Les Amis de la Terre International ont publié le 10 septembre 2008 un rapport intitulé «Alimenter la destruction en Amérique latine» au regard de l'impact réel des biocarburants sur ce continent. Basé sur des études menées dans 7 pays, il met en évidence l'aggravation des conflits fonciers, l'éviction des populations locales appauvries, les conditions de travail désastreuses et l'augmentation de la déforestation liées au développement des "biocarburants" (plutôt agro., voire nécrocarburants).
Le nouveau rapport « Alimenter la destruction en Amérique latine » montre que l'explosion des plantations de "biocarburants" dans les 7 pays étudiés (1) se fait par des monocultures intensives, qui nécessitent de grandes quantités de terres, de produits chimiques et d'eau. Elles poussent les autres types d'agricultures vers les forêts et les savanes, aggravant la déforestation et la destruction de la biodiversité.
Lucia Ortiz, des Amis de la Terre Brésil, explique : « Les conditions de travail sont extrêmement faibles, parfois proches de l'esclavage. Le travail forcé des enfants existe dans plusieurs pays. En outre, les superficies de terres exigées par les biocarburants entraînent des déplacements forcés de communautés locales, avec des conflits sur le droit à la terre dans tous les pays étudiés, aggravés par la spéculation foncière et l'usage de la violence dans certains cas»
Adrian Bebb, des Amis de la Terre Europe, ajoute : «Les gouvernements introduisent des dispositions extrêmement favorables à l'agrobusiness (exemptions fiscales, droits de propriété, infrastructures). L'absence de planification de l'usage des terres et l'opacité dans le secteur nourrissent la corruption et les conflits d'intérêts, les gouvernements fermant souvent les yeux face à des activités illégales des producteurs et des propriétaires. Les principaux bénéficiaires sont les gros producteurs, traders et investisseurs, aux dépens des populations locales et de l'environnement.»
Par contre, les "biocarburants" bénéficient aux multinationales, investisseurs, spéculateurs et grands propriétaires terriens. La cause principale est l'exportation de "biocarburants" vers l'Europe et les Etats-Unis : pour stopper la destruction, l'Union européenne doit rejeter tout objectif contraignant d'incorporation dans les transports, selon les Amis de la Terre.
Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre France, conclut : «Le rapport met en évidence que les biocarburants menacent le modèle d'agriculture familiale indispensable dans ces pays pour la production vivrière. L'Union européenne est une des causes majeures de cette catastrophe (avec les Etats-Unis) : elle doit stopper ses importations de "biocarburants" venant des pays du Sud. Pour répondre à ses enjeux climatiques et énergétiques, elle doit lutter contre la surconsommation de carburants plutôt que d'aggraver les inégalités et les destructions dans d'autres régions du monde. Nous lancerons début octobre avec le CCFD (2) et Oxfam une campagne dans ce sens, ciblant la Présidence française de l'Union européenne.»
En effet, des multinationales européennes et internationales comme Cargill, Bunge, Dreyfus, Beyer, BASF, Syngenta, Botnia, Total et Monsanto (notamment connu pour ses activités sur les OGM) sont très fortement impliquées dans ce nouveau business selon le nouveau rapport des Amis de la Terre.
Intégralité de cet article publié sur http://www.notre-planete.info, le 15 septembre 2008
En savoir plus
Notes
(1) Brésil, Argentine, Uruguay, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Salvador
(2) Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) a publié un dossier édifiant sur les faces cachées de l'ethanol au Brésil
Liens
Notre dossier sur les biocarburants
En discuter sur notre forum dédié à l'agriculture
En discuter sur notre forum dédié aux transports
Actualités connexes
17/06/2008 Comment nourrir la planète en 2050 ?
03/03/2008 Les prix alimentaires montent : une nouvelle réalité face à l'essor des biocarburants
Auteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)
Pour vous informer encore plus, vous pouvez également lire le livre de Fabrice Nicolino : "La faim, la bagnole, le blé et nous" et aller sur son site http://fabrice-nicolino.com
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Pour agir, cette fois, il nous reste à réduire l'utilisation de nos véhicules respectifs aux déplacements strictement indispensables, en y réfléchissant bien avant, à chaque fois…
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander