Informations et réflexions sur notre SOCIETE

Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /2008 08:26



Attac proteste contre la condamnation qui frappe deux associations, Droit au logement (DAL) et les Enfants de Don Quichotte


Le tribunal de police de Paris a condamné le DAL à 12 000 euros d'amende pour avoir installé, du 3 octobre au 15 décembre 2007, un campement de mal logés rue de la Banque à Paris, et les Enfants de Don Quichotte ont été condamnés à la confiscation des quelque 200 tentes qu'ils avaient souhaité installer le 15 décembre 2007 près de Notre-Dame pour des sans-abri.
1 200 000 personnes sont en attente d'un logement social, le droit au logement est loin d'être effectif. La crise sociale, amplifiée par la crise financière, va multiplier les situations de relégation sociale et économique ; une part encore plus importante de la société se trouvera exclue de l'accès au logement.

Ajoutées à l'absence de volonté gouvernementale de prendre à bras-le-corps cette question, ces condamnations à caractère politique, parce qu'elle traitent des militants comme des délinquants, déshonorent l'État.

ATTAC assure le DAL, un de ses membres fondateurs, et les Enfants de Don Quichotte de sa solidarité face à ce déni de justice, d'autant plus scandaleux qu'on apprend, au même moment, la mort d'un SDF dans le bois de Vincennes.

Attac France,
Montreuil, le 25 novembre 2008
http://www.france.attac.org/spip.php?article9261



Par ATTAC - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 08:35




La semaine dernière s'est produit un fait très grave à l'école du Jardin de Ville, à Grenoble. A 15h45, un père de quatre enfants (un moins de trois ans, deux scolarisés en maternelle et un en CE1 à l'école du Jardin de Ville) est venu, accompagné de deux policiers en civil, chercher ses enfants, pour "un rendez-vous en préfecture", ont compris les enseignants. A 19h, on apprenait que la famille au complet était au centre de rétention de Lyon.

Ils y ont dormi. Ils étaient injoignables hier soir. On a réussi à les joindre tôt ce matin aux cabines téléphoniques du centre de rétention (qui, rappelons-le, est une prison). Ils étaient paniqués. On a prévenu le centre que la CIMADE, seule association ayant le droit d'entrer dans les centres de rétention, irait voir la famille ce matin. Arrivés au centre, les militants de la CIMADE les ont cherchés, sans succès : la famille était en route pour l'aéroport, leur avion décollant une demi-heure plus tard.

Nous n'avons rien pu faire, nous attendions que les militants des la Cimade comprennent la situation de la famille, afin de pouvoir les aider en connaissance de cause. Ils ont été expulsés ce matin. Leurs chaises d'école resteront vides.


C'est une première en Isère : la traque des étranger-e-s pénètre dans les écoles.


Les seuls enfants en situation irrégulière sont ceux qui ne sont pas à l'école.


Nous vous demandons de bien vouloir faire circuler cette information le plus largement possible. Personne ne doit pouvoir dire "on ne savait pas".


Henri Tramoy


hrtram@orange.fr

Par RESF - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /2008 11:41



Qui est constamment surveillé et menacé de toutes les sanctions de l'État dit de droit, sinon le peuple ! Aujourd'hui où l'obsession de suivre le citoyen à la trace se corse par toutes formes d'inventions mises au service des autorités qui fichent chacun de nous dans leur base de données, l'on oublie en fait que ce n'est pas pour notre sécurité dont l'État fait l'alibi de cette surveillance, mais celle des privilégiés constituant l'establishment ploutocratique que toutes ces mesures opèrent. Tout désormais est prétexte de filature systémique de l'individu : de la carte bancaire à la carte de crédit ; du cellulaire au GPS en passant par la caméra publique dans les rues, tous servis par des satellites, radars et antennes de plus en plus perfectionnés ! Jamais dans l'Histoire, l'« orthopédie sociale » (1) en temps de paix, n'a été aussi publiquement évidente, performante dans sa quête que j'appellerais « théocratique » d'omniprésence, cherchant à fignoler une ubiquité punitive-dissuasive, une perfection répressive-préventive ! Nous vivons le stade crucial d'un système qui, tout en se proclamant démocratique, fait l'impossible pour corseter l'individu tant dans l'ignorance par la désinformation que dans la « rectitude » asservissante par la surveillance. Système d'un establishment hanté par ses injustices et obnubilé par ses peurs. La paranoïa est de fait la maladie inévitable, iatrogène de cet asile de fous généré par des agresseurs économiques, des cerbères idéologiques craignant constamment la contreviolence de leurs agressés. Apeurés, ils font tout pour faire peur ! Le syndrome du maître et du geôlier, effrayé de savoir qu'à n'importe quel moment l'esclave ou l'écroué peut briser ses chaînes et le tuer pour s'affranchir, semble être la croix de nos riches banquiers et PDG. Car pour la ploutocratie de droit divin maîtresse du mode économique et social dans nos démocraties factices, l'autonomie de penser des citoyens se concertant, constituerait un antibiotique à l'infection nosocomiale qu'elle a planifiée et qui sévit en ses mégapoles-hôpitaux où elle s'efforce de faire « traiter » tous les citoyens contre le mal de liberté latente en l'être humain, parce que potentiellement mortelle pour l'ordre de la cité.


Erreur de croire que les politiciens élus au pouvoir dans le système ploutocratique, sont des hommes ou des femmes, des humains réels ! Ce ne sont, pour la plupart, que des mirages ou automates de la ploutocratie qui écrit pour eux la diégèse, fait la mise en scène du spectacle dont ils deviennent les vedettes, les saltimbanques cossus. Rien que de tristes mirages enrichis, hologrammes héroïsés artificiellement pour la masse des zombis qui les votent et croient en eux ! À l'époque des monarques anciens, les rois qui avaient du caractère imposaient, malgré leur tyrannie féroce, un ordre qui venait d'eux et de leur cour.


Aujourd'hui, le despotisme est masqué par les artifices de la "démocratie représentative", le vrai pouvoir étant entre les mains des quelques banquiers et PDG. Et ces quelques maîtres du système financier mondial font de la politique une mimesis, magistrale mascarade où ils prédéterminent les scènes pour les vedettes politiques en mal de se faire un nom. (...)


