrale, les bonnes pratiques agricoles (rotations, lutte biologique...) en viennent à bout sans aller chercher des semences de clones transgéniques encore plus chères.

Qu'au nom de ce même Progrès, les fabricants d'agrotoxiques, les « coopératives », l'Etat, la FNSEA, l'Inra vous poussent dans cette même voie ruineuse avec le maïs et les autres plantes transgéniques ne devrait pas vous étonner. Ces chimères génétiques - les soi disant OGM - ont cette remarquable caractéristique d'être brevetées, ce qui met légalement fin à la pratique fondatrice de l'agriculture, semer le grain récolté.

Il est vrai que les êtres vivants commettent un crime intolérable, celui de se reproduire et de se multiplier gratuitement dans le champ du paysan. Un crime que notre société punit par la mort. Ce que font Terminator, le brevet, les "hybrides", les Gurts et autres dispositifs de même type.

Plutôt que le héros du Progrès que vous croyez être, si vous en étiez le dindon ?

Avec mes salutations cordiales,



Jean-Pierre Berlan, Directeur de Recherche Inra

Par Jean-Pierre Berlan - Publié dans : Agriculture - Alimentation - Agrocarburants
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