L'actuelle crise financière apprend à qui sait regarder et voir avec intelligence, que l'État appartient à quelques-uns (si restreints en nombre que ce n'est même pas une oligarchie) alors que toute la société d'une manière ou d'une autre, est asservie à cet infime groupuscule ploutocratique, ces maîtres du jeu macabre de la macroéconomie, deus ex machina, personnages toujours hors-champ, qui façonnent le faciès socioéconomique des peuples de la planète. On joue avec le système et se joue des masses et de leur émotion privée de recul. La liberté sociale des peuples ne peut advenir que par l'écartement de cette oligarchie tyrannique qui tire les ficelles de tous les gouvernements. Mais cela exige que les peuples soient humanisés et cessent d'être chose d'automation que l'on actionne par la cybernétique idéologique des grands médias, comme des machines actionnées par des boutons. Mourir sans coup férir, est vil. (...)


En cas d'oppression extrême, quand tout est épuisé et que le bourreau s'accroche comme une bête féroce sourde, sans état d'âme, et menace, il faut neutraliser l'agresseur mais pas se tuer en le laissant faire. Tel est le sens de la justice, telle doit être la foi de l'homme, cet être transcendant né pour la liberté, en son humanité. Hélas ! Dans la société contemporaine surpolicée, surcontrôlée et constamment surveillée, société de désinformation paroxystique façonnant l'attitude permissive et la collaboration du grand nombre inconscient de sa mise sous contrôle, l'État ploutocratique peut compter sur ses endoctrinés aliénés pour poursuivre son agressive félonie contre la démocratie en sacrifiant les intérêts des immenses majorités !


Jamais la manipulation aisée des majorités via les simulations de protecteur public par le Moloch étatique n'aura été autant synonyme d'aliénation, ou plutôt comme je préfère dire, d'entraliénation, vu le double sens de l'aliénation allant de l'aliénant à l'aliéné, tous deux tarés dans le pathologique ludique de leur rapport, où les victimes consentantes s'identifient si bêtement et orgueilleusement aux intérêts sordides de leur sinistre et patibulaire victimaire.



CAMILLE LOTY MALEBRANCHE, le 4 décembre 2008



1) Michel Foucault, in Surveiller et punir.

2) http://www.altermonde-sans-frontier...



Intégralité de l'article à lire sur : http://www.legrandsoir.info/


 





 Une citation tirée de "l'Utopie", de Thomas More (1516) :



"L'indigence et la misère (1) dégradent les courages, abrutissent les âmes, les façonnent à la souffrance et à l'esclavage (2), et les compriment au point de leur ôter l'énergie nécessaire pour secouer le joug."


 

1 - Je vous propose d'y rajouter l'injustice (dont l'indigence et la misère représentent une des conséquences)


2 - Je vous propose également d'y rajouter la violence et donc le "terrorisme" (une des conséquences évidentes de la misère et de l'injustice)


Par Camille Loty Malebranche - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mardi 9 décembre 2008 2 09 /12 /2008 08:21
 



Anne-Marie Garat est écrivain. Elle écrit ceci :



« En 1933, depuis près de trois ans, le Reichstag avalise sans broncher ; les décisions se prennent sans débats ni votes. Von Hindenburg gouverne un coude sur l'épaule des SPD, tétanisés, un coude sur celle des nazis, bons bougres. Hitler n'a plus qu'à sauter sur l'estrade, grand clown des atrocités, impayable dans son frac tout neuf.

Qui prétend encore que c'est arrivé du frais matin ?


Le sommeil a bon dos, où naissent les songes, et les cauchemars. Mais on ne se réveille pas dans le pire, stupeur, au saut du lit : le pire s'est installé, insidieux, dans le paysage, banalisé par l'apathie ou l'incrédulité des uns, la bénédiction des autres.


Des gendarmes brutaux, grossiers, débarquent impunément avec leurs chiens dans les classes d'un collège du Gers, pour une fouille musclée ; le proviseur entérine, bonasse. Et le ministre de l'Education, qu'en dit-il ? Que dit-il de l'enlèvement d'enfants dans une école de Grenoble, d'eux et de leur famille expulsés en vingt-quatre heures, après combien d'autres ? Qui tient la comptabilité de ces exactions ordinaires ?


Un journaliste est interpellé chez lui, insulté, menotté, fouillé au corps, pour une suspicion de diffamation, qui reste encore à démontrer en justice. Qu'en dit la Garde des Sceaux ? Elle approuve (mutine bague Cartier au doigt, n'en déplaise au Figaro).


Nos enfants, nos journalistes, ce sont encore catégories sensibles à l'opinion.

Celle-ci s'émeut-elle ? Mollement. Elle somnole.


Mais les réfugiés de Sangatte, chassés comme bêtes, affamés dans les bois ; les miséreux du bois de Vincennes menacés de « ratissage », les gueux de nos trottoirs au vent d'hiver ? Les sans-papiers raflés, entassés dans des lieux de non-droit, décharges d'une société qui détourne le regard ignoble de son indifférence ? Et la masse des anonymes, traités mêmement comme rebut par une administration servile ? Au secours, Hugo !


Il y a de jeunes marginaux qualifiés par la ministre de l'Intérieur d'« ultra gauche » - spectre opportun des bonnes vieilles terreurs -, jusqu'ici, pure pétition communicationnelle. Sa police veille, arme à la hanche, elle arpente, virile, les couloirs du métro, des gares. Sommes-nous en Etat de siège ? A quand l'armée en ville ?


Il y a le malade mental incriminé à vie par anticipation ; l'étranger criminalisé de l'être ; le jeune de banlieue stigmatisé pour dissidence du salut au drapeau : danger public ; le prisonnier encagé dans des taudis surpeuplés - à 12 ans, bientôt ; le sans-travail accusé d'être un profiteur, le pauvre d'être pauvre et de coûter cher aux riches ; le militant associatif qui le défend condamné, lourdement, pour entrave à la voie publique. Il y a le fonctionnaire taxé de fainéantise (vieille antienne) ; l'élu réduit au godillot ; le juge sous menace de rétorsion ; le parlementariste assimilé au petit pois ; la télé publique bradée aux bons amis du Président, qui fixent le tarif ; son PDG berlusconisé et des pubs d'Etat pour nous informer - à quand un ministre de la Propagande ? On en a bien un de l'Identité nationale. Et le bon ami de Corse, l'escroc notoire, amuseurs sinistres, protégés par décret du prince.


Criminalisation systématique de qui s'insurge, dénis de justice, inhumanité érigés en principe de gouvernement. Presse paillasson, muselée par ses patrons, industriels des armes. Intimidations, contrôles au faciès, humiliations, brutalités, violences et leurs dérapages - quelques précipités du balcon, quelques morts de tabassage accidentel -, sitôt providentiellement dilués dans le brouhaha des crises bancaires, de l'affairisme et du sensationnel saignant, bienvenue au JT : touristes égarés, intempéries, embouteillages du soir. Carla et Tapie en vedettes.

Ces faits sont-ils vraiment divers, ou bien signent-ils un état de fait ? En réalité, un état de droite.

Extrême. Dire que Le Pen nous faisait peur.


Cela rampe, s'insinue et s'impose, cela s'installe : ma foi, jour après jour, cela devient tout naturel.

Normal : c'est, d'ores et déjà, le lot quotidien d'une France défigurée, demain matin effarée de sa nudité, livrée aux menées d'une dictature qui ne dit pas son nom. Ah ! le gros mot ! N'exagérons pas, s'offusquent les mal réveillés. Tout va bien : M. Hortefeux est, paraît-il, bon bougre dans sa vie privée.


"Tout est possible", avait pourtant promis le candidat. Entendons-le bien. Entendons ce qu'il y a de totalitaire dans cette promesse cynique qui, d'avance, annonce le pire.


Sous son agitation pathologique, un instant comique - au secours, Chaplin ! -, sous ses discours de tréteaux, ses déclarations à tous vents, contradictoires, paradoxales, sous son improvisation politique (oripeau du pragmatisme), sous sa face de tic et toc s'avance le mufle des suicideurs de république, des assassins de la morale publique. La tête grossit, elle fixe et sidère.


Continuerons-nous à dormir ? Ou à piquer la marionnette de banderilles de Noël ? »


Anne-Marie Garat

 

 

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Une fois de plus, je vous invite à relire le poème de Martin Niemöller et la proposition d'actualisation que j'y ai ajoutée (dans la rubrique "poèmes" de ce blog) et à diffuser ces réflexions pour dénoncer le plus largement possible cette dérive dont on ne sait que trop bien jusqu'où elle peut nous mener, du moins pour ceux qui ont un peu de mémoire !

 

Par Anne-Marie Garat - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /2008 09:47




Le professeur Testart dénonce une «mystification»


«C'est scandaleux. Le Téléthon rapporte chaque année autant que le budget de fonctionnement de l'Inserm tout entier. Les gens croient qu'ils donnent de l'argent pour soigner. Or la thérapie génique n'est pas efficace. Si les gens savaient que leur argent va d'abord servir à financer des publications scientifiques, voire la prise de brevets par quelques entreprises, puis à éliminer des embryons présentant certains gènes déficients, ils changeraient d'avis. Le professeur Marc Peschanski, l'un des artisans de cette thérapie génique, a déclaré qu'on fait fausse route. On progresse dans le diagnostic, mais pas pour guérir. De plus, si on progresse techniquement, on ne comprend pas mieux la complexité du vivant. Faute de pouvoir guérir les vraies maladies, on va chercher à les découvrir en amont, avant qu'elles ne se manifestent. Cela permettra une mainmise absolue sur l'homme, sur une certaine définition de l'homme» : Jacques Testart, directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), spécialiste en biologie de la reproduction, «père scientifique» du premier bébé éprouvette français, et auteur de plusieurs essais témoignant de son engagement pour «une science contenue dans les limites de la dignité humaine», dans une interview accordée à Médecines-Douces.com.

 



Testart écrit aussi sur son blog : «Les OGM sont disséminés sans nécessité puisqu'ils n'ont pas démontré leur potentiel et présentent des risques réels pour l'environnement, la santé et l'économie. Ils ne sont donc que des avatars de l'agriculture intensive qui permettent aux industriels de faire fructifier les brevets sur le vivant. Au contraire, les essais thérapeutiques sur les humains sont justifiés quand ils sont la seule chance, même minime, de sauver une vie. Mais il est contraire à l'éthique scientifique (et médicale) de Faire miroiter des succès imminents des uns ou des autres. Malgré la persistance des échecs, les tenants de la thérapie génique (qui sont souvent les mêmes que ceux des OGM) affirment que "ça va finir par marcher", et ont su créer une telle attente sociale que la "mystique du gène" s'impose partout, jusque dans l'imaginaire de chacun. Le succès constant du Téléthon démontre cet effet puisqu'à coups de promesses toujours réitérées, et grâce à la complicité de personnalités médiatiques et scientifiques, cette opération recueille des dons dont le montant avoisine celui du budget de fonctionnement de toute la recherche médicale en France. Cette manne affecte dramatiquement la recherche en biologie puisque le lobby de l'ADN dispose alors du quasi monopole des moyens financiers (crédits publics, industriels, et caritatifs) et intellectuels (focalisation des revues, congrès, contrats, accaparement des étudiants.). Alors, la plupart des autres recherches se retrouvent gravement paupérisées - une conséquence qui paraît échapper aux généreux donateurs de cette énorme opération caritative.»

 

 


Dernière citation pour la route, extraite de l'ouvrage de Testart, Le vélo, le mur et le citoyen :


«Technoscience et mystification : le Téléthon. Depuis bientôt deux décennies, deux jours de programme d'une télévision publique sont exclusivement réservés chaque année à une opération remarquablement orchestrée, à laquelle contribuent tous les autres médias : le Téléthon. Ainsi, des pathologies, certes dramatiques mais qui concernent fort heureusement assez peu de personnes (deux ou trois fois moins que la seule trisomie 21 par exemple), mobilisent davantage la population et recueillent infiniment plus d'argent que des maladies tout aussi terribles et cent ou mille fois plus fréquentes. On pourrait ne voir là que le succès mérité d'un lobbying efficace, et conseiller à toutes les victimes de toutes les maladies de s'organiser pour faire aussi bien.

Ce serait omettre, par exemple, que :


- Le potentiel caritatif n'est pas illimité. Ce que l'on donne aujourd'hui contre les myopathies, on ne le donnera pas demain contre le paludisme (2 millions de morts chaque année, presque tous en Afrique) ;


- Presque la moitié des sommes recueillies (qui sont équivalentes au budget de fonctionnement annuel de toute la recherche médicale française) alimentent d'innombrables laboratoires dont elles influencent fortement les orientations. Ainsi, contribuer à la suprématie financière de l'Association française contre les myopathies (l'AFM, qui recueille et redistribue à sa guise les fonds collectés), c'est aussi et surtout empêcher les chercheurs (statutaires pour la plupart, et donc payés par l'État, mais aussi thésards et, surtout, post-doctorants vivant sur des financements de l'AFM, forcément fléchés) de contribuer à lutter contre d'autres pathologies, ou d'ouvrir de nouvelles pistes ;


- Il ne suffit pas de disposer des moyens financiers pour guérir toutes les pathologies. Laisser croire à cette toute puissance de la médecine, comme le fait le Téléthon, c'est tromper les malades et leurs familles ;


- Après vingt ans de promesses, la thérapie génique, ne semble plus être une stratégie compétente pour guérir la plupart des maladies génétiques ;


- Lorsque des sommes aussi importantes sont recueillies, et induisent de telles conséquences, leur usage mériterait d'être décidé par un conseil scientifique et social qui ne soit pas inféodé à l'organisme qui les collecte.


Mais comment aussi ne pas s'interroger sur le contenu magique d'une opération où des gens, allumés par la foi scientifique, courent jusqu'à l'épuisement ou font nager leur chien dans la piscine municipale. pour "vaincre la myopathie" ? Au bout de la technoscience, pointent les oracles et les sacrifices de temps qu'on croyait révolus.»



Par Jacques Testart - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /2008 11:23




mercredi 17 décembre 2008


L'intersyndicale et la société des journalistes (SDJ) de l'Agence France presse ont publié mercredi des communiqués pour protester après que deux de ses journalistes ont été empêchés de travailler, mardi, par des CRS et des policiers. Les deux photographes suivaient une manifestation lycéenne de faible ampleur dans le centre de Lyon. "Dès le début, raconte Jean-Philippe Ksiazek, des gradés nous ont dit qu'on ne pouvait pas faire de photo cette fois, que c'était interdit. J'ai montré une carte de presse et une policière a pris toute mon identité, très longuement, puis elle m'a dit de me tenir à l'écart car c'était interdit de photographier, pour des questions de droit à l'image des policiers"...


Puis la cinquantaine de lycéens qui se trouvait sur la place a été chargée par les CRS. "J'ai alors fait mon métier", poursuit le photographe. Un policier lui aurait fait une clef de bras et il aurait été conduit à une voiture, tandis que son collègue, Frédéric Dufour, autre photographe de l'AFP, était bloqué contre un mur, une matraque sous le cou. "Ils m'ont demandé mon appareil, continue Jean-Philippe Ksiazek. J'ai bien-sur refusé. Ils me l'ont arraché et ont effacé les photos et la disquette".


Pour l'intersyndicale (CFDT, CGC, FO, SAJ-Unsa, SNJ, CGT et Sud) de l'AFP, il s'agit d'un "acte de censure intolérable dans une démocratie" et d'une "atteinte grave à notre mission et au droit à l'information pour tous les citoyens". (...) Le comportement des policiers, juge-t-elle, "n'est que le reflet d'une volonté, au plus haut niveau, d'étouffer les mouvements sociaux et leur retransmission dans les médias". L'intersyndicale appelle la direction de l'AFP à "déposer une plainte contre ces agissements qui portent atteinte à la liberté de travailler".


Dans un communiqué séparé, la SDJ "s'inquiète de ces énièmes entraves à la liberté de la presse, à un moment où s'accumulent les pressions de responsables politiques de tous bords envers les journalistes".


Olivier BERTRAND (Article sur http://bellaciao.org/fr/)



Vous pouvez signer la pétition sur : http://www.sos-afp.org/?petition=4

 

 



Complément de la Coordination Lycéenne Lyonnaise :


Ok, des journalistes ont été entravés dans leur travail et c'est scandaleux. Mais ce que l'article ne dit pas c'est ce qu'on a voulu les empêcher de montrer. En effet, pendant que les photographes étaient tenus à l'écart, les lycéens étaient quant à eux frappés à coups de boucliers et de matraques, traînés au sol, et trois d'entre eux (un garçon et deux jeunes filles )ont été violemment interpellés sans que l'on sache pour quel motif. Le matin, un lycéen a été arrêté sur le blocage du lycée St-Just et trois au lycée Descartes.

Cette débauche de violence dirigée contre les lycéens mais aussi contre les journalistes témoigne bien de la volonté du gouvernement : X. Darcos a "repoussé" sa "réforme" du lycée (pour faire de la "pédagogie", de l"information" auprès des lycéens, des enseignants et des parents d'élèves qui ont tout compris de travers), si cela ne suffit pas pour faire taire les lycéens, on les fera taire à coups de matraques et de poursuites judiciaires "pour l'exemple".

C'est oublier que les lycéens ne se battent pas ou un "report" mais bien pour un retrait total de cette "réforme", ainsi que contre les suppressions de postes dans l'éducation nationale.


Le communiqué de la Coordination Lycéenne Lyonnaise est disponible ici :

http://www.rebellyon.info/article5818.html


Par Olivier BERTRAND et Coorfination lycéenne lyonnaise - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /2008 17:26




Frappés par la crise alimentaire mondiale, plusieurs pays sont partis à l'assaut de terrains étrangers. D'énormes opérations d'acquisition sont en cours, notamment dans des régions frappées par la faim.


 

Sauf secret bien gardé, c'est à ce jour la plus importante transaction du genre : la Corée du Sud vient de révéler qu'elle va louer 1,3 million d'hectares de terre à ­l'État malgache, dans le but d'y produire des denrées agricoles qui seront rapatriées sur son marché domestique. Les parcelles seront cultivées dès 2009 en palmiers à huile et surtout en maïs. Ce dernier pourrait pourvoir à terme la moitié des besoins de la Corée du Sud, quatrième importateur mondial de cette céréale. La superficie qui sera mise en culture, vaste comme trois départements français, représente plus de la moitié des terres actuellement cultivées de l'île. Le conglomérat Daewoo, qui agit pour le compte du gouvernement coréen, s'empresse d'informer qu'il s'agit de terres non cultivées à ce jour, dont il financerait la mise en valeur à hauteur de 6 milliards de dollars d'investissement en infrastructures - mise en culture, routes, port, etc. Les techniciens et l'encadrement viendront de Corée et d'Afrique du Sud, avec les méthodes et la technologie de l'agriculture industrielle dans leurs bagages. Comptant sur la création de 70.000 emplois locaux, principalement d'ouvriers agricoles, l'État malgache se contenterait de ces contreparties, renonçant même à percevoir un loyer en bonne et due forme pour la terre, selon le Financial Times, qui révèle l'accord [1]. Le bail serait signé pour 99 ans.


Depuis longtemps, les industriels du secteur agroalimentaire vont débusquer des affaires sous toutes les latitudes. Qu'il s'agisse de prendre le contrôle d'exploitations agri­coles ou, plus récemment, de profiter de l'essor du marché très prometteur des agrocarburants, les investisseurs (occidentaux, surtout) ont pris pied dans les filières de production de céréales, de légumineuses, de plantes énergétiques, etc., se portant acquéreurs de terres, si nécessaire. Mais, avec la crise des stocks alimentaires déclenchée l'an dernier, amplifiée par la spéculation financière, c'est à une vague d'investissements d'un genre tout à fait nouveau que l'on assiste. Confrontés à une hausse vertigineuse des prix internationaux, ainsi qu'au blocage d'exportations de la part de pays producteurs redoutant la pénurie pour leur propre population (en riz notamment), certains pays ont entrepris de changer radicalement de stratégie afin de réduire l'insécurité sur leurs approvisionnements : plutôt que d'importer des aliments sur un marché mondial devenu aussi peu fiable, les produire pour le compte de l'État là où c'est possible.


Depuis environ un an, on assiste ainsi, dans des dizaines de pays du monde, à une accélération frénétique de la quête de ­bonnes terres arables à louer ou à acheter. Aux premiers rangs des démarcheurs : des pays d'Asie et du Moyen-Orient, en déficit de production alimentaire ou de place pour cultiver, mais aux caisses remplies. Selon l'ONG internationale Grain, la Corée du Sud posséderait déjà 2,3 millions d'hectares (ha) hors de son territoire (acquisitions ou baux à long terme) [2]. La Chine contrôle 2 millions d'hectares agricoles, et le Japon 300.000 ha. Certains pays du Golfe sous climat désertique, particulièrement dépendants des importations alimentaires, ont réagi brutalement à la nouvelle donne. Tournant le dos aux marchés, ils ont décidé d'établir des filières de production entièrement sous leur contrôle. L'Arabie Saoudite détient ainsi au moins 1,6 million d'hectares, suivie par les Émirats arabes unis (1,3 million ha). (...)


 

Cette nouvelle frontière agraire, qui progresse à grande vitesse, sème des bombes à retardement. (...)



Notes :

  1. 19 novembre 2008.
  2. Grain vient de publier un rapport sur la mainmise des terres agricoles dans le monde. Voir le site www.grain.org.
  3. Le Monde, 24 septembre 2008.

Patrick Piro

 


Politis (France), le 04-12-2008 (Intégralité de l'article sur http://www.infosdelaplanete.org/)

 

 

 

 

 

 

A propos, qui a dit que l'on allait maintenant "moraliser le capitalisme" ?


(comme si le capitalisme avait quoi que ce soit à faire d'une quelconque morale !)

Par Patrick Piro - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /2009 16:51


Une fois encore, Israël a ouvert les portes de l'enfer pour les Palestiniens. Quarante morts civils réfugiés dans une école des Nations Unies, et trois encore dans une autre école. Pas mal pour une nuit de travail dans la bande de Gaza pour l'armée qui croit en la « pureté des armes ». Mais pourquoi devrions-nous être surpris ?


Avons-nous oublié les 17500 morts - presque tous des civils, la plupart des enfants et des femmes - de l'invasion du Liban par Israël en 1982 ; les 1700 civils palestiniens morts dans le massacre de Sabra et Chatila ; le massacre à Qana en 1996 dans une base des Nations unies de 106 civils réfugiés libanais , dont plus de la moitié étaient des enfants ; le massacre des réfugiés de Marwahin en 2006, à qui Israël avait ordonné de fuir, et qui ont été tués par un hélicoptère israélien ; les 1000 morts de 2006 durant les bombardements et l'invasion du Liban, dont la quasi-totalité étaient des civils ?


Ce qui est étonnant, c'est que de nombreux dirigeants occidentaux, de nombreux présidents et premiers ministres et, je le crains, de nombreux rédacteurs en chefs et journalistes, ont cru à ce vieux mensonge qui dit que les Israéliens prennent grand soin d'éviter les pertes civiles. « Israël fait tous les efforts possibles pour éviter les pertes civiles », avait déclaré un ambassadeur d'Israël quelques heures seulement avant le massacre de Gaza. Et chaque président et Premier ministre qui a utilisé ce mensonge comme prétexte pour éviter un cessez-le-feu a désormais sur les mains le sang du massacre de la nuit dernière. Si George Bush avait eu le courage de demander un cessez-le-feu immédiat 48 heures plus tôt, ces 40 civils, personnes âgées, femmes et enfants, seraient en vie.


Ce qui s'est passé n'est pas seulement honteux. C'est une infamie. Est-il excessif de le qualifier de crime de guerre ? C'est pourtant ainsi ce que nous nommerions cette atrocité si elle avait été commise par le Hamas. C'est bien un crime de guerre, j'en ai peur. Après avoir rendu compte en tant que journaliste de tant de massacres perpétrés par les armées du Moyen-Orient - par les troupes syriennes, par les troupes irakiennes, par les troupes iraniennes, par des soldats israéliens - je suppose que ma réaction devrait être le cynisme. Mais Israël affirme qu'il mène notre guerre contre le « terrorisme international ». Les Israéliens prétendent qu'ils se battent dans la bande de Gaza pour nous, pour nos idéaux occidentaux, pour notre sécurité, pour nos valeurs. Et nous sommes également complices de cette barbarie qui s'est abattue sur Gaza.


J'ai déjà écrit que les excuses données par l'armée israélienne avaient déjà servi par le passé pour ces atrocités. Puisqu'elles pourraient bien resurgir dans les prochaines heures, en voici quelques-unes : ce sont les Palestiniens qui ont tué leur propre réfugiés ; les Palestiniens ont exhumé des corps de cimetières et les ont disposés dans les ruines ; en fin de compte ce sont les Palestiniens qui sont à blâmer car ils ont soutenu une faction armée ; les combattants Palestiniens utilisent délibérément des réfugiés innocents comme couverture.

Le massacre de Sabra et Chatila a été commis par les alliés d'Israël, l'extrême-droite phalangiste libanaise, sous les yeux des troupes israéliennes qui n'ont pas réagi pendant 48 heures, comme la commission d'enquête israélienne l'a révélé. Quand Israël en a été blâmé, le gouvernement de Menachem Begin a accusé le monde entier de diffamation. Quand l'artillerie israélienne a tiré des obus sur la base des Nations Unies à Qana en 1996, les Israéliens ont affirmé que des hommes en armes du Hezbollah avaient également trouvé refuge dans la base. C'était un mensonge. La responsabilité des 1000 victimes de la guerre de 2006 - qui a débuté lorsque le Hezbollah a capturé deux soldats israéliens à la frontière - a tout simplement été rejetée sur le Hezbollah. Israël a prétendu que les corps des enfants tués dans le deuxième massacre de Qana pouvaient avoir été exhumés d'un cimetière. Encore un mensonge. Le massacre de Marwahin n'a jamais fait l'objet d'excuse. Les gens du village ont reçu l'ordre de fuir, ont obéi aux ordres israéliens et ont ensuite été attaqués par un hélicoptère de combat Israélien. Les réfugiés ont pris leurs enfants et les ont installés autour du camion dans lequel ils voyageaient, pour que les pilotes israéliens puissent voir que c'étaient des civils innocents. Mais l'hélicoptère, volant très près, les a abattu. Seuls deux ont survécu, en simulant la mort. Israël ne s'est même pas excusé.

Douze ans plus tôt, un autre hélicoptère israélien a attaqué une ambulance transportant des civils d'un village voisin - de nouveau, après avoir reçu l'ordre par Israël de quitter les lieux - et a tué trois enfants et deux femmes. Les Israéliens ont affirmé qu'un combattant du Hezbollah se trouvait dans l'ambulance. C'est faux. J'ai couvert l'ensemble de ces atrocités, j'ai enquêté sur chacune d'entre elles et parlé aux survivants. De même qu'un certain nombre de mes collègues. Avec pour résultat, bien sûr, de se voir accusé du pire des crimes : l'antisémitisme.


Et j'écris ce qui suit sans éprouver le moindre doute : nous allons entendre une fois encore tous ces mensonges scandaleux. Nous blâmerons le Hamas - Dieu sait pourtant qu'il y a suffisamment de reproches à lui faire sans y ajouter ce crime. Nous entendrons peut-être aussi le mensonge des cadavres venant d'un cimetière. Nous aurons pratiquement à coup sûr le mensonge du Hamas qui était dans l'école de l'ONU. Et nous aurons très certainement le mensonge de l'accusation d'antisémitisme. Et les phrases creuses de nos dirigeants qui rappelleront au monde que c'est le Hamas qui à l'origine a rompu le cessez-le-feu. Ce n'est pas vrai. C'est Israël qui l'a rompu en premier le 4 novembre, lorsque ses bombardements ont tué six Palestiniens dans la bande de Gaza, puis de nouveau le 17 novembre quand un autre bombardement a tué quatre autres Palestiniens.

Oui, les Israéliens ont droit à la sécurité. Les vingt Israéliens qui sont morts en 10 ans à proximité de la bande de Gaza forment en effet une triste statistique. Mais 600 Palestiniens sont morts en un peu plus d'une semaine, des milliers au fil des ans depuis 1948 - lorsque le massacre israélien de Deir Yassin a contribué à mettre en branle l'exode des Palestiniens de cette partie de la Palestine qui est devenue Israël. Tout cela est d'une toute autre ampleur. Cela ne ressemble pas à un affrontement sanglant comme le Moyen Orient en est coutumier, mais à une atrocité de l'ampleur de celles des guerres des Balkans dans les années 1990.


Mais bien évidemment, lorsqu'un Arabe, en proie à une fureur totale, ressentira contre l'Occident une colère aveugle et incendiaire, nous dirons que cela n'a rien à voir avec nous. Pourquoi donc nous haïssent-ils, allons-nous nous demander ? Ne prétendons pas que nous ne connaissons pas la réponse.


Robert Fisk, The Independent, 7 janvier 2009

 



A lire également sur http://contreinfo.info : « un véritable crime contre l’humanité » à Gaza, de Stéphane Hessel :





A lire absolument : "La haine de l'occident", de Jean Ziegler (Albin Michel)

Par Robert Fisk - Bernard Grignon - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /2009 08:13


Par Sophie Foch Rémusat, professeur de philosophie en lettres supérieures



Philosophe et militante du RESF, j'étais présente dans l'avion à destination de Kinshasa avec trois autres philosophes, le 16 décembre, au cours duquel la reconduction de trois sans-papiers nous a amenés à intervenir, à poser des questions. L'un d'entre nous a été débarqué de force. Deux autres ont été interpellés à notre retour en France et placés en garde à vue pendant onze heures (lire le «rebond» de Sophie Foch-Rémusat, Yves Cusset et Pierre Lauret dans Libération du 24 décembre, ndlr).

Protestations de passagers, réticences de certains membres du personnel navigant, refus d'embarquement de certains commandants de bord, débarquements forcés de passagers qui sont ensuite poursuivis, voire débarquements de tout l'avion : de plus en plus fréquents, de tels faits prouvent que la politique d'expulsion d'étrangers, en plus d'être injuste, se révèle impraticable. Est-ce la vocation de la police de courir après des grands-pères, des pères et des mères des famille, d'emprisonner des petits enfants en centre de rétention administrative, puis, le cas échéant, de poursuivre des citoyennes et des citoyens innocents dont le seul tort est de s'émouvoir de ce qui leur paraît une injustice flagrante ?


Mais surtout, de quel délit accuse-t-on les sans-papiers ? Ce qu'on leur reproche, n'est-ce pas essentiellement d'avoir une autre idée de ce qu'est l'humanité, plus haute, fidèle aux principes où notre civilisation prend sa source - la Bible en effet, enseigne que Dieu a donné la Terre en indivision à tous les hommes ? Etre humain, nous dit Kant, ce n'est pas être libre, car il pourrait exister des êtres de raison sur d'autres planètes ; ce n'est pas non plus avoir une histoire, car le sujet de l'histoire, c'est l'espèce humaine. Etre humain, c'est, en réalité, avoir la terre en partage.


Forts de cette belle idée, qui fut aussi la nôtre, des hommes et des femmes franchissent des frontières, se croient libres d'arpenter le terre et de s'établir où bon leur semble, au gré de leurs désirs ou en fonction de dures nécessités. Nous ne pouvons pas tenir cela pour un délit ou pour un crime. Il nous faut donc nous demander : qu'est-ce que cela signifie avoir la terre en partage, aujourd'hui, dans les conditions économiques, environnementales et politiques du monde tel qu'il est ? Quelles formes nouvelles doit et peut prendre ce partage ?


Nous vivons en Europe dans un régime de souveraineté partagée. Parfois cela nous trouble et nous inquiète. Est-ce une raison pour compenser ce que nous pensons être un abandon de souveraineté par une exacerbation du sentiment de propriété ? En chassant et expulsant des étrangers, en les traitant comme des voleurs entrés par effraction dans l'espace commun, ne fait-on pas illusoirement de chaque citoyen un petit propriétaire ? N'est-ce pas jouer sur les mots que de laisser croire qu'un peuple possède un sol de la même manière qu'un particulier une terre, un domaine ou une habitation ? Notre pays, le possédons-nous, nous citoyens, à la façon d'une propriété privée ? Avons-nous le droit d'en défendre l'entrée ?


Il n'existe pas de pensée de la propriété qui ne soit une pensée des limites de la propriété. Dans mon quartier, mon immeuble, tout n'est pas privé. Les rues sont à tout le monde, libres de toute appropriation et d'ailleurs, ceux qui font mine qu'elles leur appartiennent, on dit que ce sont des voyous. Un pays où il n'y aurait aucun espace libre où s'installer et laisser s'installer serait inhabitable. Gouverner, c'est aussi veiller à ce qu'il reste des séparations, des vides et des intervalles entre les personnes et les biens, de telle sorte que puissent s'y nouer des relations et s'y produire des changements.


Enfin, dans quelle mesure cette politique de chasse aux sans-papiers et d'expulsions brutales ne sert-elle pas d'alibi et de couverture à une exploitation cynique, dans la restauration par exemple, le bâtiment, l'interim - une exploitation aux limites de l'esclavage, du malheur de femmes et d'hommes transformés en main d'œuvre d'autant plus corvéable qu'elle est terrorisée ? Plus on expulse, plus on aggrave la condition sociale des travailleurs sans-papiers de ce pays. Double langage d'un gouvernement qui se récrie bien fort qu'en expulsant les sans-papiers, il combat l'esclavage, tout en créant objectivement les conditions de sa prolifération.


  Les travailleurs sans-papiers de ce pays sont, pour la plupart d'entre eux, un segment de la classe ouvrière. Leur exploitation est en quelque sorte le symétrique des délocalisations : une manière de se procurer de la main d'œuvre à prix cassés pour lutter contre la concurrence dans un monde globalisé. La chasse aux sans-papiers ne serait-elle pas une manière de masquer l'alliance objective de l'Etat et du patronat ?


Nous avons la chance de vivre dans une démocratie. Il y aura bientôt des élections européennes. C'est de notre responsabilité à tous d'accepter ou de refuser les politiques ou l'absence de politique qu'on mène en notre nom.


Sophie Foch Rémusat, le 29/12/2008

Par Sophie Foch Rémusat - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 09:57

 


Dans un article du New Statesman, John Pilger, fort de son expérience après les 40 années passées à faire des reportages au Moyen Orient, décrit le "pourquoi" de l'attaque sanglante perpétrée par Israël sur les populations assiégées de Gaza - une attaque qui a peu à voir avec le Hamas et le droit d'Israël à exister.



"Lorsque la vérité est remplacée par le silence" a déclaré le dissident soviétique Yevgeny Yevtushenko, "le silence devient un mensonge".


Peut-être le silence est-il rompu sur Gaza. Les linges dans lesquels sont enveloppés les enfants assassinés, recouverts de vert, ainsi que les caisses contenant leurs parents disloqués et les cris de douleur et de rage de la population dans ce camp de la mort au bord de la mer, sont largement diffusés sur Al-Jazeera et YouTube, et peuvent même être entraperçus sur la BBC. Mais l'incorrigible poète russe ne parlait pas de ces événements éphémères que nous appelons "informations" ; il demandait pourquoi ceux qui connaissaient le pourquoi n'en ont jamais parlé et, de fait, l'ont nié. Parmi les intellectuels anglo-saxons, cette attitude est particulièrement frappante. Ce sont eux qui détiennent les clés de ces grands entrepôts de la connaissance : ces historiographies et ces archives qui nous amènent au pourquoi des choses.

Ils savent que l'horreur qui tombe sur Gaza n'a pas grand-chose à voir avec le Hamas, ou, plus absurde encore, le "droit d'Israël à exister". Ils savent que c'est l'inverse qui est vrai : que le droit à exister de la Palestine a été aboli il y a soixante ans, et que l'expulsion, et, si nécessaire, l'extinction des populations autochtones étaient planifiées et mises en oeuvre par les fondateurs d'Israël. Ils savent que l'ignoble "Plan D" a conduit au dépeuplement meurtrier de 369 villes et villages palestiniens par la Haganah (l'armée juive") et que d'un massacre à l'autre, les endroits comme Deir Yassin, al-Dawayima, Eilaboun, Jish, Ramle and Lydda sont aujourd'hui synonymes d'"épuration ethnique" dans les archives officielles. Quand David Ben Gourion, le premier Premier ministre d'Israël, est arrivé sur le lieu du carnage, un général, Yigal Allon, lui a demandé : "Que faisons-nous des Arabes ?", Ben Gourion, selon l'historien israélien, Benny Morris, a répondu d'un geste brusque et expéditif de la main : "Expulsez-les !".

L'ordre d'expulser toute une population "sans considération de l'âge", avait été signé par Isaac Rabin, futur premier ministre salué par le monde entier comme "artisan de la paix" grâce à la plus efficace des propagandes. (...)


Toutes les "guerres" qu'Israël a menées par la suite avaient le même objectif : l'expulsion des populations autochtones et l'appropriation de toujours plus de terres. Le mensonge de David et Goliath, de la victime perpétuelle, a atteint son apogée en 1967 quand la propagande est devenue vertu outragée qui prétendait que c'étaient les états arabes qui avaient commencé. Depuis lors, la plupart de ceux qui disent la vérité comme Avi Schlaim, Noam Chomsky, feue Tanya Reinhart, Neve Gordon, Tom Segev, Yuri Avnery, Ilan Pappe et Norman Finklestein en ont abondamment parlé, ainsi que d'autres mythes, mettant en lumière un état vidé de toute les traditions humanistes du judaïsme, dont le militarisme implacable est la somme de l'idéologie expansionniste, raciste et sans loi, appelée sionisme. Le 2 janvier dernier, l'historien israélien Ilan Pappé, écrivait : "Même les crimes les plus abominables semble-t-il, comme le génocide à Gaza, sont traités comme des événements isolés, sans rapport avec d'autres qui se sont produits dans le passé, ni avec une quelconque idéologie. De même que le système d'apartheid témoignait de la politique oppressive du gouvernement d'Afrique du Sud, cette idéologie (sous sa forme plus consensuelle et simpliste) a permis à tous les gouvernements israéliens, passés et présents, de déshumaniser les Palestiniens, où qu'ils se trouvent, et de s'acharner à les détruire. Les moyens employés variaient selon les époques et selon les endroits, comme les discours pour couvrir les atrocités. ... Mais il est clair qu'il s'agit d'un projet de génocide". (...)


Il s'est produit un incident étrangement similaire le 5 novembre dernier, où les forces spéciales israéliennes ont attaqué Gaza, tuant six personnes. Une fois encore, ils avaient leur "déclencheur" de propagande. Le cessez-le-feu, à l'initiative du gouvernement du Hamas et respecté par lui (qui avait fait incarcérer ceux qui avaient violé la trêve) était rompu par l'attaque israélienne et les lancers de roquettes artisanales sur ce qui avait autrefois été la Palestine avant que ses occupants arabes ne soient "épurés ethniquement". Le 23 décembre, le Hamas proposait un nouveau cessez-le-feu, mais il s'est avéré que la mascarade à laquelle s'était livré Israël n'avait d'autre but que cet assaut final imaginé, d'après le quotidien israélien Haaretz, six mois auparavant. (...)


En fait, la véritable menace que représente le Hamas c'est qu'il est le seul exemple de gouvernement démocratiquement élu dans le monde arabe, et qu'il a tiré sa popularité de la résistance à l'oppresseur et au tortionnaire israélien. On en a eu la démonstration quand le Hamas a déjoué un coup d'état fomenté par la CIA en 2007, événement présenté par les médias occidentaux comme : " la prise de pouvoir du Hamas". De la même façon, le Hamas n'est jamais décrit comme un gouvernement, a fortiori élu démocratiquement. Et de même que sa proposition d'une trêve de dix ans n'est pas considérée comme la reconnaissance historique de la "réalité" d'Israël et le soutien à la solution à deux états à une seule condition : qu'Israël respecte les lois internationales et mette un terme à l'occupation illégale des territoires au-delà des frontières définies en 1967. Comme le démontre chaque vote annuel de l'Assemblée Générale de l'ONU, 99% des peuples de la planète approuvent cette résolution. Le 4 janvier, Miguel d'Escoto, président de l'Assemblée Générale (des Nations Unies), qualifiait l'attaque israélienne de "monstruosité" (**).

Quand cette monstruosité se sera finalement produite et que la population de Gaza aura été encore plus broyée, le Plan Dagan prévoit ce que Sharon avait appelé la "solution sur le modèle de 1948" (la destruction de toute autorité et tout leadership des Palestiniens suivie d'expulsions en masse vers des "cantonnements" de plus en plus petits pour finir peut-être en Jordanie. Cet anéantissement de la vie institutionnelle et éducative à Gaza est destiné à créer, d'après ce qu'a écrit Karma Nabulsi, l'exil des Palestiniens vers la Grande Bretagne, "une vision "Hobbesienne" d'une société démantelée : amputée, violente, impuissante, démolie, domptée ... Regardez l'Irak aujourd'hui : c'est ce que Sharon avait en réserve pour nous, et il y est presque parvenu".

Le professeur Dahlia Wasfi a écrit sur la Palestine. Sa mère est juive et son père irakien musulman. "La négation de l'holocauste est antisémite", a-t-elle écrit le 31 décembre. "Mais je ne parle pas de la Seconde Guerre Mondiale, ni de Mahmoud Ahmedinijad (le président iranien), ni des juifs ashkénazes. Ce dont je parle, c'est de l'holocauste qui se déroule actuellement sous nos yeux et dont nous sommes responsables à Gaza aujourd'hui et en Palestine depuis ces 60 dernières années ... Dans la mesure où les Arabes sont des sémites, la politique USA-Israël ne peut pas être plus antisémite que cela." Elle cite Rachel Corrie , la jeune Américaine qui s'était rendue en Palestine pour défendre les Palestiniens et qui a été écrasée par un bulldozer israélien. "Je me trouve au beau milieu d'un génocide" avait-elle écrit, "que je cautionne moi-même indirectement et pour lequel mon gouvernement est largement responsable". (...)


Si c'est une évolution normale, notre société civilisée est bien diminuée. Car ce qui se passe à Gaza est à un tournant de notre époque où, soit par notre silence nous accorderons l'impunité à des criminels de guerre en procédant à des contorsions de notre intelligence et de notre moralité personnelles, soit nous trouverons la force de protester. Pour le moment, je préfère garder en mémoire mes propres souvenirs de Gaza : le courage et la résistance de toute une population et de sa "lumineuse humanité", comme l'a décrite Karma Nabulsi. (...)


John PILGER (http://www.johnpilger.com)


Intégralité de l'article, le 14 janvier 2009 sur : http://www.legrandsoir.info/

 

 

 

 

A LIRE :

 

"Comment fut inventé le peupe juif", de Shlomo Sand  (Fayard - 2008)


Par John PILGER - Publié dans : Informations et réflexions sur notre SOCIETE
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